« Canta in Cumpagnia » : Une rencontre spirituelle humanisée entre tradition populaire et musique savante

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Canta in Cumpagnia : Traditionnels et pages de Landini (1335-1397), Philippe Verdelot (1480-1530), Jacopo da Bologna (1290-1360), Orlando di Lasso (1532-1594), Adriano Banchieri (1568-1634), Nando Acquaviva (1939-2025), Francisco Soto de Langa (1534-1619), Gherardello da Firenze (1320-1362), Jacques Arcadelt (1507-1568), Jean-Étienne Langianni (1959), Michele Paoli (1966), Anonymes ; Camerata Figarella – Textes de présentation en français et anglais – 64'08 – Carpe Diem Records

Certains spécialistes considèrent parfois que les polyphonies sardes et corses sont les vestiges les plus proches de ce qu'auraient été les chœurs de la tragédie grecque. Ce qui est certain, c'est que cette pratique chorale, plutôt austère, entretient des liens profonds entre les ancestrales traditions orales et la musique écrite de compositeurs du Moyen Âge et de la Renaissance. Des stimulations réciproques entre chant savant et populaire perpétuent une coexistence musicale qui rappelle celle observée jusqu'à aujourd'hui dans certains pays d'Amérique latine, notamment en Argentine comme nous l'explique souvent Leonardo García Alarcón.

C'est cette rencontre des genres qui est à la base de ce passionnant programme fondé sur des traditions anciennes, corse bien sûr mais aussi ombrienne médiévale ou en ancien toscan. La conjonction de petits groupes locaux de chanteurs et d'instrumentistes, loin des grands effectifs d'endroits comme Saint-Marc à Venise, développait une polyphonie dans des langues vernaculaires. Très élaborée, celle-ci cultive la voie de l'improvisation telle qu'on peut la pratiquer dans l'ornementation, appelée plus généralement « diminution ». La Camerata a ainsi proposé aux chanteurs populaires d'interpréter de la musique savante de la Renaissance. On se trouve dès lors face à un monde où des pratiques incrustées dans un rapport intime avec la terre et la nature sont mises au service des plus nobles expressions musicales, qui deviennent ainsi, selon l'expression de Jean-Charles Adami, le reflet d'un paysage humain autant que naturel.

S'il trouve ses bases dans une pratique très rigoriste, le résultat est particulièrement étonnant dans sa diversité. Il faut dire que les responsables des choix d'œuvres n'y sont pas allés de main morte, accumulant des auteurs de traditions diverses : ars subtilior, compositeurs wallons fascinés par l'Italie comme Lassus ou Arcadelt, indépendants italiens tel Banchieri, l'homme de la barca, voire deux des membres du chœur, Jean-Étienne Langianni et Michele Paoli.

Le résultat : un véritable moment de concert vivant qui nous entraîne au cœur d'un monde nouveau offrant une incroyable nourriture d'esprit.

Son 9 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 9

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