Le Stabat Mater de Pergolèse au Théâtre des champs Elysées
Le Poème harmonique de Vincent Dumestre donnent au Théâtre des Champs Elysées une représentation du Stabat Mater de Pergolèse. Pour mieux saisir l’atmosphère de son époque, quelques œuvres du XVII siècle, ont été ajoutée, à savoir : l'Intonation d’un Stabat Mater d’un compositeur inconnu, une tarentelle « Mo’e benuto il Giovedi Santu » d’un autre compositeur anonyme, le Stabat Mater du Manuscrit de Monopoli, le Concerto per quartetto numéro 1 en Fa mineur de Francesco Durante et le Stabat Mater du Manuscrit d’Ostuni. Toutes ces partitions précédent l’ultime chef d’œuvre de Pergolèse.
Est-ce le hasard de la programmation qui fit que le spectacle était divisé entre une première partie orientée vers les voix masculines, à savoir du Stabat Mater initial jusqu’à celui du manuscrit d’Ostuni, et une seconde vers les voix féminines avec le Stabat Mater de Pergolèse ? En tous cas, le spectacle commença fort bien était fort avec le l’Intonatione du Stabat Mater initial, duo a capella dans lequel Serge Goubioud et de Hugues Primard purent exprimer leur souplesse vocale. Il continua avec la Tarentelle, durant laquelle les musiciens entrèrent dans la salle en passant au milieu des spectateurs, Puis ce fut le Stabat Mater du manuscrit de Monopoli, talon d’Achille du spectacle, dans lequel Serge Goubioud, Hugues Primard et leur confrère baryton Emmanuel Vistorky cherchaient en vain la vitalité de cette œuvre quasi monocorde.
Le poème harmonique commença véritablement à dévoiler ses talents avec le Concerto per Quartetto numéro 1 de Durante, surtout ses violons qui déployaient alors plus avant leur mélodicité. Cette œuvre tantôt intime et tantôt extérieure, tenant de Vivaldi avec ses violons flexibles soutenus par ses violoncelles, annonce au milieu du concert le Stabat Mater de Pergolèse, avec sa joie transpirant dans son austérité. Le concert gagna alors en essor et la musique en profondeur. Ce n’est pas le moindre talent de Poème harmonique d’avoir su passer des œuvres mineurs aux œuvres majeures du concert sans rompre son intériorité en ouvrant grâce à la souplesse de ses instrumentistes l’espace intérieur des Stabat Mater.
Les voix de la mezzo Eva Zaïcik et de la soprano Lauranne Oliva, à gauche et à droite des deuxièmes balcons, seules personnes éclairées dans les ténèbres de la salle, illuminèrent l’intimité du Stabat Mater du Manuscrit d’Ostuni, derniers ajouts avant l’austère Stabat Mater de Pergolèse. C’est véritablement avec cet ultime chef d’œuvre du compositeur napolitain, que les cantatrices et le Poème harmonique brillaient le plus. Certes Lauranne Oliva dut se faire sa place entre un orchestre robuste, et sa solide consœur mezzo durant le Stabat Mater dolorosa initial, mais elle s’affirma au bout de quelques mesures. Les duos entre les cantatrices en devinrent plus saisissants, comme deux flammes tournoyant l’une autour de l’autre. Les mouvements intimes en prirent une solidité et ceux manifestant des élans de colère une puissance contenue d’une rare intensité. L’orchestre n’a jamais démérité non plus, faisant ressentir, malgré la mort engloutissant les derniers instants du compositeur pestiféré, son inexpugnable pulsion de vie. L’œuvre aboutit ainsi en un Amen final à la fois vigoureux, vivant et espérant en un au-delà dépourvu de douleur. Grâce à l’orchestre du Poème harmonique qui sut trouver dans la fermeté de ses phrasés, une vitalité vibrante, et ses cantatrices qui exhalèrent leurs chants avec fermeté, le Stabat Mater de Pergolèse brilla ses milles feux noirs comme un diamant.
Le public ne s’y est pas trompé en applaudissant à la fois un spectacle d’abord sympathique dans sa mise en scène, très bien exécuté dans son déroulement et enfin d’une intensité rare. Il reçut même le bonheur des deux derniers duos et une Tarentelle en bis.
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 18 janvier 2025
Crédits photographiques : Vincent Dumestre © François Berthier