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Au Palais Garnier, des empreintes pas toujours très profondes mais fort esthétiques

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Il s’agissait de l’un des programmes les plus attendus de l’année, réunissant deux créations. La première, signée Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright, ainsi que la seconde, par Marcos Morau, prennent toutes deux, en un sens, le contrepied de l’art chorégraphique tel qu’il est habituellement abordé. Si le rendu visuel est par moment brillant, les propos ainsi que les langages chorégraphiques associés ont de leur côté un air de déjà vu.

L’Arena de « Jess and Morgs » portait l’ambition d’aborder la technologie — et plus particulièrement la vidéo — simultanément comme thème et moyen d’expression. Si la pièce tire son nom du postulat de ses protagonistes, où chacun tente de se démarquer des autres, cette quête du quart d’heure warholien prend plusieurs tournures successives. Ainsi, tout commence par une audition, ponctuée de différents solos simultanés, avant que le plafond ne s’affaisse pour devenir, à l’instar des murs du décor, un écran sur lequel seront projetées des vidéos des danseurs, pour la plupart en prise de vue réelle, filmées par les danseurs eux-mêmes à l’aide de deux caméras. Si cette utilisation de la vidéo n’a en soi rien de nouveau, étant utilisée en art dramatique depuis des années, l’on occulte trop souvent que la prise de vue « live » nécessite sa propre chorégraphie des caméras, en parallèle de celle des danseurs, celle-ci étant particulièrement réussie, à en juger par les effets de cadrages et travellings successifs. Ce sont ainsi littéralement deux visions de la danse qui se juxtaposent. C’est finalement par l’ajout d’une nuée de téléphones portables que l’on finit par tomber dans la surmédiatisation.

Au-delà du propos, l’on s’interroge sur l’utilité des trios et autres mouvements de groupe aux alentours de la trentième minute, ces derniers s’inscrivant en antagonisme avec le propos. En principal soliste, Loup Marcault-Derouard convainc, tant par sa présence scénique que par son investissement dramatique, particulièrement saillant grâce aux gros plans dont il fait l’objet. Mention particulière également pour Koharu Yamamoto, dont le classicisme technique diffère sensiblement du reste des danseurs, plus coutumiers des pièces contemporaines au sein de la compagnie ; Caroline Osmont, Ida Viikinkoski et Nine Seropian en tête. Mention particulière également pour la réflexion autour de la spatialisation de la musique, signée Mikael Karlsson, et des projections.

« Fanny and Alexander » de Mikael Karlsson & Royce Vavrek : un pari réussi, un univers fascinant

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Le grand cinéaste Ingmar Bergman (1918-2007) a fasciné, il ne cesse de fasciner. Ses films continuent à vivre dans les cinémathèques. Les anciens les retrouvant avec bonheur, les plus jeunes les découvrant à leur tour. Tous continuent à être ou sont interpellés. Bergman en effet ne se livre pas immédiatement, il exige grande attention, perspicacité, humilité aussi -il y a ce que l’on a d’abord cru comprendre, ce que l’on comprend autrement, ce que l’on ne comprend pas.

De plus, pas mal de ses films sont apparus comme des défis, comme des « mises en demeure » inéluctables pour des gens de théâtre. Ainsi, « Scènes de la vie conjugale », « Cris et chuchotements », « Après la répétition », « Persona », « Les Fraises sauvages » et d’autres encore. Voilà que l’opéra s’en mêle avec la création à La Monnaie de Fanny and Alexander !

Pourquoi cette fascination bergmanienne du spectacle vivant ?

C’est que le film y trouve une autre dimension, la troisième ; c’est que les personnages à l’écran deviennent des comédiens-chanteurs sur un plateau, tangibles, à quelques mètres d’un public qui est dans leur souffle. C’est que le réalisme d’un film cède aux suggestions d’une mise en scène. C’est que le regard du spectateur peut échapper au point de vue du cinéaste, libre de regarder qui et ce qu’il veut.

Ainsi les champs/contre-champs typiques des affrontements bergmaniens laissent la place à une vue d’ensemble d’un couple, par exemple, nous offrant la possibilité de les saisir (dés)unis dans leur affrontement.

C’est que la scénographie devient bien davantage qu’un décor, quasi personnage à part entière, élément significatif essentiel de ce qui se joue, de ce qui se trame, de ce qui sous-tend ce que l’on voit et entend.

Et évidemment à l’opéra, la partition, l’orchestration, l’instrumentation, les registres de voix sont (ou peuvent être) autant de partenaires amplificateurs.

La Monnaie a risqué le pari avec son Fanny and Alexander réécrit, mais en toute fidélité, par Royce Vavrek, composé par Mikael Karlsson, dirigé par Ariane Matiakh, mis en scène par Ivo van Hove et interprété par douze solistes.