19e jour de grève à Radio France
Radio France entre ce lundi dans son 19e jour de grève, la plus longue de son histoire, et le conflit risque d'encore se durcir cette semaine car la direction doit présenter un plan de réductions d'effectifs.
Mercredi, Mathieu Gallet présentera son plan stratégique lors d'un Comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire, avec plusieurs mesures d'économies qui visent à redresser les comptes plombés de Radio France (21,3 millions d'euros de deficit cette année). Parmi elles, un plan de 300 à 380 départs volontaires, en priorité pour les seniors, et 50 créations de postes dans des métiers qui jusqu'ici n'existaient pas à Radio France. Ces réductions d'effectifs sont déjà rejetées par les syndicats. Pout Ludovic Piedtenu, président de la Société des journalistes de Radio France, un tel plan serait "absurde" car il ne viserait pas les postes "non productifs et qui coûtent cher", et "coûterait à l'Etat une vingtaine de millions d'euros". La grève, jusqu'ici reconduite jusqu'à mardi matin, pourrait se poursuivre au moins jusqu'en fin de semaine, estiment plusieurs syndicalistes. "Avec le plan de départs, je ne vois pas comment éviter le durcissement", juge l'un d'entre eux.
Les syndicats réclament au gouvernement un médiateur, sans réponse pour l'instant. La Ministre de la Culture Fleur Pellerin a estimé vendredi que Mathieu Gallet avait "toutes les cartes en mains" pour débloquer le conflit. Mais ce dernier est largement discrédité depuis les révélations sur les dépenses de rénovation de son bureau et l'embauche d'un conseiller en image. Vendredi, une assemblée du personnel a voté contre lui une motion de défiance et réclamé sa démission. Et samedi, une séance de négociations organisée en urgence par la direction, a "capoté".
Cinq syndicats ont lancé une grève illimitée depuis le 19 mars au nom de revendications très spécifiques dont le maintien des deux orchestres, une demande désormais soutenue par le ministère. Suivie surtout par les techniciens, elle paralyse les antennes. Bande musicale en lieu et place des émissions sur France Inter, France Culture, France Bleu, France Musique, Fip et Mouv'. La motivation des grévistes reste avant tout la défense de l'emploi, ainsi que la crainte que Mathieu Gallet et ses conseillers, qui selon eux mettent en avant des critères de rentabilité, menacent la vocation de service public de Radio France. "On ne nous parle que de formats et non de contenus, de marques et non d'identité d'antennes, d'argent et non de richesses. [...] Mathieu Gallet gaspille l'argent public pour son image et son confort personnel plutôt que de s'investir pour l'image de Radio France. Le CSA a peut-être été séduit par sa "modernité", nous sommes atterrés par sa désinvolture".
La colère monte aussi dans les 44 stations locales de France Bleu qui refusent la mutualisation des programmes par souci d'économies, au risque d'une perte de l'identité locale des stations. Une "syndication" prônée par Mathieu Gallet.