L’Ensemble Hopper suit sa (première) Line par

The Line #1 est le premier d’une série de quatre concerts programmés par l’Ensemble Hopper sur quatre scènes (liégeoises) différentes (ce soir, la formation joue à la maison, puisqu’elle réquisitionne l’espace Pousseur du Conservatoire de Liège, nid dans lequel le projet d’orchestre se forme il y a un peu plus de dix ans) : quatre pièces (belgo-françaises) aux univers contrastés, comme pour donner à apprécier la polyvalence de Hopper -ou la diversité des centres d’intérêt de ses membres.

Dans une salle, pas très grande mais bien remplie (l’entrée est libre et pas mal de copains du conservatoire sont présents -qui se retrouvent ensuite à la cantine), sur une scène à l’éclairage, linéaire, vert et néon (The Line) -simple et efficace-, quatre musiciens démarrent Localized corrosion, une pièce pour saxophone, guitare électrique, percussion et piano, écrite en 2009 par Philippe Hurel (1955-) : je n’avais plus en tête la version de l’Ensemble Nikel du guitariste (électrique) israélien Yaron Deutsch et j’ai pu (ré-)entendre, l’esprit (presque) vierge, les accents rageurs de la 6-cordes et l’âpreté, dès l’entame du morceau, de la musique d’un compositeur qui, avec d’autres, a travaillé à partir des bases de la musique spectrale théorisée par Tristan Murail et Gérard Grisey dans les années 1970 -intéressant retour sur une pièce à l’effectif peu courant, à propos de laquelle François Couvreur explique, avec modestie, « qu’il y a encore beaucoup de travail pour être au point ».

(Paysages – études) IV du brugeois Daan Janssens (1983-) -bien occupé à la scène par Brodeck, son troisième opéra, il n’est pas présent ce soir-, fait partie d’une série -le Trio 03 m’avait mis l’eau à la bouche avec (Paysages – études) V aux Belgian Music Days de 2022-, issue de travaux préparatoires à sa pièce de théâtre musical Les aveugles, d'après Maurice Maeterlinck : de légère, son atmosphère progresse vers une thématique plus sombre -voire subtilement inquiétante. Phaune, du compositeur et violoncelliste tunisien -il est aussi ingénieur diplômé en électromécanique- Jawher Matmati (1993-), formé à Liège et maintenant à Paris, notamment auprès de Gérard Pesson, est une séduisante et convaincante découverte, créée en 2019 : l’écriture est parcimonieuse, pétrie de sensibilité et le morceau déploie un charme intrigant de la première à la dernière note. 

Alors que l’attention s’est peut-être relâchée dans le confort d’humeur des deux œuvres au centre du programme, It, de Franck Bedrossian (1971-) se charge, comme un retour à la réalité, de convoquer le physique de l’expérience d’écoute : à la matérialité du geste instrumental répond de façon corrélée un impact corporel chez l’auditeur ; la musique de Bedrossian est épaisse, faite de muscle, de chair et de tendon, c’est un drame trempé, truffé d’illusions (sonores), qu’on encaisse plus qu’on ne l’entend -comme le direct d’un KO.

The Line #2, c’est le 19 avril au Salon Mativa.

Liège, Conservatoire, le 19 février 2024

Bernard Vincken

Crédits photographiques : DR

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