Trois Visages de La Valse en urtext

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Trois versions de La Valse viennent de compléter l’éventail d’urtext qui sont maintenant à notre disposition pour le chef-d’œuvre de Ravel : la version pour piano, chronologiquement la plus ancienne (éditée par Peter Jost, Henle), la version pour orchestre (éditée par Douglas Woodfull-Harris, Bärenreiter) et la version pour deux pianos réalisées par Ravel lui-même (Peter Jost, Henle). 

Qui dit urtext, dit accès aux sources. Dans le cas de la musique de Ravel, cet accès, souvent très compliqué jusqu’à une époque récente, commence à se normaliser. Pour la version à deux mains, Peter Jost a dû jongler entre le manuscrit (relativement lisible, accessible sur IMSLP) et la première édition, Durand. Pour la version à quatre mains, on possède le manuscrit et sa copie au propre. Pour la version orchestrale, le manuscrit également ; mais les épreuves corrigées destinées à l’impression et les parties d’orchestre de la création restent inaccessibles (ou introuvables). On sait que Ravel n’avait pas une passion pour la relecture des épreuves et que certaines corrections attribuées à Lucien Garban (responsable éditorial chez Durand) étaient peut-être un peu hâtives. Les innombrables fautes dans la partition Durand de la version pour orchestre ont souvent justifié un travail de restitution par analogie. Une autre source provient des corrections apportées par des chefs d’orchestre qui ont eu une relation historique avec Ravel. Je tiens ainsi de Paul Paray une liste conséquente (plus de 200 erreurs dans La Valse) complétée par ce que nous avait transmis Pierre Dervaux dans sa classe de l’École normale de musique, Dervaux qui avait été lui-même timbalier sous la baguette de ces chefs historiques et qui notait tout pendant les répétitions. Tout ceci pour dire qu’un urtext a ses limites et qu’il doit être complété par des sources pratiques, du moins pour l’orchestre.

Deux excellentes éditions de la version symphonique avaient déjà vu le jour ces dernières années, celle de Breitkopf (éd. Jean-François Monnard) et celle de la Ravel Edition (éd. François Dru). Douglas Woodfull-Harris est parti des mêmes sources, complétées par un éclairage précieux, le matériel d’orchestre utilisé par l’Orchestre symphonique de San Francisco sous la direction de Ravel en 1928. Certaines corrections d’erreurs évidentes se trouvent ainsi documentées, peut-être avec une certitude relative quand on sait que Ravel n’était pas le plus habile des chefs d’orchestre et que la maladie le rongeait déjà en profondeur. Certaines de ces corrections sont peut-être dues à des initiatives des instrumentistes non validées par Ravel. D’autres ont certainement reçu son aval. Néanmoins, elles complètent les autres sources et gagnent à être signalées aux interprètes. 

La version pour piano à deux mains comporte en certains endroits une troisième portée reproduisant des traits d’orchestre. Un doute plane sur cette troisième portée : Ravel la considérait-il comme une simple indication ou devait-elle être jouée ? auquel cas avec certains arrangements car il faudrait généralement une troisième main. La nouvelle édition Henle, doigtée par Boris Giltburg, propose des solutions de compromis assez habiles qui permettent de restituer au mieux les traits d’orchestre ajoutés.  

Dans chacun de ces volumes, on appréciera le texte d’introduction qui retrace la genèse des différentes versions. 

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