David Munrow : la redécouverte d’un moment essentiel de l’interprétation de la musique ancienne

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The Art of David Munrow – Complete Warner Edition. The Art of David Munrow ; The Pleasures of the Royal Courts ; Susato, Morley : danses ; Henry VIII and his Six Wives ; Music for Ferdinand and Isabella of Spain ; The Art of Courtly Love ; Bach : concertos ; Renaissance suite « La course en tête » ; Dufay : Missa « Se la face ay pale » ; Praetorius : danses de Terpsichore, motets ; Telemann : suite ; Sammartini ; Haendel : concertos ; The Art of the Recorder ; Monteverdi : Vespro della Beata Vergine ; Purcell : odes ; Instruments of the Middle Ages and Renaissance ; The Art of the Netherlands ; Greensleeves to a Ground ; Monteverdi's Contemporaries (D'India, Grandi, Mainerio…). David Munrow ; James Bowman (contreténor) ; The Early Music Consort of London ; The Morley Consort ; David Munrow Recorder Consort ; Academy of St Martin in the Fields, Neville Marriner (direction) ; The Menuhin Festival Orchestra, Yehudi Menuhin (direction) ; The Virtuosi of England, Arthur Davison (direction) ; London Philharmonic Orchestra, Adrian Boult (direction).Textes de présentation en français, anglais et allemand. Environ 20 h 29. 21 CD Erato / Warner Classics 2685432094

C’est Philippe Hogge qui, en son La Hulpe Centre d’Art, révéla en 1971 à la Belgique la personnalité de David Munrow. Le timbre envoutant du contreténor James Bowman enthousiasma d’emblée l’assistance tout comme la vivacité d’une poignée d’instrumentistes parmi lesquels on retrouvait, outre Munrow, James Tyler et Christopher Hogwood qui n’allaient pas tarder à former leurs propres ensembles. Le London Consort n’avait à cette époque que deux enregistrements à son actif : plus de 20 LP allaient se succéder à une cadence effrénée jusqu’en 1976, balayant les genres et les époques jusqu’à ce que parviennent en mai l’effroyable nouvelle : ce musicien hyper actif avait mis fin à ces jours, limitant l’activité de son ensemble à une courte dizaine d’années. Mais celles-ci marquèrent les esprits des jeunes de l’époque d’une empreinte indélébile. Oui il y avait moyen d’exécuter la musique du Moyen Age et de la Renaissance d’une manière vivante et non pédante, que ce soit dans les domaines sacré ou populaire pour autant qu’on accepte avant tout d’y donner vie.

Une vie trépidante tout entière consacrée à la musique

L’aventure reflète parfaitement la personnalité curieuse et entreprenante de Munrow. Dès l’école secondaire, il suit des cours de flûte à bec et de basson tout en organisant de petits concerts avec ses camarades. Un voyage en Amérique du Sud le familiarise avec l’extrême diversité des instruments disponibles. Rentré en Angleterre, il suit des cours de littérature anglaise à Cambridge tout en participant à une foule de concerts d’étudiants. Thurson Dart lui prête un cromorne et lui explique les rapports entre les instruments qu’il avait collectionnés d’instinct et la pratique des musiciens de l’époque ancienne. A sa sortie de l’université, il est engagé à la Royal Shakespeare Company où le directeur musical Guy Woolfenden, fasciné par son éventail d’instruments commence à les intégrer à ses musiques de scène.  Les dés sont jetés : Munrow va mener de front une activité d’interprète, de chercheur de partitions, voire d’adaptateur de certaines musiques. En 1967, il fonde le Early Consort of Music, bien vite complété de « of London ».

Un artiste chercheur multiformat

En 1969, il publie chez Nonesuch « Les plaisirs des cours royales »,Une incroyable carte de visite où il évoque successivement, avec un sens aigu des atmosphères typiques l’art des trouvères, les cours de Philippe le Bon, Maximilien Ier de Habsbourg, des Medici et d’Espagne. Deux ans plus tard, c’est un album survolté de danses, en grands effectif avec les Danserye de Susato et plus intimement les Consort Lessons de Morley. Dans la foulée, il assemble et, parfois, arrange, la musique du film « Henry VIII et se six femmes » et continue avec d’autres projets cinématographiques dont deux ans plus tard « La course en tête », un documentaire sur… Eddy Merckx !

Mais le grand répertoire l’attire tout autant : la Messe « se la face ay pale » d’une souplesse ineffable ou avec Philippe Ledger et son King’s College de Cambridge des « Vêpres de la Vierge » de Monteverdi où la beauté instrumentale dépasse une partie vocale inutilement ardente et de rayonnantes « Odes pour l’anniversaire de la Reine Mary » de Purcell Plus que toute chose, Munrow aime recréer les différentes facettes d’un genre, d’un lieu ou d’une époque, entre danses et chansons. Dans  « L’art de l’amour courtois » , il évoque successivement l’époque de Guillaume de Machaut, les audaces de l’avant-garde de la fin du 14e siècle (dont l’ars subtilor ») et la Cour « de Bourgogne autour de Dufay et Binchois. Et il remet le couvert dans « L’art des Pays Bas » où rayonne Josquin des Prez et tous les grands maîtres de la Renaissance naissante plus une nuée d’anonymes. Dans le même esprit, son dernier tour d’horizon en 1975 concernera les contemporains de Monteverdi avec une foule d’inconnus comme Mainerio, Guami autres Priuli dans une ultime confrontation entre danses et musique sacrée.

Pédagogue et virtuose de son instrument

Chez Munrow, le chercheur se double aussi d’un vulgarisateur. Témoin cette prodigieuse anthologie des instruments du Moyen Age et de la Renaissance où durant plus d’une heure, il nous révèle près de 110 morceaux tout instruments confondus : vents, claviers, cuivres, cordes et percussion. Avec bien sûr sa chère flûte à bec (en anglais « recorder ») à laquelle il consacre un double album qui nous emmène des anonymes du Moyen Age à Britten ou Hindemith en passant par Holborne, Purcell, Vivaldi, Bach ou Couperin.

S’il s’éloigne volontiers des sentiers battus, il n’en revient pas moins avec panache sur des terres traditionnelles de son instrument où il est parrainé par rien moins que Menuhin, Marriner et Sir Adrian Boult: Bach (parfois arrangé), Telemann, Sammartini et Vivaldi. Et enfin, il y aura cette reconnaissance ultime de la complicité des musiques savantes et populaires autour un tube absolu, le « Greensleeves » où Dowland côtoie Vaughan Williams.

Une leçon pour l’avenir

Tel fut David Munrow, un insatiable curieux, passionné de découvertes, savant chercheur et prodigieux instrumentiste, vulgarisateur de génie et lanceur de ponts entre genres, styles et époques. Avec une voracité qui annonce nombre de musiciens actuels. Il n’en demeure pas moins que, dans son ingéniosité, il avait simplement 50 ans d’avance, et que, pour tous ceux qui ont grandi musicalement en pourchassant ses découvertes, il demeure une étoile filante au service la musique dans ce qu’elle a de plus sincère et de plus naturel. Quand le sublime nait naturellement de la simplicité, jusque dans la complexité amoureusement transcendée. Un apport essentiel à l’interprétation de la musique ancienne qu’on avait un peu trop oublié mais auquel ce somptueux coffret rend de nouveau pleinement justice.

En dépit d’unbeau texte de présentation de d’Edward Blakeman, on regrettera toutefois l’absence des copieuses notices, propre à ce type de rééditions bon marché. Heureusement le somptueux livre de David Munrow sur son anthologie des instruments du Moyen Age et de la Renaissance eut être déchargé sur le site de Warner Classics.  

Son : 9  Livret : 6  Répertoire : 10  Interprétation = 9

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