L’Enlèvement au Sérail au Théâtre des Champs‑Élysées : une turquerie bouffonne en demi‑teinte
Dans la nouvelle production de L’Enlèvement au Sérail au Théâtre des Champs‑Élysées, Florent Siaud situe l’action dans la demeure ultramoderne d’un milliardaire, cadre de soirées où l’excès semble de mise.
Un palais contemporain aux œuvres d’art
Le vaste palais blanc aux vitres avec cadre en dentelles triangulaires, évoque d’abord la conque de la Seine musicale, résidence d’Insula Orchestra. Mais l’atmosphère glisse rapidement vers une tonalité méditerranéenne, voire californienne, aves ces hommes déœuvrés jouant devant l’entrée, surveillée par des vigiles en lunettes noires. Osmin dirige ce groupe, tandis que leur patron prend les traits d’un gourou-collectionneur d’art contemporain, organisateur de fêtes où le drogue est monnaies courante. Robes pailletées, objets d’art, ambiance flottante : l’ensemble compose un univers tragi‑comique aux accents de la série Les Experts Miami, où le maître de lieu retient sa colère chaque fois que Konstanze rejette ses avances. La mise en scène va jusqu’à faire abattre Osmin à la fin du vaudeville, choix qui interroge la place de la générosité du pacha imaginée par le librettiste Johann Gottlieb Stephanie, de la bouffonnerie d’Osmin, ou encore de la turquerie musicale, si essentielle à l’esprit de l’œuvre… Entre les actes, une vidéo en noir et blanc montrant les visages des chanteurs en gros plan renforce une tonalié plus sombre, sans lien explicite avec l’action. On associe souvent L’Enlèvement au Sérail à une forme de divertissement ; ce soir‑là, on en sort avec un sentiment de gravité inattendu.
