Piotr Anderszewski à Monte-Carlo : de la mélancolie de Brahms à la transcendance de Beethoven

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L'O.P.M.C. invite le pianiste Piotr Anderszewski pour une soirée consacrée à deux monuments du répertoire pianistique : les Fantaisies, Intermezzi et Klavierstücke de Johannes Brahms, suivis, en seconde partie, de la Sonate pour piano n° 32 en ut mineur, op. 111 de Ludwig van Beethoven.

Piotr Anderszewski nous avait laissé un souvenir inoubliable lors de son précédent passage à Monte-Carlo. Pianiste singulier, il possède une vision très personnelle des œuvres qu'il interprète. Il aime notamment bouleverser l'ordre des morceaux, tout en respectant scrupuleusement la partition. Une manière de recréer les œuvres et de leur donner une cohérence qui lui est propre.

Brahms : le romantisme et l'intimité

Au programme : plusieurs pages des Fantaisies op. 116, des Intermezzi op. 117 et des Klavierstücke op. 118 et 119.

Si cette démarche a particulièrement bien fonctionné avec Bach, on est quelque peu déstabilisé lorsqu'elle est appliquée aux pièces de Brahms. Le choix de leur enchaînement ne facilite pas toujours la perception de leur unité et de leur progression émotionnelle.

C'est pourtant un choix délibéré. Anderszewski propose une vision très sombre de ces dernières œuvres de Brahms. Elles sont pour lui profondément endeuillées, comme un constat de détresse qui accepte la perte : la perte de la jeunesse, la perte de l'identité, la perte de l'amour.

Cette lecture, radicalement personnelle, ne nous fera toutefois pas oublier les magnifiques enregistrements de Murray Perahia ou de Julius Katchen, qui demeurent des références.

Beethoven : la lumière de l'opus 111

En seconde partie, contraste total avec la magistrale Sonate n° 32 en ut mineur, op. 111 de Ludwig van Beethoven.

Dernière sonate pour piano composée par Beethoven, entre 1820 et 1822, l'opus 111 fut d'abord accueilli avec réserve par ses contemporains, qui le jugeaient trop complexe. Il est aujourd'hui devenu l'une des œuvres incontournables du grand répertoire pianistique. Cette sonate en deux mouvements, d'une audace formelle et expressive exceptionnelle, semble ouvrir les portes d'un autre monde.

On retrouve ici l'Anderszewski que nous aimons : lumineux, majestueux, authentique, véritable poète du piano.

Il instaure une tension incroyable, maintenue tout au long de l'œuvre. Son osmose avec Beethoven est totale. Chaque phrase semble pesée, chaque silence habité. La maîtrise technique est absolue, mais elle n'est jamais une fin en soi : tout est au service de l'expression.

Dans le second mouvement, l'Arietta et ses variations nous entraînent progressivement vers une dimension presque immatérielle. Le temps semble suspendu. Anderszewski en révèle toute la profondeur, passant de l'intériorité la plus recueillie à une lumière presque transcendante. À certains moments, notamment dans l'Arietta, il devient impossible de retenir ses larmes.

Une prestation absolument immense : la technique, l'intelligence musicale, la profondeur et l'émotion, tout y est. Anderszewski ne joue pas simplement Beethoven, il semble en partager intimement la pensée et l'humanité.

Après plusieurs rappels, le pianiste nous offre deux bis : une page de Bach et un morceau de Bartók.

Une soirée contrastée, qui laissera surtout le souvenir d'une interprétation bouleversante de l'ultime sonate de Beethoven. Dans l'opus 111, Piotr Anderszewski atteint une dimension musicale et spirituelle rare. Un très grand moment de piano.

Monte-Carlo, Auditorium Rainier III,  28 octobre 2026

Crédits photographiques : Simon Fowler

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