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A Lausanne, un Rigoletto défiguré par la danse

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Pour achever la saison 2025-2026 de l’Opéra de Lausanne, Claude Cortese, son directeur, reprend la production de Rigoletto que Richard Brunel avait conçue pour l’Opéra de Nancy-Lorraine en juin 2021.

Lorsque lui est demandé pourquoi il a choisi de transposer l’action dans le cadre strict d’une compagnie de ballet, le metteur en scène fait allusion à « cet univers complexe, où tout le monde se surveille, où tout le monde avance masqué, en nous faisant sentir les hiérarchies, les tensions, les séductions, les rivalités, les jalousies, les humiliations… »  Est-ce pour autant  convaincant ? Il faut bien répondre par la négative. Demandant à son décorateur Etienne Pluss de subdiviser la scène en trois parties, il use du plateau tournant pour nous amener dans les coulisses d’un théâtre jouxtant une demeure de jeune fille avec un escalier tortueux amenant à sa chambre à coucher, appuyée contre une paroi donnant sur un studio de danse pour les exercices à la barre. Dans une chorégraphie de Maxime Thomas, six jeunes danseurs s’y préparent, sans se préoccuper d’un Duc de Mantoue, crinière cendrée sur casaque et pantalon noirs imaginés par le costumier Thibaut Vancraenenbroek, non différenciés de cette multitude de loubards arrogants malmenant l’un des leurs qui s’appuie sur une canne à la suite d’une douloureuse entorse. Serait-ce donc ce malheureux Rigoletto que, dans une lettre de décembre 1850, Giuseppe Verdi voulait difforme et ridicule extérieurement, mais intérieurement passionné et plein d’amour ? Il semble aussi peu crédible que la sauvageonne Gilda portant leggings roses sous atroce jupette verte, alors qu’ils sont tous deux chaperonnés par le spectre de sa mère, campée par Agnès Letestu, mythique Danseuse Etoile de l’Opéra de Paris, inoubliable Marguerite Gautier de La Dame aux camélias, Odette/Odile du Lac des Cygnes, ici omniprésente pour réconforter tant son époux éploré que leur enfant.  Sous les éclairages de Laurent Castaingt, la scène de tempête de l’Acte III l’assimilera à Loïe Fuller déployant ses voiles démesurés comme une créature fantomatique annonçant le fatal dénouement. Mais comment ne pas se gausser de cette poubelle sur roulettes contenant un cadavre et véhiculée par un Sparafucile qui n’a pas eu à se salir les mains ?

Face à un pareil salmigondis intello-modernisant, la direction du jeune chef Giulio Cilona, d’origine américano-belge, est un véritable baume, car, à la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, il use de la fougue de ses trente ans pour mettre en valeur la géniale orchestration d’un Verdi soucieux de caractériser chacun des tableaux, allant jusqu’à recourir au chœur d’hommes à bouche fermée pour innerver la scène d’orage de modulations étranges.  Préparé par le chef marocain Anass Ismat, le Chœur de l’Opéra de Lausanne fait montre d’une extrême ductilité alliée à une précision tout aussi louable dans les difficiles ensembles qui émaillent l’ouvrage dès le premier tableau.

Un Rigoletto délicatement pertinent à l'opéra de Lorraine

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A l’Opéra National de Lorraine, Richard Brunel propose une lecture de Rigoletto, qui lui ajoute quelques dimensions bienvenues, qui en souligne délicatement l’intensité, sans le solliciter ni le trahir.

« La scène se passe à Mantoue et alentour », nous dit le livret. Nous allons y découvrir, y vivre, une terrible histoire tragique, celle de Rigoletto, bouffon difforme du Duc de Mantoue, absolument dévoué à son maître, cruellement prêt à tout pour lui. Mais voilà que ce maître, qui multiplie les conquêtes, les agressions plutôt, s’en prend à Gilda, la fille cachée du bouffon. Désespoir fou de celui-ci, désir tout aussi fou de vengeance ; fatalité, tragédie : « Malédiction » ! Tout est mal qui finit mal.

Quand le rideau se lève, nous découvrons non pas une salle d’un palais, mais les coulisses d’un théâtre où se déroule une représentation de ballet. Le « Duc de Mantoue » est le « maître » de ce ballet ; Rigoletto, son adjoint. Ce directeur de ballet est un prédateur, usant et abusant de ses danseuses ; Rigoletto est à son service, « réglant tous les problèmes » pour lui. Concept hasardeux ? Récupération convenue des dénonciations « Me Too » ? Non dans la mesure où le schéma essentiel de l’intrigue, sa caractérisation des personnages, son engrenage inexorable, sont préservés, dans la mesure où des séquences dansées ajoutent une touche esthétique et significative, en accompagnement ou en contrepoint, à ce qui se joue. Avec même une touche d’humour quand le choeur des courtisans, qui se réjouit des malheurs du bouffon, se risque à une danse balourde. Jamais cette transposition ne vient polluer ou compromettre les grands moments du récit ni leurs merveilleux déploiements vocaux. Verdi, sa partition, ses interprètes, sont là et bien là, en toute lisibilité, audibilité.

Création en France du "Cercle de Craie" de Zemlinsky à Lyon

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© Jean-Louis Fernandez

« Der Kreidekreis » (Le cercle de craie) est le septième opéra du compositeur autrichien Alexander von Zemlinsky (1872-1942), beau-frère et professeur d'Arnold Schoenberg, dont les œuvres ont été défendues par les nazis. « Der Kreidekreis » créé à Zürich en 1933 est un opéra en trois actes et sept tableaux sur un livret élaboré par le compositeur sur le texte de la pièce éponyme de 1925 de Klabund, un poète et écrivain allemand qui s’est inspiré d’une pièce de théâtre chinoise de l’époque des Yuan.

Un spectacle réussi sans doute, mais imparfait

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Anne-Catherine Gillet © Hofmann / La Monnaie

Béatrice et Bénédict
Pour cette nouvelle production de l'opéra-comique de Berlioz, La Monnaie inaugurait son "Palais", véritable ville dans la ville, un chapiteau de 500 m2, pouvant contenir 1100 places, installé sur le site industriel de Tour & Taxis", ancienne gare de marchandises désaffectée. Jusqu'à l'achèvement des travaux au bâtiment original, soit en décembre de cette année, les spectacles se donneront ici. Le directeur général, Peter de Caluwe, l'a rappelé en ce jour de première, après la minute de silence dédiée aux victimes des attentats du 22 mars suivie d'une "Brabançonne" émue.