Le concert des trois premiers lauréat clôture en beauté le Concours Reine Elisabeth 2025
Le concert de clôture qui met officiellement un terme au Concours Reine Elisabeth et permet au public du Palais des Beaux-Arts d’entendre les trois premiers lauréats à l’issue des cinq semaines de cette exceptionnelle joute musicale a toujours quelque chose de particulier, en ce sens que l’excitation du Concours n’est pas encore entièrement retombée mais qu’il est à présent possible d’entendre les pianistes que le jury a distingués pour occuper ces places si enviées se produire dans ce qui est maintenant un concert et non plus une compétition.
Accueilli par une salle comble et en présence du couple royal, c’est Valère Burnon qui pénètre en premier sur la scène de la salle Henry Le Boeuf où ont déjà pris place l’Antwerp Symphony Orchestra et le chef Marc Albrecht. Comme on pouvait s’y attendre, le pianiste belge est accueilli par une véritable ovation de la part d’un public qui l’accueille en héros. Si le pianiste de Marche-en-Famenne avait fait forte impression dans le Concerto n°3 de Rachmaninov en finale, il choisit ici de se produire dans le plus intimiste et certainement bien plus profond Concerto n°4 de Beethoven. Ce qui frappe dès l’entrée du soliste -et il ne faut pas bien longtemps pour se rendre compte que c’est un vrai musicien qui est à l’oeuvre- c’est la qualité de sa sonorité. Tout au long de l’oeuvre, on apprécie également sa technique extrêmement propre (gammes et trilles absolument impeccables), le naturel de son jeu, sa réelle musicalité et la délicatesse de son toucher. La cadence du premier mouvement est magistrale quoique très généreusement pédalée. Dans l’Andante con moto central, Valère Burnon se montre plus poétique que sévèrement classique, alors qu’il réussit à bien mettre en évidence l’élément ludique qui parcourt le Finale. On pourra reprocher à ce musicien incontestablement doué une dynamique assez restreinte (et il est difficile de dire ici s’il s’agit d’un choix voulu ou d’un manque de puissance physique) et aussi de ne pas encore avoir tout à fait trouvé ce rare équilibre entre rigueur et électricité qui fait les grands beethovéniens.
Lui succède le deuxième lauréat, Wataru Hisasue qui opte pour le Concerto de Grieg. On remarque tout de suite une dynamique plus étendue et une évidente qualité oratoire chez ce musicien clairement plus aguerri. Dès l’introduction, on apprécie la belle franchise du pianiste japonais, la solidité de sa technique, son inébranlable assurance et sa sonorité nettement plus puissante que celle de Valère Burnon. Malheureusement, il ne se dégage de son jeu aucune émotion ni poésie particulière dans le bel Adagio central rendu de façon correcte mais banale. En revanche, soutenu par un orchestre très à son affaire, il nous offre un Finale bondissant où il se joue avec aisance des traits les plus difficiles.
Si au cours des différentes étapes de l’épreuve, et en particulier lors de la proclamation des résultats de la Finale de ce Concours Reine Elisabeth, les décisions d’un jury composé de pianistes de tout premier plan avaient parfois provoqué l’étonnement voire l’incompréhension, c’est un bien beau premier lauréat qui a été distingué.
Après son Concerto n°2 de Prokofiev très remarqué en finale, Nikola Meeuwsen change complètement son fusil d’épaule en choisissant de conclure cette soirée par le Concerto n°1 de Chopin. Tout au long de l’oeuvre, le pianiste néerlandais impressionne par le naturel et l’élégance d’un Chopin à la fois viril et délicat. Evitant toute afféterie, il déclame merveilleusement les mélodies du compositeur polonais en intégrant parfaitement les ornements dans la ligne mélodique. La divine Romance est superbement distillée dans un alliage de poésie et de simplicité peu commun, où tout chante et rien ne pèse avant que Meeuwsen ne conclue sur un Rondo d’une aérienne gaieté et d’un goût exquis. On admire aussi la façon dont le pianiste ne se crispe à aucun moment, ce qui lui permet de maintenir une invariable beauté de sonorité d’un bout à l’autre de ce long concerto . Ce que nous propose ici le pianiste néerlandais rappelle beaucoup le jeune Krystian Zimerman dans ce répertoire avant que le maître polonais ne passe du stade de pianiste à l’enchanteresse spontanéité au statut de musicien-penseur. On ne risque pas de se tromper en disant qu’en Nikola Meeuwsen nous tenons un vrai musicien sur qui il est permis de fonder de très grands espoirs.
Bruxelles, Bozar, 11 juin 2025.
Crédits photographiques : Alexandre de Terwangne