Un chantre inattendu : le trombone dans le répertoire baroque italien

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Scorrete Lagrime Mie. Œuvres de Barbara Strozzi (1619-1677), Francesca Caccini (1587-p1641), Lodovico Grossi da Viadana (c1560-1627), Giovanni Battista Bovicelli (c1550-1627), Bartolomeo Barbarino (fl1584-1624), Sigismondo d’India (c1582-1629), Heinrich Scheideman attr. (c1595-1663), Giovanni Bassano (c1560-1617), Girolamo Frescobaldi (1583-1643), Maximilien Brisson. Maximilien Brisson, trombone. Christophe Gauthier, clavecin, orgue. Luc Beauséjour, orgue. Janvier 2023. Livret en français, anglais. 59’07’’. Passacaille PAS 1153

À l’origine : des concerts de Maximilien Brisson et Christophe Gauthier en 2018 autour de la thématique des larmes. Tout en restant fidèle à cette inspiration, illustrée par la Pavana Lachrymae d’Heinrich Scheidemann, le Lagrime Mie de Barbara Strozzi, ou Piangono al pianger mio de Sigismondo d’India, le programme s’est recentré sur le répertoire italien du XVIIe siècle. La discographie inclut de superbes exemples de la suavité du cornetto dont le maestro vénitien Girolamo dalla Casa vantait l’excellence « parce qu'il imite la voix humaine mieux que ne font les autres instruments » : parmi les exemples récents, on peut citer le récital de David Brutti et Nicola Lamon (Bis, 2019-2020), ou le Still und lieblich de Lambert Colson qui explore le fonds de la Cour de Cassel (Ricercar, 2024).

En sa notice, Maximilien Brisson estime toutefois qu’à l’exception du cornet à bouquin, aucun autre instrument que le sien n’a été de plus près associé à la voix. Dans le champ orchestral moderne, on peut penser à son rôle orant dans le Requiem de W.A. Mozart, la Grande symphonie funèbre et triomphale d’Hector Berlioz, la Symphonie no 3 de Gustav Mahler (Kräftig. Entschieden), la mélopée de l’Ouverture de la Grande Pâque Russe de Nikolaï Rimski-Korsakov, la Symphonie no 7 de Jean Sibelius ou les cortèges funèbres de la no 15 de Dimitri Chostakovitch. Quant à la solennité des cuivres dans le répertoire germanophone du XVIe au XVIIIe siècles, l’ensemble InALTO en avait proposé un édifiant panorama dans son album Passages (Ricercar, 2021).

Dans la lignée du sacqueboute Renaissance qui rythmait les processions, la voix veloutée et profonde du trombone trouve sa légitimité alternative au chant dans des monodies sacrées du début de l’ère baroque, tels Et absterget Deus et Quemadmodum Desiram, –ici enregistrés en première mondiale, de Lodovico Grossi da Viadana : un compositeur auquel le collectif éponyme dirigé par Maximilen Brisson vient de consacrer un plein CD chez le même label, à la Basilique palatine de Mantoue, puisant aux motets du Centum sacri concentus ab una voce sola ecclesiastici.

Mais la vocalité de la coulisse peut aussi se prêter à la chanson profane, au madrigal, ou à de virtuoses ornementations autour de modèles polyphoniques. Le soliste ne s’est pas privé d’oser ses propres « diminutions » d’après un substrat mélodique de Jacques Arcadelt ou Diego Ortiz, et d’imaginer en fin de parcours une Sonate dans le stile moderno.

Construit d’après un spécimen de 1632 conservé au Historisches Museum de Francfort, le ténor est sobrement accompagné par clavecin, orgue positif de quatre jeux, ou une combinaison des deux claviers. En intermède, Christophe Gauthier se distingue dans la Pavane attribuée à Scheidemann. Sans ostentation, la virtuosité du professeur à la Hochschule für Künste de Brême est au service d’un cantabile souvent envoûtant. C’est un portrait aussi inattendu qu’attachant que l’équipe québécoise brode autour d’un instrument dont le lyrisme se distille avec subtilité et une touchante éloquence.

Christophe Steyne

Son : 9 – Livret : 9 – Répertoire & Interprétation : 9

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