De Maeyer-Kende : un duo qu’on voudra réentendre

par
Kreutzer
Ludwig van BEETHOVEN (1770 - 1827) Sonata pour violon et piano No. 9 en la majeur, op 47 « Kreutzer » Arvo PÄRT (°1935) Fratres Dmitri CHOSTAKOVITCH (1906 - 1976) Preludes, op 34 (Nos. 10, 12, 13, 15, 16 et 17) Jolente De Maeyer (violon), Nikolaas Kende (piano) 2016-Texte de présentation en néerlandais, français et anglais-Klara 5054196949655 Depuis la naissance de leur duo en 2002, Nikolaas Kende et Jolente De Maeyer partagent un engouement commun pour la musique de Beethoven. La complicité des deux jeunes artistes flamands et le travail qu’ils ont investi pour présenter la légendaire Sonate à Kreutzer se ressent dès la première écoute. En effet, le duo piano-violon présente souvent cette œuvre en concert depuis qu’elle fait partie de leur programme ; ils l’ont aussi énormément jouée dans le cadre d’un spectacle musical basé sur la nouvelle éponyme de Tolstoï. Se joignent au programme « Fratres » d’Arvo Pärt et des Préludes de Chostakovitch, a priori peu en rapport avec la Sonate, mais qui s’y marient étonnamment bien dans la recherche des couleurs et d’atmosphères. « Scandaleusement incompréhensible », ce sont les mots que le violoniste Rodolphe Kreutzer utilisa pour qualifier la sonate que Beethoven lui avait dédié. (A l’origine, la dédicace était adressée à George Auguste Polgreen. Mais furieux suite à une dispute avec lui, Beethoven changea cette dédicace). La violoniste Jolente De Maeyer, elle, semble l’avoir très bien comprise. La précision et la clarté de son jeu sont frappantes. Quant au pianiste Nikolaas Kende, même les cabrioles les plus difficiles sont exécutées avec fraîcheur et un semblant inouï de facilité. Le jeu de rôle entre les deux instruments, traités comme partenaires égaux dans cette sonate, est tout à fait convainquant. A chaque nouvelle phrase, il y a une énergie nouvelle, un élan empreint de jeunesse et de vigueur. L’Andante con variazioni est coloré d’une taquinerie particulière, une gentille hésitation qui fait frémir à l’instant où l’auditeur attend avec joyeuse anticipation la note syncopée. Imaginez-vous sur le point de mordre dans une meringue bien aérienne et croustillante et la laisser fondre dans votre bouche. Voilà le précieux moment que vous offrira ce deuxième mouvement de la Sonate à Kreutzer. Changement total d’ambiance avec la musique d’Arvo Pärt, cette mélodie éthérée superposée à une succession d’accords parfaits. L’œuvre commence avec le violon seul, qui joue les deux parties en même temps ; De Maeyer le joue avec un toucher léger et fuyant, presque de nature insecte. Les interprètes ont bien saisi le sens de cette musique minimaliste bien trop souvent réduite à son « ambiance ». C’est une musique qui évoque quelque chose d’oublié, de refoulé, quelque chose de métaphysique. Il y a une étrange cohabitation entre le côté rationnel analytique de la composition et son côté esthétique méditatif. C’est là que l’on comprend la signification religieuse de cette pièce : la cohabitation du céleste et du terrestre, de l’éternel et du temporel. Et enfin, le duo nous régale avec 6 des Préludes de Chostakovitch qui montrent le côté plus intime et joueur du compositeur. Composés au nombre de 24 pour piano à l’origine (un dans chaque tonalité, comme Bach l’avait fait), 19 d’entre eux ont été transcrits pour violon et piano par Dimitri Tsiganov. Ces sympathiques petites doses de Chostakovitch ont l’apparence simple même si elles ne le sont pas tellement d’un point de vue tonal. Jolente de Maeyer les complimente d’une texture superbement variée au niveau de son timbre. Quand vient la dernière piste du disque, on aimerait tellement que ça continue ! Ceci est le premier CD que Nikolaas Kende et Jolente De Maeyer réalisent ensemble, grâce à Klara, et on espère que de nombreux enregistrements de telle qualité suivront. Aline Giaux, Reporter de l’IMEP  

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