De l’intériorité chez Boccherini

par
BOCCHERINI

Luigi BOCCHERINI
(1743 - 1805) 
Stabat Mater en fa mineur G. 532 
Wolfgang Amadeus MOZART
(1756 - 1791) : Quatuor à cordes en mi majeur KV 428

Felix MENDELSSOHN-BARTHOLDY
(1809 - 1847) 
Salve Regina en mi majeur MWV C 2
Dorothee Mields – Salagon Quartett
2017-DDD-Textes de présentation en allemand et anglais-Carus-83470

Boccherini au disque se fait hélas trop rare. Seul sept ans séparent la naissance du compositeur à celle de la création du Stabat Mater de Pergolesi, probablement à ce jour le plus connu de tous et certainement celui qui aura marqué et influencé le plus les générations futures. Pour le compositeur au service de la Cour d’Espagne (Boccherini), deux versions de sa propre idée du Stabat Mater existent : une première version dessinée en 1781 pour solo de soprano et quintette à cordes et une révision de 1801 pour trois voix et quintette à cordes. Bien qu’ayant apporté sa pierre à l’édifice, et surtout une écriture qui fait l’éloge d’une certaine modernité, Boccherini se laisse clairement, et ce dès les premiers instants, influencé et porté par la musique de Pergolesi. Qu’il s’agisse de questions d’harmonie ou de tournures mélodiques et rythmiques, tout a de quoi convaincre ici tant cette musique épurée reflète la douleur d’une mère éplorée devant son fils sur la croix. Cela se ressent aussi par cette configuration peu commune de la voix simplement et justement accompagnée par un quintette à cordes qui peut se faire discret, tout en appuyant la dramaturgie du propos. Pour compléter le programme : Mozart et Mendelssohn. Curieux ? Pas tant que ça si l’on considère ces deux compositeurs – sans oublier Boccherini – dans la parfaite lignée de Pergolesi et dont l’héritage en aura marqué plus d’un.
Le caractère intimiste du Stabat Mater est capté ici par Dorothee Mields et le Salagon Quartett (complété par Miriam Shalinsky à la contrebasse) avec pureté et finesse. La soprano se dévoile à travers cette douleur maternelle et saisit au vol toutes les richesses et les trouvailles de l’œuvre. Rien ne vient déstabiliser la forme générale, au contraire, on perçoit facilement la direction choisie et les liens créés entre chaque partie. Les cordes ne manquent pas de présence et créent un véritable dialogue avec la soliste, ce qu’ils montrent davantage dans le Quatuor en mi majeur où, en plus d’une qualité de jeu irréprochable, on goûte à cette forme sans doute la plus parfaite mais aussi la plus complexe qu’est le quatuor à cordes et dont Haydn d’abord et Mozart ensuite en sont les principaux génies. Tout est dosé ici, des dynamiques à la construction de chaque mouvement. Relativement court, le Salve Regina, d’inspiration héritée du classicisme, conclut avec élégance et douceur. Quant à Dorothee Mields, elle adapte son timbre à ce répertoire et lui rend justice.
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 9

 

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