Eduardo del Pueyo au Conservatoire

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Les 24 et 25 novembre prochains auront lieu au Conservatoire de Bruxelles deux concerts d'hommage au grand pianiste et pédagogue Eduardo del Pueyo, proposant au public les cinq concertos pour piano et orchestre de Beethoven interprétés par cinq anciens élèves du Maître : Michel Scohy, Pascal Sigrist, Burkard Spinnler, Mitchiko Tsuda et Jean-Claude Vanden Eynden. Ils seront accompagnés par l'Orchestre National de Belgique sous la baguette du chef britannique Christopher Warren-Green.
Né à Saragosse en 1905 et décédé à Rhode-St-Genèse il y a aujourd'hui 30 ans, Eduardo del Pueyo a profondément marqué les jeunes pianistes qui l'ont approché. Pour mieux comprendre le sens de ces deux soirées et en communiquer l'essence à ceux qui ne l'ont pas connu; nous avons donné la parole à David Baltuch"Tous les dix ans, depuis la mort d'Eduardo del Pueyo en 1986, des hommages sont organisés par ses élèves en Espagne (son pays natal) et en Belgique (son pays d'accueil). Ce fait est suffisamment singulier pour être mentionné et provoquer notre questionnement. Par delà l'affection naturelle et spontanée d'un élève pour son professeur, quelle est la nature des relations qui continuent d'unir del Pueyo à ses élèves ? Il n'y pas de réponse facile à cette question mais il est intéressant de retracer les grands traits de l'enseignement du Maître pour mieux comprendre la gratitude de ses élèves envers la personne qui le leur a prodigué.
Les témoignages sur del Pueyo mentionnent de façon récurrente quatre mots : rigueur, générosité, authenticité et intégrité. Rigueur dans son enseignement et sa pratique pianistique, générosité dans sa relation aux élèves, authenticité dans ses rapports au compositeur et à la partition, et intégrité de l'homme et de l'artiste sur un plan éthique et humain.
Issu d'une longue dynastie musicale et pianistique remontant à J.S. Bach (C-P E. Bach, Beethoven, Czerny, Liszt, Marie Jaëll et Jeanne Bosch formant les maillons de cette chaîne) l'intégrité artistique d'Eduardo del Pueyo semble ancrée dans l'appartenance à une tradition non seulement musicale mais aussi spirituelle et humaniste. Si une certaine prédestination semble avoir joué un rôle dans la direction artistique prise par del Pueyo, il serait important de souligner le rôle du libre arbitre dans cette démarche. Ces deux pôles, décrits avec éloquence tant dans les Entretiens sur le piano écrits par le Maître quelques mois avant sa mort que dans le documentaire « Eduardo del Pueyo ou la volonté d'être pianiste » (RTBF, 1978) doivent s'harmoniser, se conjuguer pour former une destinée. Le refus de tout dogme préétabli, la recherche constante d'une vérité musicale, pianistique et pédagogique, l'ouverture aux avancées scientifiques pour conforter l'intuition artistique, sont autant de facettes de ce libre arbitre (qu'il n'a jamais cessé de recommander à ses élèves, les engageant à se détacher dès que possible d'une attitude d'élève pour se positionner en véritables artistes).
La rigueur du Maître s'appliquait tant au travail au clavier (et hors clavier) qu'au rapport à la partition, qu'il exigeait qu'on approchât avec curiosité, intelligence et une attention soutenue au moindre indice pouvant guider l'interprète vers l'intention du compositeur. Le travail au clavier, et surtout hors clavier, constitue peut-être l'aspect le plus visible et le plus original de la pédagogie del Pueyo mais qui, seul, n'aurait pas porté les fruits que l'on sait. C'est que sa vision de la main dépassait de loin la simple physiologie, et celle de la musique le simple phénomène sonore, l'une et l'autre s'alimentant mutuellement. De fait, la musique constituait pour Eduardo del Pueyo une forme de spiritualité et le moyen de la communiquer (de communier pourrais-je dire), et la main représentait non seulement un outil de travail mais également, peut-être même surtout, le reflet d'une organisation mentale, éminemment humaine, et le moyen d'agir sur ce mental. C'est ainsi, je crois, que doivent être compris ses exercices hors clavier destinés à unifier notre main et l'image que nous nous en faisons, et à ouvrir des champs de sensations nouvelles permettant à la main de s'unir au clavier dans un geste toujours plus juste. Le travail en quasi apesanteur de la chaise basse forme la suite logique de cette pédagogie et fournit les conditions de cette union.
La générosité du Maître, enfin, formait le volet humain si nécessaire par lequel il encourageait ses élèves à croire dans leurs propres progrès, malgré l'aridité du travail. À croire en eux, en somme."

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