Une Sonya Yoncheva inégale !

par
SONYA_YONCHEVA

Dans le cadre de sa saison, le Grand-Théâtre de Genève organise régulièrement trois ou quatre concerts exceptionnels avec orchestre. A l’Opéra des Nations, ce fut le cas ce dimanche 4 février avec un concert-récital donné par Sonya Yoncheva et son frère, le ténor Marin Yonchev, l’Orchestre de Chambre de Genève dirigé par Francesco Ciampa remplaçant Diego Matheuz.

Le programme du concert fut intégralement dédié à Giuseppe Verdi en faisant écho à l’enregistrement sur disque que Sonya Yoncheva venait de lui consacrer. Après une ouverture de Nabucco qui révèle la qualité du pupitre des cuivres sous la baguette aussi énergique que précise de Francesco Ciampa, paraît la star de la soirée, Sonya Yoncheva, bien connue à Genève puisque, après avoir quitté sa ville natale de Plovdiv en Bulgarie, elle a été élève de Danielle Borst au Conservatoire de Genève et a même fait partie du Chœur du Grand-Théâtre. Depuis le début des années 2000, l’on sait l’importante carrière internationale qu’elle a accomplie et qui l’a fait passer de Londres à Munich, Zürich ou Paris, de la Scala de Milan au Met de New York où, du reste, elle vient de triompher dans une Tosca que des millions de spectateurs ont vu au cinéma.
A l’Opéra des Nations, au début de son programme, la voix révèle une ampleur notoire et une ligne de chant bien tenue dans la scène d’entrée de Leonora d’ Il Trovatore ; mais elle ne peut masquer une émission gutturale et un vibrato large si caractéristique des voix slaves. Néanmoins, sa technique lui permet d’alléger le son pour exécuter les picchettati de la cabaletta « Di tal amor ». Elle propose ensuite le dramatique « Tu puniscimi, o Signore » extrait du deuxième acte de Luisa Miller, un ouvrage qu’elle avait abordé au Met ; et c’est par la qualité du phrasé qu’elle en dégage l’intensité tragique. Pour achever la première partie, elle s’attaque au redoutable « Pace, mio Dio ! » de La Forza del Destino dont elle exploite le grand lyrisme jusqu’au paroxysme de ses moyens ; mais elle perd de vue la justesse dans un « Invan la pace » manifestement trop bas.
Par deux fois intervient aussi son frère, le jeune ténor Marin Yonchev, élève de Raina Kabaivanska, Nathalie Stutzmann et Maria Diaconu, et choriste complémentaire au Grand-Théâtre de Genève. Avec un timbre clair, il négocie d’abord la brève aria d’Oronte, « La mia letizia infondere » au deuxième acte d’ I Lombardi mais son phrasé est encore trop raide, ce que confirmera par la suite la scena d’Alfredo, « Lunge da lei… De’ miei bollenti spiriti » au deuxième acte de La Traviata ; mais la cabaletta « O mio rimorso » rend l’émission nasale et montre que, pour le moment, elle dépasse totalement ses moyens.
Au cours du programme, l’Orchestre de Chambre de Genève intervient seul pour la célèbre Ouverture de ‘La Forza del Destino’, dont Francesco Ciampa sait mettre en valeur le cantabile en jouant sur les nuances et le rubato ; dans celle de Luisa Miller, il modèle les lignes au scalpel, tout en sachant fluidifier les teintes et laisser chanter la clarinette magnifique de la jeune Cindy Lin. Et le Preludio au troisième acte de La Traviata laisse affleurer l’émotion par la transparence du coloris.
En deuxième partie, Sonya Yoncheva présente d’abord le grand monologue d’Elisabeth de Valois au dernier acte de Don Carlos : elle en dégage toute la noblesse austère avec la dimension d’un grand soprano dramatique ; mais sa louable volonté de le proposer dans l’original français, « Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde », bute sur le fait que l’on n’en comprend pas un traître mot. Meilleur sort a la cavatina d’Odabella, « Oh ! nel fuggente nuvolo », au premier acte d’Attila où la voix se libère pour développer un legato suscitant le crescendo expressif. Pour achever le concert, la soeur et le frère se retrouvent pour deux extraits de La Traviata le duetto « Parigi, o cara » suivi du « Gran Dio ! Morir si giovane » et le célébrissime « Libiamo » ; l’un comme l’autre s’y montrent au mieux, surtout elle qui parvient à rendre sa Violetta si bouleversante. Et le public ne s’y trompe pas en manifestant, debout, son enthousiasme.                                                                             Paul-André Demierre
Genève, Opéra des Nations, le 4 février 2018

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