Un ténor solaire : Liparit Avetisyan
Beloved arias. Œuvres de Gaetano Donizetti (1797-1848), Giuseppe Verdi (1813-1901), Giacomo Puccini (1858-1924), Charles Gounod (1818-1893), Jules Massenet (1842-1912), Piotr Ilyitch Tchaïkovsky (1840-1893) et Sayat-Nova (1712-1795). Liparit Avetisyan, ténor ; Kaunas City Symphony Orchestra, direction : Constantine Orbelian. 2024. Notice en anglais. 56’00. Outhere DE3615.
Pour ce premier portrait discographique, le ténor arménien de trente-cinq ans Liparit Avetisyan fait mieux que convaincre. Le choix d’un programme d’airs célèbres met en lumière un timbre séduisant, un phrasé soigné et, surtout, une présence vocale immédiatement attachante — cette qualité rare, irréductible à toute école, qui fonde les grandes carrières. À ces atouts s’ajoutent une émission franche, un tempérament ardent et le sens du lyrisme.
Issu de l’école russe, dont les affinités avec la tradition italienne sont bien établies, le chanteur se montre particulièrement à l’aise dans ces deux répertoires. « Una furtiva lagrima » (L'Elisir d'amore, Donizetti) séduit par son galbe souple et son expressivité naturelle. Avec « Tombe degli avi miei » (Lucia di Lammermoor), Avetisyan installe une tension dramatique qui trouve son prolongement dans Verdi : La Traviata et Rigoletto sont abordés avec une intensité chaleureuse, plus lyrique qu’altière. La maîtrise du souffle, à la fois ample et flexible, soutient une ligne de chant constamment nourrie, jusque dans ses nuances les plus ténues.
Plasticité et souplesse servent l’expression de la passion comme celle de la tendresse, passant de « La donna è mobile » à La Traviata, jusqu’à une incarnation caressante du Rodolfo de « Che gelida manina » (La Bohème) qui ravira les amateurs d’airs pour ténors.
De son côté, le Kaunas City Symphony Orchestra, sous la direction de Constantine Orbelian, se montre capable de suggérer efficacement des paysages et des climats dramatiques contrastés.
Les trois airs français de Faust (Gounod) et de Manon (Massenet) sont abordés avec la même fulgurance. Néanmoins, la supplication du chevalier Des Grieux, « Fuyez, douce image », trop emphatique, reste extérieure aux envoûtements du compositeur de Werther qui supposent une forme d’abandon mêlé de candeur, de réminiscences et de fièvre. L’articulation, bien que très travaillée, appellerait également plus de naturel, de retenue et de demi-teintes.
En revanche, l’univers russe de Tchaïkovski convient idéalement à l’artiste : « Kuda, kuda » (Eugène Onéguine) et l’extrait de Iolanta rayonnent du même éclat, tandis que l’air final, plus ancien, du troubadour arménien Sayat-Nova (1712-1795) rend un hommage émouvant à ces terres caucasiennes où l’Occident se confond avec l’Orient.
On pourra regretter qu’une succession d’airs constamment portés à leur acmé expressive tende à lisser les contrastes qu’un contexte scénique restituerait plus naturellement. La prise de son, alternant mise en avant de la voix et de l’orchestre, nuit parfois à leur fusion musicale.
Son : 9 – Répertoire : 9 – Interprétation : 10
Bénédicte Palaux Simonnet



