Lully dans toute sa gloire

par
Phaeton

© Audrey Chuntomov

Phaéton
Quelle joie de voir et d'écouter une tragédie lyrique de Lully dans cette éblouissante salle de l'Opéra Royal de Versailles ! Lors de la saison 2010-2011, Benjamin Lazar et Vincent Dumestre avaient enchanté le public par un superbe Cadmus et Hermione, repris depuis en DVD, et chroniqué avec enthousiasme ici même. Les voici cette fois dans le dixième opus du Surintendant.

Oeuvre de grande maturité, créée à Versailles en 1683, Phaéton, toujours sur un livret du fidèle Quinault, est plus sombre. Oubliés, les intermèdes comiques, qui parsèmeront encore Alceste (la scène de Charon) : voici la tragédie dans ce qu'elle a de plus dramatique, et que le couple Quinault-Lully adoptera jusqu'à l'ultime collaboration, Armide. Comme souvent, la trame repose sur un conflit d'amours contrariées : Phaéton aime Théone, et Lybie aime Epaphus. Drame, Mérops, père de Lybie, accorde sa main à Phaéton, d'où l'impossible imbroglio qui parcourt tout l'opéra. Malgré la prophétie de Protée, qui, lui, prévoit le pire, Phaéton, dévoré d'ambition, veut prouver sa suprématie, et demande au Soleil, son père, de prouver sa valeur en conduisant son char, avec la funeste conséquence que l'on connaît. La mise en scène de Benjamin Lazar se révèle plus sobre que dans Cadmus et Hermione. Elle est centrée sur la gestuelle, très présente,  et sur la déclamation, claire et ostentatoire (le Rouè, vouère, je m'aperçouais, etc).  Costumes soignés d'Alain Blanchot et superbes jeux de lumières de François Menou. Tous rivalisent dans un formidable acte IV : le palais du Soleil baigne dans une jolie lumière dorée, et, sous un ciel couronné d'étoiles, les personnages, en chlamydes, évoluent entre des lamelles de miroirs : l'effet est magique, et tout cet acte de grande allure. Musicalement, il faut féliciter Vincent Dumestre, qui dirige de main de maître son Poème harmonique, ainsi que les renforts russes, provenant de MusicAeterna de l'Opéra de Perm. Car il s'agit bien d'une coproduction avec cet Opéra lointain, qui célèbre ainsi la première représentation d'un ouvrage de Lully en Russie. Plusieurs chanteurs sont de nationalité russe, tels Victor Shapovalov, ahurissant Protée, ou Aleksandr Egorov, Merops hiératique. Applaudissons aussi Cyril Auvity en Triton et en Soleil (quel costume éclatant!), Léa Trommenschlager, en Clymène, mère de Phaéton, rôle important et brillant dans plusieurs duos, et Lisandro Abadie, Epaphus sournois, puis éperdu. Le Phaéton de Mathias Vidal se montra souverain, mais les trophées se décerneront aux deux héroïnes. Eva Zaïcik, tout auréolée de son 2ème prix au dernier Concours Reine Elisabeth, domina avec maestria le rôle de Lybie. Mais la palme revient peut-être à Victoire Bunel, d'une phénoménale présence en Théone, personnage que Lully a gratifié des plus beaux airs sans doute. Belle ovation finale, à laquelle participèrent aussi tous les Russes, aussi bien chanteurs qu'instrumentistes et machinistes. Un tout grand bravo à Vincent Dumestre et à Benjamin Lazar de si bien servir l'oeuvre de Lully, serti dans ce superbe écrin, qui, enfin, lui est offert à nouveau.
Bruno Peeters
Versailles, Opéra Royal, le 3 juin 2018

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