À Bayreuth, un Rheingold sauvé par sa musicalité

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Si l’on sait à quel point le thème de la rédemption par l’amour est inhérent à la globalité de l’œuvre wagnérienne, l’édition 2025 de la Tétralogie ne devra son salut qu’à la qualité de la direction de Simone Young, dont le travail sur les couleurs orchestrales impressionne, ainsi qu’à quelques chanteurs particulièrement méritants.

Alors que se profile son dernier tour de piste, le Ring de Valentin Schwarz ne séduit pas pour autant davantage. Force est toutefois de constater que, malgré l’esquisse des différents partis pris de sa vision – personnification de l’anneau sous la forme d’un enfant, divinités du Walhalla au comportement kardashianesque –, ainsi que l’esthétique froide et impersonnelle en découlant, son traitement du matériau originel ne donne encore que peu d’urticaire durant ce simple prologue.

Sur scène, trois interprétations sont particulièrement remarquées. En Alberich, Olafur Sigurdarson, désormais bien familier du rôle in situ, marque d’entrée avec son timbre large et sa tessiture lyrique que vient sertir une prononciation impeccable, encore accentuée par l’excellente mise en place rythmique. La justesse dans les exclamations aiguës ainsi que la projection particulièrement bien dosée sont au surplus des plus appréciées. Difficile également de ne pas ovationner l’Erda d’Anna Kissjudit, dont les longues phrases sont une démonstration, tant de constance que de musicalité et de compréhension, tout en lui conférant une présence scénique indéniable. Finalement, l’on avait sur le plateau en les personnes de Nicholas Brownlee et Tomasz Konieczny deux profils antagonistes du baryton wotanesque. « Je chante le rôle, Birgit Nilsson le hurle », déclarait un jour Germaine Lubin en parlant  d’Isolde. Un comparatif peut nonobstant être fait entre le Donner de Brownlee, au vibrato singulièrement dense, toujours parfait dans ses tempi, dont le clair du timbre n’a d’égal que celui des voyelles et dosant savamment sa projection, et le Wotan de Konieczny, dont la grande clarté de timbre et de voyelles n’est obtenue qu’au prix d’une tendance à la surprojection, si ce n’est au hurlement avec les déséquilibres acoustiques en découlant.

Fleurons de la musique symphonique polonaise du XXe siècle

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Grażyna Bacewicz (1909-1969) : Ouverture pour orchestre. Witold Lutosławski (1913-1994) : Symphonie n° 3. Karol Szymanowski (1882-1937) : Fantaisie symphonique sur « Le Roi Roger », arrangement Iain Farrington. 2024. Royal Scottish National Orchestra, direction Thomas  Søndergård. Notice en anglais. 59’ 55’’. Linn CKD 758.

Purcell aux BaroQuiales

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Sospel est un superbe village niché aux portes du Parc National du Mercantour. Depuis 1998, il accueille chaque été l’un des plus beaux festivals de musique baroque d’Europe : "Les BaroQuiales". Fragilisé par la pandémie de Covid et les catastrophes naturelles de 2020, le festival avait vu son public diminuer. Mais grâce à Jean-Sébastien Beauvais, directeur artistique depuis quelques années, il a su retrouver tout son éclat.

Le public, désormais revenu en nombre, se régale d’une programmation riche : concerts de musique baroque, opéras, pièces de théâtre, conférences, stages vocaux, sans oublier la projection culte du "Meurtre dans un jardin anglais" de Peter Greenaway.

La thématique de cette édition : "Ballades en balade", une traversée de la musique baroque en Grande-Bretagne.

Le festival s’achève en apothéose avec l’opéra King Arthur de Henry Purcell, donné sur le parvis majestueux de la cocathédrale Saint-Michel, bâtie entre le XIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle. On pourrait s’attendre à une mise en scène traditionnelle, mais Jean-Sébastien Beauvais et le metteur en scène Luc Betton proposent une relecture audacieuse. Le mythe arthurien est ici plongé dans les bas-fonds d’un Londres intemporel, vibrant d’une énergie brute. La scène devient rue, arène, lieu de luttes et de désirs. Corps tendus, gestes instinctifs : cette vision moderne fonctionne à merveille grâce à une troupe d’artistes talentueux, pleins de fantaisie et d’inventivité.

Jean-Sébastien Beauvais donne le ton dès le début en apparaissant sur scène en baskets et casquette, et dirige son Ensemble La Chambre avec un enthousiasme communicatif.

Les solistes sont prodigieux. King Arthur, opéra de 1691 avec un livret de John Dryden, est un semi-opéra mêlant texte parlé, musique, chant, danse et effets scéniques. Plusieurs airs sont célèbres, notamment le poignant "Cold Song" (What Power Art Thou), magnifiquement interprété par le baryton-basse René Ramos Premier. Originaire de Santiago de Cuba, il impressionne par son physique (plus de deux mètres !) autant que par sa voix profonde et ensorcelante. Un King Arthur noir ? Une image forte, inattendue, et totalement convaincante.

Vivifiants Concertos de Vivaldi et de Haydn par Le Concert de la Loge

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité, « du récital au grand orchestre ». La veille, c’était un récital solo. Cette fois, un orchestre (grand, il est vrai, plutôt par la qualité que par la quantité).

Le lieu, c’était la sublime Collégiale Notre-Dame d’Auffay à Val-de-Scie (76), et son immense nef gothique, qui dégage une sensation lumineuse et sereine qui se prêtait magnifiquement au programme proposé. 

Quant à l’orchestre, c’était Le Concert de la Loge, un ensemble à géométrie variable sur instruments d’époque qui est en train de prendre une place de tout premier plan dans le paysage français, voire international, de la musique dite « historiquement informée ». Il a été créé il y a dix ans maintenant, par le violoniste Julien Chauvin, pour faire revivre un ensemble de la fin du XVIIIe siècle qui avait été l’un des plus réputés en Europe : Le Concert de la Loge Olympique, du nom d’une loge maçonnique. Malheureusement, notre ensemble contemporain a dû renoncer au mot « Olympique » dans son titre pour des questions juridiques de risque de confusion avec certaines instances sportives.

Pour ce concert, il était en petite formation : un seul instrument à cordes par partie et clavecin (ainsi que deux hautbois et deux cors pour l’une des œuvres). Le programme était composé exclusivement de concertos, avec deux compositeurs : Antonio Vivaldi et Joseph Haydn.

Pour commencer, du premier, deux concertos pour deux violons : le très célèbre en la mineur, RV 522, et le plus confidentiel (malgré ses atouts certains, et notamment son final explosif) en sol mineur, RV 517. En solistes, Julien Chauvin bien sûr, et Roxana Rastegar, qui forment un duo très homogène, tout en ayant chacun leurs propres choix d’ornements. C’est un Vivaldi résolument ensoleillé qu’ils nous proposent, sans effets pittoresques ni excès de dynamiques, mais avec une belle variété dans les attaques de notes, ce qui fait souvent tout le sel de cette musique tellement pétillante. Ils ne craignent pas un certain lyrisme, et jouent à merveille de l’excellente acoustique du lieu.

Place à Haydn, le compositeur associé à cet ensemble, dans la mesure où c’est Le Concert de la Loge Olympique qui lui avait commandé les Six Symphonies dites « parisiennes » en 1785. Elles ont donné lieu aux premiers enregistrements de son successeur (sur plusieurs années, et selon une formule originale : une symphonie par album, couplée avec des œuvres contemporaines parisiennes, peu connues, pour quatre d’entres elles ; un double album avec le Stabat Mater, également composé à Paris, pour les deux autres). C’est dire si Haydn est au cœur des préoccupations musicales du Concert de la Loge (Vivaldi, du reste, en fait également partie, puisque l’ensemble a consacré trois albums à ses concertos pour violon – dont les incontournables Quatre Saisons).

Éric-Maria Couturier et Jean-Sébastien Bach en leurs jardins, au gré du vent

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Le festival Les Musicales de Normandie existe depuis 2006. Pour sa vingtième édition, il propose cinquante concerts, pendant tout l’été, dans une trentaine de lieux parmi les plus caractéristiques du patrimoine architectural des départements de Seine-Maritime et de l’Eure (ex-Haute-Normandie). Sa programmation frappe par sa diversité.

Son deuxième concert, inclassable, l’illustre bien. Son titre : « Les sept préludes ». Le site du festival nous explique qu’il s’agit « d’un programme musical original, en écho de la montagne de la Sainte-Baume et de la légende provençale qui dit que Marie-Madeleine vécut dans une grotte, au cœur d’une forêt ancestrale, d’où elle était élevée sept fois par jour par les anges pour rejoindre son bien-aimé ». Puis il précise : « Chevauchées par les six préludes des célèbres Suites de J.S. Bach, des improvisations préfigurent alors un septième Prélude, imaginé et joué dans l’instant par le violoncelliste Éric-Maria Couturier, comme un couronnement final. L’interprétation est unique et différente à chaque représentation parce qu’elle entre en résonance avec le lieu. » 

En cette matinée (le concert avait lieu à 11 h), ce lieu était le Jardin d’art Terre d’Accord à La Chapelle-sur-Dun (76), un domaine botanique où sont disséminées les sculptures épurées et apaisantes de Robert Arnoux. Un lieu particulièrement inspirant, donc. Par un temps instable, une bâche avait été installée pour protéger d’une éventuelle pluie. Le public, venu nombreux, y tient à peine. Derrière Éric-Maria Couturier, seul sur scène avec son violoncelle et son dispositif d’amplification, notre vue pouvait se perdre sur de nombreuses espèces d’arbres, parmi lesquelles, tout au fond, une rangée d’immenses peupliers.

Quant aux improvisations, et aux Préludes des Suites de Bach, le principe était simple : celui de l’alternance, chaque Prélude étant précédé d’une improvisation, telle un prélude au Prélude

À Bayreuth, des Meistersinger figuratifs et bicéphales

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Ni huées ni vrai triomphe pour la nouvelle production des Maîtres Chanteurs signée par Matthias Davids, alors que Daniele Gatti retrouve la fosse du Festpielhaus.

Une question frémissait sur les lèvres de moult habitués du Festival en ce soir de première, comment succéder au bijou de relecture qu’avait offert Barrie Kosky en 2017 ? La réponse que beaucoup pressentaient fut donc bien d’en prendre le contrepied. Si Matthias Davids compte à son pedigree plusieurs mises en scènes lyriques, le cœur de son expertise demeure toutefois la comédie musicale, genre jusqu’ici peu réputé pour ses multiples niveaux de lectures et son goût de la revisite. Ainsi que le dira l’intéressé lui-même, fournir une analyse de la vie et/ou de l’idéologie wagnérienne ne l’intéresse pas. Seul compte donc pour lui le livret comique écrit par Wagner. Avec un accent mis sur les ambivalences des personnages. Ainsi, guère de folie ici, si ce n’est une entorse notable au livret à la toute fin de l’ultime aria d’Hans Sachs, durant lequel Walther refuse finalement le titre de Meistersinger à l’initiative d’Eva avant de s’enfuir avec elle.

Quelle place donc pour la querelle entre traditionalisme et créativité individuelle ? Le premier tableau en aura certainement effrayé plus d’un avec un Walther von Stolzing en tenue moderne face à une procession intégralement vêtue à la mode calviniste sauce 19ème siècle, tout en nuances de gris. Fort heureusement le manichéisme sera par la suite moins crasse. Ce qui surprendra surtout dans la proposition visuelle de Davids est l’alternance entre des décors à mi-chemin entre l’expressionnisme allemand et les cartoons américains des années 50 -escalier menant à l’église tout en perspective forcée pour la première scène du premier acte, ville de Nuremberg avec ces maisons sens dessus dessous dans le second acte- et les tableau nettement plus figuratifs -intérieurs de l’église dans le reste du premier acte aux allures d’amphithéâtre bavarois, échoppe d’Hans Sachs durant les 4 premières scènes du troisième acte . C’est finalement le kitsch qui l’emporte in fine dans des célébrations de la Saint-Jean au raffinement bien bavarois, avec un double supplément feria basquaise et midsommar suédois ; durant lesquelles une vache gonflable géante, supposée souligner l’absurdité du concept de devoir épouser le vainqueur d’un concours de chant- trône au-dessus du plateau. Notons également une fort bonne utilisation des passages instrumentaux aux fins comiques, notamment lors de l’arrivée de Beckmesser dans l’échoppe d’Hans Sachs.

Quatre compositrices pour le violon de l’Américain Philippe Quint

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Milestones. Lera Auerbach (°1973) : Concerto pour violon et orchestre n° 1. Errollyn Wallen (°1958) : Concerto pour violon et orchestre. Lora Kvint (°1953) : « Odyssey », Rhapsodie pour violon et piano. Florence Price (1887-1953) : Adoration. Philippe Quint, violon ; Royal Scottish National Orchestra, direction et piano Andrew Litton. 2024. Notice en anglais. 62’ 27’’. Pentatone PTC 5187 408.