Nouvelle version de Fidelio au Festival de Saint-Céré
Fonts baptismaux du Festival de Saint-Céré fondé il y a presque cinquante ans, le château de Castelnau-Bretenoux, avec sa terrasse sur les remparts pour le repas d'avant-spectacle et sa cour intérieure pour la soirée lyrique, constitue une expérience en soi. Et c'en est une autre que propose l'édition 2026 du rendez-vous lotois avec une nouvelle production de Fidelio, dans une version inédite de l'unique opéra de Beethoven. À partir de la transcription pour ensemble à vent que Sedlak avait réalisée de moments choisis de la partition peu après la création, et que le compositeur lui-même avait appréciée, Gabriel Pidoux prolonge le geste en reprenant l'effectif de cette réduction instrumentale pour proposer un arrangement chambriste de l'opéra dans son entier.
Au-delà de l'opportunité de présenter l'ouvrage sur des scènes sans fosse ni orchestre, cette adaptation donne à redécouvrir le célèbre opus de Beethoven. Accompagné par une contrebasse, l'octuor de bois et de cuivres — hautbois, bassons, clarinettes et cors par deux — met en valeur une souplesse mélodique et rythmique plus proche de l'intonation vocale. La partie vaudeville de l'histoire, avec le désir de mariage de Jaquino avec Marcelline, contrecarré par l'attraction de la jeune fille pour Fidelio et les promesses du père d'unir ces derniers, gagne un surplus de fraîcheur qui l'émancipe de l'ombre de la puissance dramatique du second acte. Certes, l'impact des chœurs, essentiels dans la conception symphonique nouvelle que Beethoven développera aussi dans la Fantaisie opus 80 et la Symphonie n°9, se trouve quelque peu sacrifié, même si l'intervention de Romain Dayez, comme héraut des prisonniers, libérés pour profiter de la douceur du printemps, constitue une habile condensation symbolique des interventions chorales.
Mais dans cette facture allégée, l'essence du message humaniste beethovénien demeure, portée d'abord par l'incarnation intense de Margaux Poguet dans le rôle-titre. Le timbre ample laisse s'épanouir toute la force de caractère du personnage, magnifiée par une authentique sensibilité expressive qui magnétise le plateau. Marie Lombard et Yoann Le Lan se révèlent complémentaires en couple contrarié formé par Marcelline et Jaquino. Jean-Vincent Blot assume, jusque dans la chair de l'émission, l'autorité paternelle de Rocco. Christian Hemler fait résonner la noirceur mordante de Pizzaro, défaite par le pouvoir du ministre Don Fernando, que relaie la carrure, physique et vocale, de Romain Dayez. En Florestan, Thomas Bettinger ne manque pas de faire affleurer les fêlures d'un lanceur d'alerte opprimé, en affrontant une écriture passablement ingrate pour le ténor.

Sous la direction du hautboïste Gabriel Pidoux, les pupitres de l'ensemble Le Chapitre ne se contentent pas d'accompagner les solistes, mais participent également à la scénographie d'Antoine Franchet, faite d'un quadrillage métallique qui représente, à l'évidence, l'enfermement pénitentiaire. Même l'office de Rocco, avec son bureau en Formica, est coincé dans ce rets hostile. Un gond à vide sert de frontière entre l'intérieur et l'extérieur de la prison : l'espace de la cour, sous des lumières et des façades qui se tamisent dans la nuit, matérialise le dehors d'où arrive le ministre, dans le seul costume d'apparat dessiné par Aude Desigaux et Irène Bernaud. Confinés dans une partie du dispositif, les instrumentistes s'en évadent en même temps que les détenus à la fin du premier acte, et déambulent dans ce lacis de métal à l'heure d'une parenthèse de liberté. La metteuse en scène Pauline Laidet semble cependant avoir trop conscience de la dimension utopique de Fidelio pour ne pas faire revenir chacun à sa place initiale au moment du lieto fine, avec Florestan seul sur son promontoire d'injustice.
Le spectacle sera en tournée en janvier 2027 au Théâtre Impérial de Compiègne, initiateur de ce projet, avant Tourcoing, Vichy, Clermont-Ferrand et Nîmes, et d'autres dates en fin de saison à Chartres, Namur et Rennes : des salles qui illustrent la possibilité de monter aussi de l'opéra sans grand orchestre, et d'en tenir le pari avec ce Fidelio inédit.
St Céret, 2 aout 2026
Gilles Charlassier
Crédits photographiques : Loran Chourrau



