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Gavin Bryars : le Titanic coule, les notes surnagent

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Sa musique est pour moi une vieille connaissance, même si elle vient à mes oreilles par le chemin détourné du monde rock de la deuxième moitié des années 1970, insinuée entre les interstices électriques, puis électroniques de Brian Eno, un autodésigné « non-musicien » (son premier instrument est un enregistreur à bandes) dont le travail, au fil des décennies, acquiert sa notoriété dans le circuit des philharmonies. En 1975, après sa période glam (des plumes et un maquillage outrancier) avec Roxy Music, alors que sort son troisième album solo (qui prépare le terrain à sa proposition ambient – une réponse renouvelée à la musique d’ameublement d’Erik Satie), Eno débute un label discographique sur lequel il édite, coup sur coup, plusieurs disques marquants, où l’on retrouve, outre sa propre production (Discreet Music), des œuvres de John Adams, David Toop, Christopher Hobbs – et Gavin Bryars, qu’Eno rencontre dans le Scratch Orchestra au Portsmouth College of Art et dont le vinyle, catalogué « Obscure no.1 » inaugure l’étiquette et ses pochettes sombres à la découpe lumineuse (elle vivra 3 ans et hébergera dix parutions de musique expérimentale).

Avec les amis d’alors (les mêmes que je retrouve, un temps avant l’ouverture du Palais des Beaux-Arts de Charleroi, pour un verre avant le concert), nous avons une préférence pour la face B, Jesus' Blood Never Failed Me Yet, une composition de 1971 de Bryars, qui s’appuie sur l'enregistrement d'un court couplet improvisé par un sans-abri inconnu (capté à l’occasion d’un documentaire sur la vie dans la rue dans les quartiers d'Elephant and Castle et de Waterloo, à Londres), une boucle que Bryars enrichit de cordes, de cuivres (Michael Nyman y joue de l’orgue) – une considération qui se matérialise aujourd’hui par le morceau What’s in a name du groupe bruxellois The Names, qui rend hommage au musicien anglais en ressuscitant le procédé (boucle grésillante, voix mélancolique, tempo flou, cordes – ici synthétiques) dans un environnement actuel. Ce qui ne nous empêche pas de retourner le Long Playing et d’approfondir The Sinking of the Titanic – et son intrigante question sous-jacente : que reste-t-il d’une musique lorsque ceux qui l’interprètent disparaissent ?