Varsovie célèbre Beethoven entre classicisme et romantisme
La 30e édition du Festival de Pâques Beethoven se tient actuellement à Varsovie. Du 22 mars au 3 avril, 15 concerts sont programmés. Fondé par Elżbieta Penderecka, le festival propose une riche palette de concerts, allant de la musique symphonique à la musique de chambre, principalement à la Philharmonie de Varsovie. La programmation a été assurée par Elżbieta Penderecka, qui nous a malheureusement quittés le 31 octobre 2025. Cette édition anniversaire, à laquelle elle tenait particulièrement, lui est dédiée. Le thème retenu est : « Beethoven - Entre classicisme et romantisme ». Cette année, le public a l’occasion de découvrir les plus grandes formations polonaises, ainsi que deux orchestres internationaux : l’Orchestre symphonique du Liechtenstein et l’Orchestre de chambre de Stuttgart.
Pour cette première soirée, la Philharmonie Narodowa accueille l’Orchestre national symphonique de la Radio polonaise de Katowice. Trois œuvres sont au programme : la création mondiale de la Suite romantique op. 79 de Théodore Akimenko, le Triple Concerto en do majeur, op. 56 de Beethoven, ainsi que la Quatrième Symphonie en mi bémol majeur, WAB 104 de Bruckner, également surnommée « Romantique ». Les trois solistes sont le violoniste Jonian Ilias Kadesha, la violoncelliste Vashti Hunter et le pianiste Nicholas Rimmer. L’orchestre est placé sous la direction de Kirill Karabits.
Le concert débute avec la Suite romantique op. 79 du compositeur ukrainien Théodore Akimenko. Né en 1876, il étudie notamment à la Chapelle royale de Saint-Pétersbourg, où il compte parmi ses professeurs Rimsky-Korsakov et Balakirev. Il fut également l’un des premiers professeurs de composition de Stravinsky. Le chef d’orchestre Kirill Karabits met à l’honneur la musique de son compatriote ukrainien en offrant, avec la phalange polonaise, une très belle interprétation de cette partition. Celle-ci se compose de quatre mouvements : Dans des fleurs, Carillon céleste, Au château et Cantique d’amour. Cette œuvre, aux accents proches de l’impressionnisme français, est une belle découverte.
Après cette entrée en matière, place au Triple Concerto en do majeur, op. 56 de Beethoven. Contemporain de la Symphonie « Héroïque », ce concerto est composé entre 1803 et 1804 et dédié, comme plusieurs œuvres du compositeur, à son mécène le prince Joseph Franz von Lobkowitz. Proche du concerto grosso, il permet aux trois solistes de dialoguer entre eux tout en entretenant un véritable échange avec l’orchestre.
Le violoniste Jonian Ilias Kadesha, la violoncelliste Vashti Hunter et le pianiste Nicholas Rimmer livrent une interprétation pleine de caractère, portée par un engagement et une virtuosité remarquables. Le violon et le violoncelle se distinguent par leur jeu enthousiaste et leur grande complicité, développant un dialogue expressif et fluide tout au long de l’œuvre. Leurs interventions, tantôt lyriques, tantôt plus incisives, témoignent d’une réelle cohésion musicale. Le pianiste, quant à lui, se démarque par une musicalité particulièrement raffinée, apportant une élégance et une clarté de phrasé qui structurent admirablement le discours musical. Son jeu, à la fois précis et sensible, s’intègre parfaitement à l’ensemble tout en affirmant une personnalité artistique marquée.
Kirill Karabits et l’orchestre instaurent un véritable dialogue avec les solistes, dépassant le simple rôle d’accompagnement, ce qui enrichit considérablement la prestation. L’énergie et la fougue des premier et dernier mouvements contrastent avec la plénitude et la beauté du mouvement central. Le public applaudit chaleureusement et obtient un bis : le troisième mouvement du Trio en la majeur de Haydn, Hob. XV:18.
Après l’entracte, place à la Quatrième Symphonie en mi bémol majeur, WAB 104 de Bruckner. Sous la direction de Kirill Karabits, l’Orchestre national symphonique de la Radio polonaise de Katowice propose une interprétation d’une grande tenue. Dès l’ouverture, la cohésion entre les musiciens s’impose. Tout au long de la symphonie, l’ensemble maintient une énergie constante, défi notable au regard de l’ampleur de l’œuvre et de ses développements progressifs.
La direction de Kirill Karabits se distingue par sa clarté, mettant en valeur les éléments thématiques essentiels. Elle traduit une vision musicale affirmée et efficacement communiquée aux musiciens. L’orchestre déploie une riche palette de nuances, alternant délicatesse et puissance, conférant ainsi un relief saisissant à l’ensemble.
On peut toutefois relever que, dans les passages les plus grandioses, l’équilibre entre les pupitres pourrait être affiné : les timbales et les cuivres prennent parfois le dessus dans les grands tutti. Cela s’explique sans doute en partie par leur disposition sur scène, surplombant le reste de l’orchestre. En revanche, l’engagement collectif demeure remarquable. Parmi les pupitres, celui des cors retient particulièrement l’attention : leur rôle central dans cette symphonie est pleinement assumé, les cinq instrumentistes s’illustrant avec brio.
Au terme de la symphonie, le public laisse éclater son enthousiasme. Les artistes sont chaleureusement salués par une standing ovation, concluant une soirée marquée par une interprétation particulièrement aboutie de cette œuvre magistrale.
Varsovie, la Philharmonie, le 28 mars 2026
Thimothée Grandjean
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