Lionel Bringuier et l’OPRL à Aix-en-Provence : une impressionnante soirée de musique russe
La "Symphonie Pathétique" de Tchaikovski constituait un des temps forts de la première saison de Lionel Bringuier à la tête de l’OPRL. C’est toutefois au festival de Pâques d’Aix-en-Provence qu’ils ont étrenné mercredi soir ce rendez-vous très attendu. La partition est spectaculaire : chefs et orchestres s’y bousLa Symphonie Pathétique de Tchaikovski constituait un des points forts de cette premièreculent pour nous en donner des interprétations fracassantes ou émouvantes. C’est au milieu de ces deux extrêmes que se définit la lecture très dramatique de Bringuier qui ne dépare jamais d’un contrôle tendu et serré du discours musical. On admire les éclats du fatum qui parcourent le premier mouvement servi par une cohésion orchestrale d’une rare densité. On retrouvera d’ailleurs cette dernière dans le paroxysme sonore subtilement maîtrisé d’un « allero molto vivace » qui ne manque pas de provoquer ses habituels salves d’applaudissements spontanés. Entretemps, l’orchestre liégeois a retrouvé la souplesse et la légèreté dansantes de l’ « allegro con grazia ». Avant qu’un finale, solennel mais habité ne conclue avec une passion maîtrisée cet « adagio lamentoso » d’une grande ferveur. Le silence seul peut accompagner cette incroyable extinction du son des dernières mesures et Lionel Bringuier a la bonne idée de l’imposer au public, retenant un bon beau bout de temps des applaudissements enthousiastes qui ne montent ensuite que graduellement en puissance comme si, au départ, le public restait sous la pression d’une émotion retenue.
En première partie de ce programme très russe, l’orchestre accompagnait avec un tact fou un Emmanuel Pahud impérial dans la version pour flûte, due à Jean-Pierre Rampal, du concerto pour violon de Khatchatourian. Une page qui constitue un double défi : sa longueur tout d’abord qui impose au soliste un souffle inépuisable (et ici Pahud est souverain), son équilibre ténu entre un orchestre foisonnant et la relative modestie de l’instrument soliste que l’on entend rarement aussi déchaîné. Il faut dire que Bringuier dose ici ses effets avec la subtilité d’un chef d’opéra, déclenchant dans l’instant les tonnerres orchestraux soulevés par leur sève populaire avant de réduire instantanément leur rendu sonore pour accompagner l’envol des parties solistes. Il se montre aussi particulièrement attentif à mettre en exergue les grandes phrases des pupitres de violoncelle ou d’altos en soutien du chant soliste de Pahud ou le beau dialogue en demi teintes de la flûte et de la clarinette en prélude à l’imposante cadence du premier mouvement. Un beau travail d’équilibristes passionnés.
L’orchestre reprenait ce même programme à Montpellier le lendemain et retrouve la 6e de Tchaïkovski à Liège les 17 et 18 avril et à la Philharmonie de Cologne le 19.
Aix-en-Provence, Festival de Pâques, Grand Théâtre de Provence
Serge Martin
Crédits photographiques : Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques