Festival George Enescu, de la Fantastique à la Résurrection

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Le Festival George Enescu, organisé de manière bisannuelle, est l’un des plus prestigieux festivals d’Europe. Du 24 août au 21 septembre, les plus grandes phalanges européennes et roumaines vont venir à Bucarest pour donner de nombreux concerts. Cet événement est l’un des plus importants dans son style en Europe. Le festival porte le nom du célèbre compositeur roumain. D’ailleurs, un certain nombre de ses compositions seront entendues lors de ce festival.

Au programme de cette journée du 3 septembre, deux concerts : celui de l’orchestre français des Siècles et celui de l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich. Le premier concert a lieu dans l’Athénée Roumain tandis que le second a lieu dans la Salle du Palais, juste derrière le Musée National d'art de Roumanie.

Au programme du concert des Siècles, deux œuvres phares du répertoire : le Concerto pour violon en ré majeur, Op. 61 de Ludwig van Beethoven et la Symphonie fantastique, Op. 14 d'Hector Berlioz. L’orchestre est placé sous la direction de la cheffe d’orchestre Ustina Dubitsky. La soliste du jour est la violoniste allemande Isabelle Faust. 

Le concert débute avec le Concerto pour violon en ré majeur, Op. 61 de Ludwig van Beethoven. Isabelle Faust nous propose une version de très belle qualité et nous démontre une nouvelle fois toute la pureté de son jeu violonistique. Cela nous marque particulièrement dans le deuxième mouvement mais également dans l’ensemble des passages où la partition requiert de jouer dans les nuances les plus faibles. En revanche, dans les moments plus vifs, elle joue de manière franche avec beaucoup de caractère. La combinaison de ces deux types de jeux nous donne une interprétation où l’on ne s’ennuie jamais. Il faut aussi souligner la qualité de l’orchestre dans sa manière de jouer et d’accompagner la soliste. Ustina Dubitsky conduit la phalange française, jouant sur des instruments de l’époque classique, avec précision et musicalité, ce qui permet à la soliste de développer son jeu en toute tranquillité et en assurant un bel équilibre entre les différentes parties. Le public, très enthousiaste, acclame les artistes dès la fin de la pièce.

Après l’entracte, place à la Symphonie fantastique, Op. 14 d'Hector Berlioz. C’est une excellente prestation que nous livre l’orchestre de cette pièce magistrale du répertoire symphonique romantique. Une énergie déflagrante se dégage de cette interprétation et nous emporte comme un raz de marée. Le premier mouvement, Rêveries et Passions, commence en douceur avant de nous faire frissonner dans l’allegro. Le deuxième mouvement, Un bal, est une véritable fête avec les quatre harpistes trônant fièrement sur le devant de la scène. Cette mise en espace nous permet de redécouvrir ces belles parties. La Scène aux champs nous montre une facette différente de l’orchestre avec un jeu d’une grande sensibilité. La Marche au supplice est absolument fantastique dû à l’engouement de l’orchestre et en particulier des percussionnistes. Le Songe d'une nuit du Sabbat conclut de manière triomphale cette prestation. 

Le public acclame cette interprétation. La cheffe d’orchestre Ustina Dubitsky dirige avec précision, passion et musicalité tandis que l’orchestre prend un réel plaisir à jouer cette œuvre. Les dynamiques sont bien échelonnées et il y a du caractère dans l’interprétation. Notons également que l’orchestre interprète cette symphonie sur des instruments du début du XIXsiècle, ce qui donne beaucoup de cachet, surtout au niveau des vents et de la percussion, où la couleur du timbre diffère des instruments modernes.

Le concert du soir est assuré par l’Orchestre de la Tonhalle de Zürich, sous la direction de son directeur musical Paavo Järvi. Pour leur deuxième et dernier concert lors de cette édition du festival, la phalange suisse interprète, en collaboration avec Chœur Philharmonique George Enescu, la monumentale Deuxième Symphonie en do mineur de Gustav Mahler, dite « Résurrection ». La partie de soprano est confiée à Elsa Benoit tandis que la partie de mezzo-soprano est confiée à Anna Lucia Richter.

L’Orchestre de la Tonhalle de Zürich nous propose une version absolument édifiante de cette œuvre. Bien que cette symphonie soit assez longue, nous n’avons pas le temps de nous ennuyer. Le premier mouvement, Allegro maestoso, est impressionnant de par ses frasques et éclats dramatiques. Le second mouvement, Andante moderato, contraste profondément avec le mouvement précédent. Ici, il est plutôt question d’un magnifique « Ländler » interprété avec grâce. L’épisode central est un peu plus mélancolique, mais le premier thème revient assez rapidement avec un contrechant au violoncelle que la section interprète avec une sensibilité certaine. Le troisième mouvement, In ruhig fließender Bewegung, est un scherzo. Dans cette partie de l’œuvre, Paavo Järvi donne une énergie nouvelle et nous amène doucement vers la fin de la symphonie. Le quatrième mouvement, Urlicht, est court mais d’une intensité émotionnelle indéniable. La mezzo-soprano Anna Lucia Richter nous propose une version sobre mais qui fonctionne à merveille, puisque c’est ce que Mahler demande dans sa partition. Les cuivres accompagnent avec élégance la voix de la mezzo-soprano allemande. Le dernier mouvement, Im Tempo des Scherzos, est probablement un des plus beaux mouvements que Mahler ait composés. Personne ne peut rester de marbre face à cette musique. L’interprétation de ce final est à la fois magistral mais aussi bien plus intimiste à l’instar de la première entrée du Chœur Philharmonique George Enescu. Ce dernier, préparé par Iosef Ion Prunner, nous livre une prestation touchante. La soprano Elsa Benoit donne une nouvelle dimension au chœur en venant chanter la résurrection en leur compagnie. La fin du mouvement est absolument admirable avec une force émotionnelle puissante qui envahit la salle.

Le public ne s’y trompe pas et réserve une longue standing ovation à tous les artistes. La phalange suisse nous démontre une fois de plus toute la qualité de son jeu d’ensemble mais aussi la qualité de ses différents pupitres. Les deux solistes et le chœur ont quant à eux incarné la musique de Mahler et la résurrection que ce dernier a mise en musique. Cette interprétation, de la plus grande des qualités, nous la devons également à Paavo Järvi. Son engagement musical est sans faille et permet d’emmener tous les artistes et le public dans un voyage qui marquera sans doute de nombreuses personnes.

Bucarest, Athénée Roumain et Grand Hall Palace, 3 septembre 2025

Thimothée Grandjean

Crédits photographiques : DR

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