Les Amis de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo célèbrent leur 25ᵉ anniversaire avec un concert d’exception, symbole d’une fidélité indéfectible entre le public et l’une des phalanges les plus prestigieuses d’Europe.
S.A.S. le Prince Albert II, président d’honneur de l’association, honorait de sa présence cette soirée anniversaire, témoignant de son attachement constant à la vie musicale monégasque.
Le programme devait initialement être dirigé par Zubin Mehta, figure légendaire et partenaire de longue date de l’orchestre. Mais, pour raisons de santé, le maestro a dû renoncer à sa venue en Europe. C’est Lawrence Foster, directeur artistique de l’Orchestre entre 1980 et 1990, qui reprend la baguette. Un retour empreint de souvenirs et d’émotion, tant sa décennie monégasque demeure dans les mémoires comme une période d’ouverture et d’excellence.
À ses côtés, un invité de marque : Maxim Vengerov, l’un des violonistes les plus illustres de notre temps, dont la carrière, commencée sous les projecteurs de l’enfance, s’est muée en un parcours artistique d’une rare profondeur.
Le programme, entièrement consacré à Tchaïkovski, rend hommage à celui qu’on appelle volontiers le roi de la mélodie — un compositeur dont le lyrisme, la sensibilité et la franchise émotionnelle continuent de toucher toutes les générations.
Le concert s’ouvre sur le Capriccio Italien, composé à Rome en 1880. Inspirée par les sonorités populaires italiennes et baignée de lumière méditerranéenne, cette page flamboyante révèle le génie d’un orchestrateur qui savait marier la rigueur de la forme à la spontanéité de la danse.
Tchaïkovski y fait entendre, dès l’introduction, un appel de trompettes — écho au clairon militaire qui le réveillait chaque matin depuis la fenêtre de son hôtel romain. De cette anecdote pittoresque naît une œuvre débordante de vitalité, où les rythmes populaires se fondent dans un éclat orchestral irrésistible.
Franz Schreker (1878-1934) Ouverture de l'opéra Die Gezeichneten ; Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Sinfonietta, op. 5 ; Ernest Krenek (1900-1991) : Potpourri, op. 54. Orchestre National des Pays de la Loire, Sascha Goetzel, direction. 2024. Livret en : anglais, allemand, français. : 71'21''. BIS-2722
Impressions romantiques. Marie Jaëll (1846-1925) : Sonate en la mineur pour violoncelle et piano. Louise Héritte-Viardot (1841-1918) : Sonate en sol mineur pour violoncelle et piano op. 40. Hedwige Chrétien (1859-1944) : Lied (Soir d’automne) ; Trois pièces pour violoncelle et piano. Natacha Colmez, violoncelle ; Camille Belin, piano. 2024. Notice en français et en anglais. 75 minutes. Présence Compositrices PC005.
César Franck (1822-1890) : Six Pièces. Trois Pièces. Trois Chorals. Stefan Schmidt, orgue de l’église St. Peter de Düsseldorf. Livret en allemand et anglais. Juillet 2002. Digipack deux SACDs 80’32’’ + 80’14’’. Unda Maris UM-20601
César Franck (1822-1890) : Grande Pièce Symphonique Op. 17. Prière Op. 20. Choral no 3. Fantaisie en la. Jean-Baptiste Courtois, orgue de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Vouvant. Avril 2024. Livret réduit à un feuillet, en français. 68’03’’. Chanteloup Musique OMV 004
Le compositeur américain Kevin Puts est assurément l’un des grands noms de la scène actuelle. Récipiendaire d'un prix Pulitzer, dès 2012, pour son opéra Silent Night, sa carrière artistique est jalonnée de succès comme son autre opéra The Hours que nous avions particulièrement apprécié. Kevin Puts est également un compositeur qui excelle dans les domaines lyriques et symphoniques. Alors que l’Orchestre symphonique de St.Louis, sous la direction experte de Stéphane Denève, fait paraître un album monographique (Delos), le compositeur répond aux questions de Crescendo-Magazine.
Cet album présente diverses partitions symphoniques, et à la lecture du livret, on comprend que derrière ces partitions se cache une inspiration narrative, qu'il s'agisse d'événements terribles comme la fusillade qui a eu lieu dans une école à Uvalde en 2022 (Concerto pour orchestre) ou d'une inspiration lyrique avec Night Elegy, qui provient de votre opéra Silent Night. La narration est-elle un support essentiel à la musique ? Ne peut-il pas y avoir de musique abstraite ?
Non, je ne pense pas que ce soit nécessaire du tout. Il y a des cas où je veux faire allusion à l'inspiration pour quelque chose, mais ce n'est pas nécessaire. On m'a parfois poussé à trouver des titres pour aider à programmer plus souvent une œuvre. Cependant, dans mes partitions très récentes (principalement des concertos), j'ai abandonné ces titres descriptifs, car je ne pense pas que le public en ait besoin. La musique suffit !
Cet album s'ouvre sur votre Concerto pour orchestre. Lorsque nous lisons le titre « concerto pour orchestre ", nous pensons immédiatement aux célèbres concertos pour orchestre tels que ceux de Bartok, Lutoslawski et même Kodaly. De plus, contrairement à un opéra, une symphonie ou un concerto avec soliste, le concerto pour orchestre n'est pas si courant. Qu'est-ce qui vous a motivé à composer un concerto pour orchestre ? Est-il possible de s'affranchir des autres « modèles » de concertos pour orchestre ?
Stéphane Denève m'a demandé d'écrire quelque chose pour le merveilleux Orchestre symphonique de Saint-Louis, et j'avais en tête depuis quelques années l'idée d'un « concerto pour orchestre », une sorte de pièce de bravoure pour orchestre. J'adore d'ailleurs les morceaux que vous avez mentionnés. J'avais initialement prévu plusieurs mouvements supplémentaires, mais c'est finalement là où j'ai abouti. Comme vous pouvez l'entendre, je n'invente pas une nouvelle approche de l'harmonie, de la mélodie ou du contrepoint, et même mon orchestration s'appuie principalement sur des techniques « éprouvées », à quelques exceptions près. Mais l'histoire que je peux raconter, à travers la forme et la structure générale de l'œuvre, est un domaine dans lequel je pense pouvoir apporter quelque chose de nouveau au public, l'emmener dans un voyage surprenant et inattendu.
Sur cet album, il y a un court morceau intitulé Virelai, basé sur Guillaume de Machaut. Qu'est-ce qui vous attire dans la musique de ce compositeur ?
Il est difficile de déterminer précisément pourquoi une mélodie est si séduisante. Je suppose que s'il existait une formule, tout le monde écrirait des mélodies que l'on ne peut s'empêcher de chanter. Mais j'ai entendu celle-ci lorsque j'étais étudiant à Eastman dans les années 90 et je l'ai toujours aimée. Il y a quelques années, j'ai essayé de la développer à la manière du Bolero de Ravel, mais je n'ai pas eu la patience de laisser l'orchestration se développer progressivement à un rythme aussi lent ! Ou peut-être que la mélodie ne se prête pas à ce traitement. Et dans ce cas, on m'a demandé une courte ouverture de concert. Ce qui est si intéressant dans cette mélodie, c'est que Guillaume de Machaut (qui a vécu de 1300 à 1377) l'a écrite avant que le concept de mesure rythmique (comme 4/4 ou 6/8) tel que nous l'utilisons aujourd'hui dans la plupart des compositions musicales n'existe. La mélodie est donc composée d'une série de groupes de deux ou trois notes appelés « modes rythmiques » utilisés par les musiciens à l'époque médiévale. La mélodie comporte de merveilleuses syncopes, telles que nous les entendons aujourd'hui, et j'ai pris beaucoup de plaisir à trouver un cadre métrique et harmonique pour une mélodie qui n'en avait à l'origine !
Vous êtes originaire de Saint-Louis, et cet album a été enregistré avec l'Orchestre symphonique de Saint-Louis dirigé par Stéphane Denève. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?
Je dirais que Stéphane Denève et moi sommes des âmes sœurs ! Nous aimons beaucoup les mêmes musiques et en parlons beaucoup... Et j'ai développé une relation vraiment merveilleuse avec l'orchestre au fil des ans, depuis qu'il a créé l'une de mes pièces, sous la direction de Leonard Slatkin, en 2004. Je suis né à Saint-Louis, j'y ai vécu jusqu'à l'âge de dix ans, et ma grand-mère me parlait souvent de l'orchestre et du Powell Hall, qui a été magnifiquement rénové et agrandi pour devenir un centre musical à la pointe de la technologie. C'est donc assez surréaliste de revenir à Saint-Louis en tant que compositeur professionnel, ce que je n'aurais certainement pas pu imaginer lorsque je jouais les bandes originales de John Williams sur le piano de ma grand-mère !
La pianiste belge Cassandre Marfin avait été remarquée par un album consacré à des partitions d’Olivier Messiaen. Pour Cyprès, elle fait paraître un album dont le titre “jusqu’à la nuit, le bleu”, étonne et interpelle. La jeune musicienne y tisse des liens entre Alexander Scriabine, Olivier Messiaen et Amy Beach. C’est indéniablement un album réfléchi et de haute qualité, qui se distingue dans le flot incessant de parutions souvent trop insipides. Cassandre Marfin répond aux questions de Crescendo-Magazine
Votre album porte le titre, “jusqu’à la nuit, le bleu”...Alors pourquoi ce thème du bleu et pourquoi le lier à la nuit, car cette couleur peut symboliser tant de choses…?
La genèse du projet se puise tout d'abord dans la recherche des correspondances entre les sons et les couleurs. Venant d'un premier album autour d'Olivier Messiaen qui mettait en avant son travail autour des chants d'oiseaux et de sa foi religieuse, il me restait encore cet aspect coloré à explorer. Je désirais aussi étendre le répertoire avec Alexander Scriabine et Amy Beach, qui sont des compositeurs chez qui nous retrouvons ce travail. Les recherches étaient assez conséquentes, et il y avait beaucoup de choix quant au chemin à prendre. J'ai donc décidé d'éviter de trop me restreindre, et de travailler autour de 3 couleurs primaires : le bleu, le jaune et le rouge.
Le choix de commencer par la couleur bleu a été assez évident, puisque c'est une couleur qui parle facilement. Elle représente la couleur favorite de notre société européenne, c'est une couleur neutre, qui se porte, qui se représente et qui s'utilise aisément. C'est donc une belle entrée en matière.
Le bleu appelle immédiatement dans l'imaginaire à la mer et le ciel. Néanmoins, je trouvais la correspondance un peu facile, et cette symbolique ne correspondait pas à l'ambiance que je désirais y mettre avec ces compositeurs du XXème siècle. En étudiant l'évolution du bleu dans nos sociétés, j'ai aimé l'image du mystère, de l'indicible, très bien dépeint par la sonate n°6 de Scriabine. Cette évocation m'apparaît plus magique, et séduisante, que ce soit dans la musique ou dans le choix des pièces.
Ce disque s’articule autour de 2 compositeurs (Scriabine et Messiaen) et une compositrice Amy Beach, qui forment un grand écart géographique de la Russie, aux USA en passant par la France. Pourquoi ce choix de ces 3 artistes, si différents ? Qu'est-ce qui les rapproche selon vous ?
Le point commun est d'abord la synesthésie dans son rapport son-couleur. Ce sont des compositeurs qui ont été influencés littéralement par cette faculté, et qui ont donc soigneusement choisi les tonalités de leur pièce, ainsi que les ambitus, les accords etc. Le second point commun est la recherche d'un nouveau langage, et le questionnement des codes de leur époque. Amy Beach s'est inspirée longtemps de la nature, mais aussi de mélodies traditionnelles (on le remarque plus dans son répertoire de musique de chambre) et folkloriques. Scriabine qui explose la notion de tonalité, Messiaen qui construit ses œuvres sur bases de ses modes... Il y a là une réelle proposition qui me semble très riche à explorer et à présenter.
C’est à une expérience nouvelle que le Botanique invite son public avec « Seismic », un projet conçu par la metteuse en scène Anna Gabriels qui entend dissoudre les frontières entre les disciplines. Pour elle, le mouvement devient son, le son se transforme en arts visuels, et la lumière reconfigure la perception. Le son se déploie alors comme une force physique, presque tectonique.
Pour se faire, elle invite Ictus, un danseur et la compositrice Maria W.Horn pour une performance de plus de deux heures. Cette dernière recourt à une distribution instrumentale atypique composée d’un trio à cordes, un trombone et de synthétiseurs avec laquelle elle va façonner d’incroyables monolithes sonores. La lenteur crée une tension, installe un rituel en devenir. Son, lumière et mouvement fusionnent dans une matière mouvante dans laquelle le spectateur est peu à peu invité à s’immerger. A la fin du spectacle, il sortira refaçonné par l’expérience, dans une étrange sensation de désorientation et de renouveau où il habiterait un ailleurs.
L’Orchestre National de France nous convie à un programme tourné vers Vienne, et qui fleure bon le Nouvel An, sous la direction d’un grand amateur de cette musique festive, le chef d'orchestre autrichien Manfred Honeck. Sans doute son expérience d’altiste au sein des meilleurs orchestres de Vienne lui a-t-elle donné le goût de ces valses et autres danses dont les Viennois raffolent. Ce qu’il faut signaler, c’est qu’il n’existe probablement pas de meilleur pupitre pour toucher au plus près la sève de cette musique, légère sans doute mais aussi d’un extrême raffinement, que celui des altos. Certes, ce qu’ils jouent est, le plus souvent, désespérant de répétition, mais ce sont, justement, les battements du cœur de toutes ces danses viennoises. Et les Viennois les jouent comme personne, avec, pour les valses, une façon d’anticiper le deuxième temps et de retarder le troisième qui leur est caractéristique.
Pour se mettre dans l’ambiance, l’ouverture Cavalerie légère de Franz von Suppé. Entendons-nous bien : l’adjectif « légère » est lié à « cavalerie », dans une expression militaire officielle. En revanche, il est difficile de dire que c’est une musique qui brille, précisément, par sa légèreté. Mais elle tire sa force de l’irrépressible énergie qu’elle procure, sur scène comme dans la salle. La verve du chef d'orchestre, la puissance des cuivres, les solos des bois, le legato des cordes : tout est en place pour la suite !
Ville de culture et de mécènes généreux, la ville natale du grand compositeur suisse lui rend un vibrant hommage sous la direction artistique de son compatriote, le chef d’orchestre Thierry Fischer qui revient périodiquement dans sa ville en marge de sa brillante carrière internationale. Disciple de Nikolaus Harnoncourt et de Claudio Abbado, Thierry Fischer a d’abord été flûte solo de l’Orchestre de Chambre d’Europe avant de prendre son envol comme chef d’orchestre. Directeur musical de l’Orchestre National du Pays de Galles, puis de l’Orchestre symphonique d’Utah, il occupe actuellement la même fonction à la tête de l’Orchestre symphonique d’Etat de São Paulo au Brésil. Son amour pour la musique de Frank Martin l’a conduit à diriger presque toutes les œuvres instrumentales et vocales du compositeur en concert et de les enregistrer au disque pour Deutsche Grammophon, Dinemec et Hyperion.
C’est à l’occasion des 50 ans de la disparition de Frank Martin que Thierry Fischer a lancé la folle idée d’une quasi intégrale des œuvres du compositeur genevois s’étalant sur trois saisons sous sa direction artistique. Produite par l’Association L’Odyssée Frank Martin, elle se terminera par une production très attendue de son opéra La Tempête en 2026. Diverses personnalités et institutions musicales de la ville participent à cette vaste entreprise qui a pu voir le jour en grande partie grâce au mécénat privé.
Il est étonnant qu’un compositeur d’une telle envergure reste si peu connu du grand public alors que son nom devrait figurer au panthéon des grands compositeurs du XXe siècle grâce à un message musical d’une rare intensité. Composé en 1942 en pleine Seconde Guerre mondiale, son vaste cycle de lieder, Der Cornet, est une des pierres angulaires de son abondant catalogue. Il fallait sans doute une certaine dose de provocation à un compositeur suisse romand de langue française pour oser mettre en musique un long poème en allemand durant les années les plus noires du siècle dernier. C’est que cette histoire d’amour et de mort sur fond de guerre entre l’Empire d’Autriche contre l’Empire ottoman au 17e siècle contée par un Rainer Maria Rilke de 21 ans trouve des connotations évidentes avec la situation européenne de l’époque. L’oeuvre fut créée en 1945 à Bâle sous la direction de Paul Sacher, son commanditaire.
Pictures from Finland. Selim Palmgren (1878-1951) : Images de Finlande, quatre poèmes symphoniques op. 24. Leevi Madetoja (1887-1947) : Suite pastorale op. 34 ; Stabat Mater op. 27 n° 2 pour chœur féminin et cordes. Väinö Raitio (18881-1945) : Idylle pour orchestre ; Scherzo ‘Felis domestica’. Robert Kajanus (1856-1933) : Adagietto pour cordes ; Rhapsodie finlandaise n° 2 op. 8. Jean Sibelius (1865-1957) : Kuolema : Scène des grues op. 44 n° 2. Chœur féminin de la Madetoja Music High School ; Soma Ensemble ; Oulu Sinfonia, direction Rumon Gamba. 2024. Notice en anglais. 63 minutes. Chandos CHAN 20401.