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Aix-en-Provence, Festival de Pâques : l’incroyable diversité de la musique ancienne

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Les tendances actuelles de l’interprétation historiquement informée actuelle montrent une grande diversité comme l’attestent les trois concerts de cette treizième édition. Au fil des générations, le niveau d’excellence des intervenants atteint de nouveaux sommets tandis que la finesse des analyses des interprétations proposées nous entraine vers des horizons nouveaux où bonheurs et surprises s’enchevêtrent dans un kaléidoscope surprenant où le temps fera sans doute son tri. Les grands anciens demeurent dans la fierté de leurs conceptions accomplies, les plus jeunes osent des voies nouvelles qui bousculent les habitudes là où d’autres intervenants ouvrent des portes vers des répertoires méconnus. On retrouve ces trois tendances dans les trois concerts de cette semaine pascale.

Savall célèbre la Passion en compagnie de Haydn et Beethoven

Tout commence avec un grand ancien : à 84 ans, Jordi Savall pourrait occuper un rôle de commandeur, il préfère rester un pur produit de l’art des Lumières. Au fil des années, il a su forger une image de référence faite de clarté, d’engagement et de précision qu’il applique avec la même constance à tous les répertoires. Un certain sens du grandiose servi par une fluidité du discours, qui ouvrage délicatement le rendu instrumental tout en lui insufflant une énergie cohérente mais maîtrisée et en rendant aux parties chantées leur réelle pertinence. Avec des résultats divers selon les musiques abordées.
Ce fut le cas mercredi soir avec des pages de Beethoven et Haydn, retraçant les événements de la Passion dans leur chronologie : le Mont des Oliviers pour le premier, le Golgotha pour le second. Quand il écrit son oratorio Le Christ au mont des Oliviers en 1801 (il fut créé deux ans plus tard), Beethoven est installé et reconnu à Vienne depuis 9 ans (sa première symphonie vient d’être créée). Il a déjà composé des cantates de circonstance dans sa jeunesse à Bonn mais c’est la première fois qu’il aborde une page d’envergure. Il le fait avec une certaine naïveté et, surtout, un sens dramatique évident qui implique un engagement quasi théâtral des solistes, et en particulier d’un Christ qui évoque déjà le Florestan de Fidelio. Savall inscrit l’œuvre dans un esprit très 18e siècle et ainsi mise à nu, la partition dévoile un peu trop ses aspects anecdotiques que gomment des interprétations plus tourmentées comme celle, au disque, de Barenboïm.

Mais c’est Beethoven et non le chef qui est ici responsable de ce hiatus. On s’en rendra pleinement compte dans les sublimes Sept Dernières Paroles du Christ en Croix dont le chef catalan nous offre (et c’est un réel cadeau) l’imposante version chorale. Rarement jouée, cette partition pour quatre voix solistes, chœur mixte et orchestre, arrangée en 1795/6 à partir de l’original pour orchestre de 1786 , impose un sentiment de grandeur qui pénètre au cœur de la tragédie de la Passion. A la rigueur radicale dans la mise en place du corpus orchestral répond la clarté en majesté du chœur qui vit intensément un véritable drame, construit sur chacune des paroles du Christ. L’osmose entre voix et instruments atteint alors des sommets d’équilibre qui fascinent et émeuvent. C’est peu dire que la formidable Capella Nacional de Catalunya et le Concert des Nations, deux des ensembles clés de Savall, se couvrent ici de gloire, transcendés par la baguette inspirée de leur chef.

Le plaisir de la musique de chambre

La jeune génération des musiciens attache, elle, un intérêt marqué pour la musique chambre.  Avec des instrumentistes qui n’hésitent pas à fouiller les bibliothèques à la recherche de nouvelles pépites. C’est le cas de la violoniste Sophie de Bardonnèche qui dédie son récital aux seules compositrices et a rassemblé un essaim de partitions de compositrices franchement méconnues autour de la célèbre et excellente Elisabeth Jacquet de la Guerre, la chambriste préférée de Louis XIV. En compagnie de l’admirable gambiste Lucile Boulanger (quelle richesse de sonorité !) et du très attentif claveciniste Florian Carré, remplaçant Justin Taylor malade, Sophie de Bardonnèche nous convie à parcourir en bonne compagnie un répertoire aussi varié que séduisant, que l’on retrouve par ailleurs sur leur très beau CD Destinées chez Alpha.

Une Passion selon Saint Jean survoltée

Treizième édition du Festival de Pâques , treizième Passion de Bach le vendredi saint. Dans le cycle d’alternance biannuelle, c’était le tour de la Passion selon Saint Jean et une fois de plus nous sommes surpris. Tant la programmation du festival excelle à nous faire entendre chaque année une nouvelle vision de ces pages hautement respectables et néanmoins toujours surprenantes. Cette Saint Jean, Raphaël Pichon vient de nous l’offrir au disque (harmonia mundi) avec un luxe de détails éblouissants qui ravit comme un parfait diamant mais ne nous surprend pas. Tout le contraire de ce que propose à Aix Camille Delaforge avec son ensemble Il Caravaggio. Un orchestre enflammé d’une rare discipline, obéissant à la seconde aux multiples sollicitations de la cheffe, un chœur Accentus souple et musclé, pleinement investi dans un mouvement dramatique torrentiel, un Evangéliste survolté (Cyrille Dubois rayonnant dans ce (presque) nouvel emploi), épousant les pires affres du récit avec une caractérisation engagée, des solistes vocaux qui en imposent (dignité austère du Christ de Guilhem Worms, noblesse du Pilate de Mathieu Gourlet et une Marie-Nicole Lemieux miraculeuse dans son Es ist vollbracht ou des membres du chœur pour les petits emplois) : tout est réuni, concentré avec une énergie folle sous la baguette énergique de Camille Delaforge. Le résultat : une exécution d’une rare intensité où l’œuvre récupère sa théâtralité avec une force quasi expressionniste. On succombe à cette déferlante enthousiaste…sans prendre le temps d’être réellement ému. On perd donc un peu en spiritualité ce que l’on gagne en dynamisme. Les chorals, par exemple, attestent une volonté militante et l’orchestre construit un discours âpre et saisissant. Un monde à part s’offre à nous qui, quelque part, correspond plus qu’à l’accoutumée à la dimension dramatique de la Saint Jean. En salle, la surprise est réelle : on jugera dans le détail au disque puisque cette version devrait être enregistrée par Alpha.

Aix-en-Provence, Festival de Pâques, les 1, 2 et 3 avril. 

Crédits photographiques : Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques. Légendes : Savall induit l'esprit des Lumières dans l'oratorio de Haydn et Marie-Nicole Lemieux et Camille Delaforge dans "Es ist vollbracht" : un immense moment d'émotion

Quand les éléments se déchaînent...

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0126_JOKERLES ELEMENTS – Tempêtes, Orages & Fêtes Marines
Oeuvres de Locke, Marais, Rameau, Rebel, Telemann et Vivaldi
Le Concert des Nations, dir.: Jordi SAVALL
2016-DDD-49'45 et 48'59-Textes de présentation en français, anglais, allemand, espagnol, catalan et italien-Alia Vox AVSA 9914 (2 cd)

La résurrection d'une version majeure de l'Orfeo de Monteverdi

par

0126_JOKERClaudio MONTEVERDI
(1567-1643)
L'Orfeo
Montserrat FIGUERAS (La Musica), Furio ZANASI (Orfeo), Arianna SAVALL (Euridice), Sara MINGARDO (Messaggiera), Cécile van de SANT (Speranza), Antonio ABETE (Caronte), Adriana FERNANDEZ (Proserpina), Daniele CARNOVICH (Plutone), Fulvio BETTINI (Apollo), Mercedes HERNANDEZ, Marilia VARGAS (Ninfas), La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations, dir.: Jordi SAVALL
2002/2015-DDD-56'02 et 62'07-Textes de présentation en français, anglais, allemand, espagnol, catalan et italien-Livret en italien, français, anglais, allemand, expagnol, catalan et néerlandais-Alia Vox AVSA 9911 (2 cd)

Le nouvel opus de Jordi Savall

par

Guerre et Paix
H. Bayodi-Hirt, M.B. Kielland, P. Bertin, D. Guillon, N. Mulroy, Ll. Vilamajo, S. MacLeod, Ch. Immler, D. Carnovich, La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations, Hespèrion XXI, dir.: Jordi SAVALL
1996-2014-2 SACD 2h33'-Livre de présentation et textes chantés en français, anglais, castilla, catalan, allemand, italien-Alia Vox AVSA9908 

Une messe humaniste

par

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Messe en si mineur BWV 232

Céline Scheen & Yetzabel Arias Fernández (sopranos), Pascal Bertin (contre-ténor), Makoto Sakurada (ténor), Stephan Mac Leod (baryton-basse), La Capella Reial de Catalunya, Le Concert des Nations, Jordi Savall (direction)
2 CD SACD + 2 DVD – 50’51’’ + 51,20’’ + 2h35’00’’ + 51’21’’ – Textes de présentation en français, anglais, allemand, espagnol, italien et catalan – Textes chantés en latin, français, anglais, allemand, espagnol et italien – Alia Vox AVDVD9896AD