Les 25 dans des Amis de l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo

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Les Amis de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo célèbrent leur 25ᵉ anniversaire avec un concert d’exception, symbole d’une fidélité indéfectible entre le public et l’une des phalanges les plus prestigieuses d’Europe.

S.A.S. le Prince Albert II, président d’honneur de l’association, honorait de sa présence cette soirée anniversaire, témoignant de son attachement constant à la vie musicale monégasque.

Le programme devait initialement être dirigé par Zubin Mehta, figure légendaire et partenaire de longue date de l’orchestre. Mais, pour raisons de santé, le maestro a dû renoncer à sa venue en Europe. C’est Lawrence Foster, directeur artistique de l’Orchestre entre 1980 et 1990, qui reprend la baguette. Un retour empreint de souvenirs et d’émotion, tant sa décennie monégasque demeure dans les mémoires comme une période d’ouverture et d’excellence.

À ses côtés, un invité de marque : Maxim Vengerov, l’un des violonistes les plus illustres de notre temps, dont la carrière, commencée sous les projecteurs de l’enfance, s’est muée en un parcours artistique d’une rare profondeur.

Le programme, entièrement consacré à Tchaïkovski, rend hommage à celui qu’on appelle volontiers le roi de la mélodie — un compositeur dont le lyrisme, la sensibilité et la franchise émotionnelle continuent de toucher toutes les générations.

Le concert s’ouvre sur le Capriccio Italien, composé à Rome en 1880. Inspirée par les sonorités populaires italiennes et baignée de lumière méditerranéenne, cette page flamboyante révèle le génie d’un orchestrateur qui savait marier la rigueur de la forme à la spontanéité de la danse.

Tchaïkovski y fait entendre, dès l’introduction, un appel de trompettes — écho au clairon militaire qui le réveillait chaque matin depuis la fenêtre de son hôtel romain. De cette anecdote pittoresque naît une œuvre débordante de vitalité, où les rythmes populaires se fondent dans un éclat orchestral irrésistible.

Lawrence Foster dirige avec la précision d’un orfèvre et la chaleur d’un narrateur. Les pupitres de l’OPMC. répondent avec souplesse et générosité : les cordes chantent, les cuivres éclatent, les bois colorent chaque nuance. Le résultat ? Une véritable carte postale sonore, pleine d’élan et de clarté, où la joie italienne se teinte d’un charme tout russe.

Dès les premières mesures du Concerto pour violon, le ton est donné : Maxim Vengerov n’interprète pas cette œuvre, il la vit. C’est une page qu’il connaît intimement — celle qui l’a révélé au monde par sa virtuosité prodigieuse, il y a trente-cinq ans. Ce concerto, redouté pour ses difficultés techniques presque irréalisables, exige une maîtrise totale. Vengerov franchit tous les obstacles sans effort apparent, avec une musicalité bouleversante.

Quelle beauté, quelle maîtrise, quelle passion ! La sonorité chaude, lumineuse et veloutée, l’articulation d’une clarté exemplaire : tout concourt à une interprétation d’une intensité rare.

Longtemps jugé " injouable" après sa création en 1881, le Concerto pour violon de Tchaïkovski reste aujourd’hui l’un des sommets du répertoire romantique. Son écriture redoutable — doubles cordes, sauts vertigineux, alternance de lyrisme et de pyrotechnie — en fait un champ de bataille pour les violonistes. Mais chez Vengerov, la virtuosité s’efface devant l’expression : elle devient langage, souffle, émotion.

Le premier mouvement, d’un souffle irrésistible, met en valeur son archet noble et son legato d’une pureté absolue. Dans la Canzonetta, il tisse un chant d’une tendresse infinie, suspendu entre la nostalgie et la lumière. Le finale, lancé à toute allure, combine une précision diabolique à une exubérance jubilatoire — une véritable danse cosaque.

Le public, conquis, réserve une ovation debout. En bis, Vengerov offre la Romance avec orchestre de Wieniawski, pleine de douceur et de noblesse, puis, après plusieurs rappels où il revient saluer sans son violon, il cède à l’insistance du public et interprète la Sarabande de Bach, dans une atmosphère d’intense recueillement. Un moment de grâce suspendue.

Après l’éclat et la virtuosité, place à la fraîcheur et à la sincérité : la Symphonie n° 1 “Rêves d’hiver”. Composée par un Tchaïkovski de vingt-six ans, elle révèle déjà tout ce qui fera la singularité de son langage : richesse mélodique, mélancolie lumineuse, sens inné de la couleur orchestrale.

Le premier mouvement, Rêveries d’un voyage d’hiver, mêle un thème ample et nostalgique à une énergie juvénile. L’Adagio, d’une beauté fragile, respire la neige et la solitude russe. Dans le Scherzo, l’orchestre déploie une légèreté aérienne, presque mendelssohnienne, avant que le Finale ne vienne conclure dans un élan triomphal.

Lawrence Foster, sans chercher l’esbroufe, privilégie la clarté du discours et la cohésion de l’ensemble. Certes, il n’a plus l’énergie d’autrefois — il marche avec difficulté jusqu’à son pupitre et dirige assis — mais son geste demeure sûr, et son expérience parle d’elle-même. Il obtient de l’orchestre une sonorité chaleureuse et une discipline admirable. Les musiciens, visiblement émus, lui témoignent un respect attentif. La salle, elle, salue longuement cette lecture empreinte de fidélité et de sincérité.

Ce concert anniversaire avait tout d’une célébration symbolique : celle d’un orchestre fidèle à ses amis, d’un chef qui revient sur ses terres, et d’un soliste qui incarne la passion et la perfection musicale.

Une soirée où l’émotion, la mémoire et la musique se sont unies dans la lumière d’un romantisme intemporel.

Monte-Carlo, Grimaldi Forum,  19 octobre 2025

Crédits photographiques : Alberto Colman

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