Jascha Horenstein à l’anglaise

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°1 en fa mineur ; Carl Nielsen (1865-1931): Symphonie n°5, op.50. Royal Philharmonic Orchestra, New Philharmonia Orchestra, direction : Jascha Horenstein. 1970 et 197. Livret en anglais, allemand et français. 72’50. ICA ICAC 5184.

Moisson d'été chez Henle

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La moisson d’été des éditions Henle nous propose différentes partitions pour des formations bien différentes : Ravel pour deux piano, de la harpe, un quatuor de saxophones et une marche et divertimento de Mozart pour 2 cors et cordes Nouveautés d’été chez Henle 

Claude Debussy / Maurice Ravel, Nocturnes (version pour 2 pianos). HN 1396,  ISMN 979-0-2018-1396-7

À l’Abbaye de Lessay, "Le Messie" de Haendel sans chef par Liberati

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Le 1er août 2025, dans le cadre des Heures musicales de l’abbaye de Lessay, le Chœur et Orchestre Liberati a proposé au public une interprétation audacieuse et stimulante du Messie de Haendel. Loin d’une simple exécution d’un monument, ce concert s’est imposée comme une véritable expérience musicale, interrogeant profondément nos habitudes d’interprétation, bousculant les conventions de direction et, par ricochet, les habitudes d’écoute.

L’abbaye Sainte-Trinité de Lessay et ses Heures musicales, haut lieu de musique baroque

Située dans la Manche, face à l’île anglo-normande de Jersey, l’abbaye Sainte-Trinité de Lessay est un chef-d’œuvre de l’art roman normand. Fondée au XIe siècle, détruite à plusieurs reprises, puis reconstruite à l’identique après la Seconde Guerre mondiale, l’église paroissiale actuelle — qui possède l’un des premiers croisés d’ogives gothiques — bénéficie d’une acoustique remarquable. Celle-ci fait tout le prestige des Heures musicales, festival de la musique ancienne et baroque dont la 32e édition se déroule jusqu’au 12 août. Le Messie donné ce soir-là en a offert une démonstration éclatante.

Liberati : un chœur et orchestre animé par un idéal de liberté musicale

Créé en 2022 par l’organiste Benjamin Alard (actuellement engagé dans l’enregistrement intégral de l’œuvre pour orgue de Bach), la soprano et violoniste Saskia Salembier et le claveciniste Marc Meisel, Liberati Orchestre et Chœur revendique une approche collaborative et libérée des schémas hiérarchiques habituels. Refusant le modèle traditionnel du chef d’orchestre, ils placent chaque musicien au cœur du processus d’interprétation. Le nom de l’ensemble, Liberati, incarne cet élan vers une liberté musicale assumée.

Die Walküre à Bayreuth : Wotan endort Brünnhilde au troisième acte, et Schwarz le public au second

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Après un prologue relativement neutre, les limites de la relecture de la vision de Valentin Schwarz sont désormais évidentes. Dans la fosse, Simone Young continue d'impressionner.

D'un point de vue esthétique, l'on reste ici dans les décors froids et impersonnels déjà disposés lors de L'Or du Rhin celui du deuxième acte n'est après tout que la même pièce que pour les deuxième et quatrième scènes du prologue, pivotées à 90 degrés –, avec une accentuation sur le glauque pour la tanière de Hunding. Du point de vue de l'orthodoxie dramaturgique, il est difficile de voir comment justifier le fait que Sieglinde soit déjà enceinte – on suppose donc de Hunding – ou encore pourquoi Wotan tente de violer Sieglinde au deuxième acte.

Concernant la direction d'acteurs, on note une gestion particulièrement réussie de la représentation de l'épuisement des jumeaux au deuxième acte, ainsi que de la solitude suivant les adieux dans le troisième ; il est alors d'autant plus dommage de voir Fricka arriver avec une bouteille de rouge une fois ces derniers achevés. Adieu également à la lance, remplacée par un pistolet qui semble être le nouveau joker dramaturgique de cette tétralogie. Pour autant, cette vision pourrait encore recevoir l’adhésion, ou du moins la clémence de davantage de spectateurs, s'il ne se diffusait pas une sourde sensation d'ennui au deuxième acte, de la deuxième à la quatrième scène. Sentiment visiblement partagé, comme en témoignent les séries de quintes de toux dans le Festspielhaus – pourtant habituellement rarissimes –, indicateur toujours fiable pour mesurer le degré de concentration d'un auditoire.

En Sieglinde, Jennifer Holloway déploie son timbre large et sa tessiture dramatique, et forme un duo particulièrement équilibré avec le Siegmund – fort applaudi – de Michael Spyres, même si l'accent est davantage mis chez elle sur l'intensité dramatique que sur la musicalité ; étonnamment, elle est à deux reprises recouverte par la masse orchestrale. Ce dernier fait toujours état d'un timbre involontairement grossi par la prononciation de la langue de Goethe ; mais se distingue par l'excellence de ses decrescendos ainsi que par la gestion toute en finesse des notes longues. L'intensité et le niveau global de son interprétation du final du premier acte lui vaudront d'ailleurs une ovation dès le premier tomber de rideau. Pour clore le trio des humains, Vitalij Kowaljow campe un Hunding visuellement aussi effrayant que sa cahute, mais fait état d'un timbre chaud et d'une bonne musicalité dans les phrases longues, nonobstant quelques problèmes de justesse.

Le Liverpool Oratorio à Monte-Carlo

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Chaque été, le Prince Albert II de Monaco convie l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) à se produire dans la somptueuse Cour du Palais Princier. Ces concerts, d’une rare élégance, exigent une tenue de soirée, et les places — en nombre limité — s’arrachent rapidement.

En prélude à sa dixième saison et dernière, au titre de Directeur musical et artistique de l’OPMC, le chef japonais a choisi de diriger une œuvre ambitieuse et peu connue du grand public : le Liverpool Oratorio de Paul McCartney. Un concert symbolique, car Kazuki Yamada, qui est également le directeur musical du City of Birmingham Symphony Orchestra a convié le choeur à prendre part à ce concert. 

C’est une partition de grande envergure nécessitant un dispositif exceptionnel : un orchestre philharmonique au complet, les 180 chanteurs du City of Birmingham Symphony Orchestra Chorus, le Chœur d’enfants de l’Académie Rainier III… Impossible d’accueillir une telle production en plein air dans la Cour du Palais Princier : c’est donc le Grimaldi Forum, et plus précisément la Salle des Princes (1 864 places, 1 000 m² de scène, dont 690 m² de plateau), qui a été mobilisé. Dans le public, mélomanes avertis, amateurs de McCartney et inconditionnels des Beatles.

C’est en 1991, dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de l’Orchestre de Liverpool, que Paul McCartney, épaulé par le chef Carl Davis pour l’orchestration, s’est lancé dans la composition de son premier oratorio. L’œuvre, écrite pour solistes, chœur mixte, chœur d’enfants et orchestre symphonique, fut créée dans la cathédrale de Liverpool. Résultat : une fresque musicale audacieuse, en huit mouvements, librement inspirée de la vie de McCartney lui-même.

Les Musicales de Normandie au Musée Michel Ciry : 3 concerts, 3 époques, 3 univers

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité, « du récital au grand orchestre ». Par exemple, un récital solo le 25, et un orchestre le 26. Les 27, 28 et 30, nous étions dans l’entre-deux avec trois concerts de musique de chambre, dans des registres très différents toutefois, car la diversité de ce festival ne s’exprime pas seulement par les formations invitées, mais également par le contenu musical.

Quant au lieu, c’était le même pour ces trois soirées presque consécutives : le Musée Michel Ciry à Varengeville (76), du nom d’un peintre, graveur et dessinateur qui s’y est installé dans les années 1960, et qui a créé lui-même ce musée. Les concerts ont lieu dans une salle d’exposition, de sorte que les musiciens et le public sont, tout autour d’eux, en présence de nombreuses toiles de cet artiste qui n’avait pas que ces talents picturaux, puisqu’il était également écrivain et... compositeur ! Il avait été élève de Nadia Boulanger (tout comme Philip Glass, dont plusieurs pièces seront jouées lors du troisième concert). Dans la salle derrière celle où ont lieu les concerts, visible par une bonne partie du public, trône un piano à queue Gaveau de 1920 que ses parents avaient reçu en cadeau de mariage, et sur lequel il a composé la plupart de ses œuvres.

Des douleurs du XXe siècle, avec le Trio Hélios

Fondé en 2014 par le pianiste Alexis Gournel, la violoniste Camille Fonteneau (remplacée en 2023 par Eva Zavaro) et le violoncelliste Raphaël Jouan, le Trio Hélios est en passe de devenir un ensemble de référence dans le paysage musical français. Dans leur formation initiale, ils ont gravé deux CD, qui ont été accueillis avec beaucoup d’enthousiasme par la presse spécialisée.

Leur programme, d’une densité et d’une élévation exceptionnelles, reprenait en partie celui de leur premier CD, consacré à de la musique française, avec le Trio de Maurice Ravel et deux pièces de Lili Boulanger. Il se terminait avec le Trio N° 2 de Dmitri Chostakovitch (qu’ils n’ont, pour le coup, pas enregistré).

Une nouvelle ère pour le Festival international d’opéra baroque de Beaune

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La 43e édition du Festival international d’opéra baroque de Beaune (4-27 juillet) s’est achevée sous les meilleurs auspices, avec Agrippina de Haendel par Les Épopées et le programme « Janua » de l’Ensemble Irini. Succédant à Anne Blanchard et Kader Hassissi, qui ont façonné l’identité artistique du festival pendant plus de quarante ans, Maximilien Hondermarck signe une première programmation fidèle à l’esprit de Beaune, tout en affirmant sa propre vision.

Renouvellement des formats, enracinement dans la cité

Parmi les axes forts du projet retenu lors de son recrutement, le jury soulignait une « ambition artistique […] à la fois novatrice et respectueuse de l’histoire du Festival » selon le communiqué de presse. Dès cette édition, les propositions inédites se sont multipliées : nouveaux formats, nouveaux lieux, nouvelles figures.

L’un de ces exemples est sans doute la promenade musicale dans le centre historique de Beaune conçue par Les Traversées Baroques, l’ensemble basé à Dijon. Chaque halte historique devient le théâtre d’une chanson, souvent de la Renaissance, interprétée par la soprano Jeanne Bernier — timbre cristallin, diction limpide, émission naturelle — en binôme avec une guide-conférencière. Certaines pièces sont reprises en chœur par les participants, instaurant une proximité conviviale. Le parcours s’achève dans la Chapelle de la Charité, dont l’acoustique enveloppante et l’intimité ont convaincu l’équipe du festival d’y programmer plusieurs concerts.

Autre nouveauté conviviale : les bars d’entracte, inaugurés cette année, ont offert aux spectateurs un espace de convivialité propice aux échanges informels. Les « Conversations », rencontres en marge des concerts avec certains artistes, ont permis un dialogue direct autour de leur approche et de leur répertoire. Cette volonté d’ouverture se reflète également dans la programmation, riche en artistes signalés « débuts à Beaune » dans le livre-programme. Certains noms, pourtant bien établis sur la scène baroque — Alex Potter, Benjamin Alard, Thomas Hobbs, Olivier Fortin et son Ensemble Masques, Jean-Luc Ho —, y participaient pour la première fois. À leurs côtés, la relève s’affirme avec des jeunes voix prometteuses telles que Juliette May, Marie Théoleyre, Camille Chopin ou Apolline Raï-Wastphal.

Antal Doráti à Londres 

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Antal Doráti in London – The Mercury Masters, Volume 1. Helga Pilarczyk, Deems Taylor, Byron Janis, János Starker, Henryk Szeryng ; London Symphony Orchestra,  direction :  Antal Doráti. 1956-1969. Livret en anglais. 29 CD Decca Eloquence 4847015

Antal Doráti in London – The Mercury Masters, Volume 2.  Imre Pallo, Olga Szönyi, Muhaly Székely, Joseph Szigeti, Gina Bachauer, Henryk Szeryng János Starker, Géza Frid, Luctor Ponse, Rafael Puyana ; London Symphony Orchestra,  New Philharmonia, BBC Symphony Orchestra Festival Chamber Orchestra, direction :  Antal Doráti. 1962-1969. Livret en anglais. 28 CD Decca Eloquence. 4847106