A Lyon, le Don Carlos original

par
Don Carlos

© Jean-Louis Fernandez

Le festival annuel de l’Opéra de Lyon, qui le plus souvent explore des chemins moins fréquentés, est cette année consacré à Verdi. Au programme « Macbeth », « Don Carlos » dans sa version originale en langue française composée pour l’opéra de Paris, et « Attila ». Avec ce festival l’Opéra de Lyon veut aussi saluer son nouveau chef permanent, le Milanais Daniele Rustioni qui dirige les trois opéras.

Le point de mire du programme est bien sur « Don Carlos » dans sa version originale et intégrale quasiment jamais représentée aujourd’hui. La mise en scène a été confiée à Christophe Honoré, homme de théâtre et de cinéma qui a déjà présenté à Lyon ses interprétations du « Dialogues des Carmélites » et « Pelléas et Mélisande ». Selon son propre aveu, Honoré voulait faire jouer toute la machine théâtrale, trappes, rideaux, cintres etc... et faire en sorte que ce soient des gens d’aujourd’hui qui prennent en charge cette histoire pour en révéler l’intemporalité. Je dois avouer que le résultat ne m’a guère convaincue. Le décor d'Alban Ho Van, où le noir domine (lumières Dominique Bruguière), est pour la plus grande partie constitué par des immenses rideaux mouvants. Il y a les grandes toiles peintes du Crucifié et de la Vierge Marie pour le couvent Saint Just, un vaste cachot noir pour Carlos et un édifice à trois étages qui exclut toute action dramatique (pourtant indiquée par le livret) pour la scène de l’autodafé. Les costumes (Pascaline Chavanne) combinent styles et époques et sont plus d’une fois discutables (les dames de la cour !). Dans ce cadre qui n’inspire pas vraiment, la direction des protagonistes et du chœur varie selon les scènes avec des résultats différents : très convaincants dans la scène des bûcherons qui ouvre le spectacle, assez inattendues pour le tableau dans les jardins de Saint Just, plus tôt embarrassants dans la scène de l’autodafé, confondant pour le tableau du ballet de la reine. Quant au ballet même : quelle idée de changer ce divertissement galant en un combat de quatre danseurs demi nus qui se contorsionnent et luttent sans merci sous une chute d’eau (chorégraphie Ashley Wright) ! Les personnages ont généralement un bon et juste profil à l’exception de la princesse Eboli jouant trop la grande séductrice et par surcroît clouée dans un fauteuil roulant!
La distribution est dominée par le Philippe II de Michele Pertusi, monarque plein d’autorité, père sévère, mari désillusionné et homme vulnérable qui se voit confronté au pouvoir de l’église, chantant avec sa belle voix expressive et profonde et dans un excellent français. Stéphane Degout qui débute en Posa, impressionne une fois de plus par sa musicalité, son phrasé, sa claire projection du texte, son chant distingué mais reste quand même un peu trop discret. Sergey Romanovsky campe un Carlos plutôt timide et émouvant, plus ferme face à son père, et chante d’une voix souple et bien contrôlée. Roberto Scandiuzzi prête sa voix de basse encore puissante au Grand Inquisiteur dominant et menaçant. Elisabeth de Valois trouve en Sally Matthews une interprète sensible, femme amoureuse et victime, reine tendre et digne, consciente de son devoir, qui chante avec un soprano ample et expressif au vibrato prononcé. Eve-Maud Hubeaux donne jeunesse et tempérament à la princesse Eboli et impressionne le public par sa voix souple et puissante et son interprétation engagée. Bonne prestations de Patrick Bolleire (un moine) et Jeanne Mendoche (Thibault). Les chœurs et l’orchestre de l’Opéra de Lyon se défendent vaillamment. La direction de Daniele Rustioni ne fléchit pas un instant pendant les longues heures qu’il nous guide dans cette version qu’il dirige avec finesse et une grande subtilité qui fait découvrir la richesse de la partition, ses couleurs et contrastes, ses atmosphères, sa poésie et sa force dramatique.
Erna Metdepenninghen
Lyon, Opéra National, Festival Verdi, le 17 mars 2018

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