Editos

Les 10 ans du prix Discovery de l'ICMA : « … une source de force tout au long de mon parcours »

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Le jury des International Classical Music Awards (ICMA) a célébré le 10e anniversaire du prix Discovery avec un concert festif organisé lors de son assemblée générale à la Music Academy Liechtenstein.

En 2016, les International Classical Music Awards ont organisé pour la première fois le prix Discovery destiné aux jeunes musiciens âgés de 12 à 18 ans. Ce prix a été créé à l'initiative de l'ancien membre du jury Luis Suñen (Scherzo) et après des discussions entre le président du jury Remy Franck et le directeur général de l'Académie internationale de musique du Liechtenstein, Drazen Domjanic. Depuis lors, ce prix est organisé chaque année par l'ICMA en collaboration avec l'Académie de musique du Liechtenstein.

Les quatre jeunes musiciens exceptionnels qui se sont produits lors du concert anniversaire étaient Maya Wichert, Lana Zorjan, Robert Neumann et Can Sarac.

Le tout premier lauréat était le flûtiste Nikolai Song. Il a reçu son prix en 2016 à Saint-Sébastien. Il a été nommé flûtiste principal adjoint du Sinfonieorchester Basel, puis flûtiste principal du Berner Sinfonieorchester. Il a récemment été nommé flûtiste principal du Pittsburgh Symphony (Manfred Honeck, directeur musical, lauréat du prix ICMA Lifetime Achievement en 2018).

Nikolai déclare : « Le prix ICMA Discovery Award a été une étape très importante pour moi à un moment crucial de mon développement. Avec le recul, plusieurs années après avoir reçu ce prix, je me rends compte qu'il m'a donné les bases et la confiance nécessaires pour continuer à construire ma personnalité artistique.

Je suis profondément reconnaissant aux IICMA pour sa contribution à la cause des musiciens. Le Discovery Award m'a accompagné au fil des ans, et je chéris le privilège et la responsabilité d'être musicien dans la société actuelle, ainsi que l'importance de partager la musique et de faire le bien à travers elle. »

Le pianiste allemand Robert Neumann (*2001) a reçu son prix en 2017 au Gewandhaus de Leipzig. Il est actuellement artiste en résidence à la Mendelssohn Haus Leipzig et a remporté le German Piano Award en 2025. Robert déclare : « Le discovery Award est à mes yeux l'incarnation même du soutien et de la confiance qui m'ont été accordés bien avant que je ne choisisse cette voie. L'assurance que quelques personnes croyaient en mon art, alors que presque personne d'autre ne le faisait, a largement contribué à l'évolution de toutes mes formes d'art. L'ICMA est comme une sentinelle silencieuse et un ami insouciant, toujours prêt à donner des conseils bienveillants quand on en a besoin et à veiller avec amour sur nos étapes artistiques importantes. »

En 2018 (Katowice), le lauréat était le flûtiste chinois Yuan Yu (*2001), actuellement flûte solo au Konzerthausorchester Berlin.

Les lauréats 2026 des ICMA

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Aujourd'hui, le jury des International Classical Music Awards (ICMA) a annoncé les lauréats de l'édition 2026. Le président du jury, Remy Franck, déclare : « Après mûre réflexion, de nombreuses écoutes et grâce à toute leur expertise, les membres du jury des ICMA ont choisi les lauréats parmi une liste de 307 nominations comprenant un large éventail d'artistes et de labels. La liste des lauréats comprend de nombreux musiciens renommés ainsi que de jeunes talents, et pas moins de 17 labels internationaux ! Félicitations à tous. Nos prix offrent de nombreux avantages aux lauréats, aux artistes ainsi qu'aux labels, en renforçant leur réputation et en stimulant leur motivation. »

Les prix 2026 comprennent à nouveau le prix ICMA Classeek, organisé en collaboration avec la plateforme numérique Classeek, et poursuivent la coopération de longue date avec l'Académie internationale de musique du Liechtenstein, de sorte qu'avec le prix Jeune artiste, le jury récompense trois jeunes talents très prometteurs, Anja Mittermüller, Mariam Abouzhara et Antony Ratinov.

Le pianiste Stephen Kovacevich remporte le Lifetime Achievement Award. Le chef d'orchestre Jakub Hrůša est l'Artiste de l'année. Péter Zombola remporte le Composer Award. LSO Live est le Label de l'année. les Special Achievement Awards sont décernés au Bamberger Symphoniker et au label Le Palais des Dégustateurs pour leur série consacrée à Carlos Païta. Dans les catégories audio et vidéo, 18 productions ont été récompensées.

Les nominés aux International Classical Music Awards 2026

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Les International Classical Music Awards (ICMA) ont annoncé aujourd'hui les nominations pour les prix 2026, qui récompensent les meilleurs musiciens et enregistrements.

Parmi les nominés figurent de nombreux solistes, ensembles, chefs d'orchestre et orchestres de renom, ainsi que de nombreux jeunes musiciens, dont beaucoup sont nominés pour la première fois.
Pour les prix 2026, le jury a sélectionné au total 307 productions audio et vidéo publiées par 101 labels d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord, soit 18 pays au total.

Pour être sélectionnée, une production doit être proposée par au moins deux membres du jury.

Les labels les plus nominés sont Alpha, Deutsche Grammophon, Harmonia Mundi, Naxos et Pentatone.

La liste des nominés par labels et par catégories :

https://view.publitas.com/papageno-ltd/icma-2026-nominations-by-labels

https://view.publitas.com/papageno-ltd/icma-2026-nominations-by-categories

Hommage à Christoph von Dohnányi

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Le grand chef d’orchestre allemand Christoph von Dohnányi (1929-2025) est décédé à l’âge de 95 ans. Avec sa disparition c’est l'une des dernières figures de la direction d’orchestre du XXe siècle qui s'efface et qui emmène avec lui une certaine idée de l'art et de la fonction du chef d’orchestre.

Christoph von Dohnányi c’est une vie commencée par le tragique de l’Histoire. Si l’on a souvent noté qu’il était le petit-fils du grand compositeur Ernö von Dohnányi, il était le fils de Hans von Dohnányi. Juriste, ce dernier était un résistant au nazisme. Il fut accusé d’être le “père spirituel” du complot raté de 20 juillet 1944, connu sous le nom d’Opération Walkyrie. Arrêté et déporté au camp de Sachsenhausen, il est exécuté en avril 1945. Tout au long du nazisme, Hans von Dohnányi fut un résistant engagé, il sauva de nombreux juifs de la déportation et il est honoré du titre de “Juste parmi les Nations”.

De cet exemple paternel, Christoph von Dohnányi gardera une rigueur morale. Dans un hommage au chef, Norman Lebrecht nous précise que le Christoph von Dohnányi avait une aversion totale pour Herbert von Karajan, déjà à cause de ses compromissions avec le nazisme, mais aussi pour sa position dominante dans le milieu du classique et les abus de pouvoir qui en découlaient, il l’accusa de nuire à l'affirmation dans la carrière de jeunes chefs allemands.

Christoph von Dohnányi, c’est une carrière dans la droite ligne des Kapellmeister : la fosse avant tout et comme lieu d’apprentissage. Il étudie d’abord à la Hochschule de Munich la composition, le piano et la direction d’orchestre. Il est embauché par l’Opéra d’État de Bavière comme pianiste, coach vocal et même figurant. Son talent est répéré et il est primé du Prix Richard Strauss de la Ville de Munich. Il se perfectionne ensuite, en Floride, auprès de son grand-père, avant de revenir en Allemagne. Georg Solti, alors directeur de la musique à l'opéra de Francfort, l’engage comme son premier assistant. En 1957, il décroche son premier poste à l’opéra de Lübeck. Il est alors le plus jeune directeur musical d’Allemagne. Il occupe ce poste jusqu’en 1963, où il devient le Kapellmeister de l'opéra de Kassel. Lors de ce mandat, il ressuscite Der Ferne Klang, le chef-d'œuvre de Franz Schreker banni par les nazis. Les postes s’enchaînent : l’orchestre symphonique de la WDR de Cologne et l’opéra de Francfort, où il revient comme directeur de la musique. Ce mandat, entre 1968 et 1977, est important car le chef s’entoure d’une jeune équipe (dont un jeune dramaturge nommé Gérard Mortier). À Francfort, il impose une nouvelle conception scénique avec des mises en scène contemporaines qui dépoussièrent, confiées à de jeunes pousses de la scénographie, dont certains comme Klaus Michael Grüber ou Hans Neuenfels seront des pilliers des maisons d'opéras jusqu'aux années 2010. De 1977 à 1984, il est directeur artistique et intendant de l'Opéra de Hambourg. Sa carrière va prendre un tournant majeur avec sa nomination à l’orchestre de Cleveland, où il va rester de 1984 à 2000, un mandat au long cours accompagné par des tournées internationales et de nombreux disques pour Decca. En 1994, il est désigné chef principal du Philharmonia de Londres, orchestre dont il fut toujours des plus proches et, entre 2004 et 2010, il fut le directeur musical de l’orchestre de la NDR de Hambourg.

Hommage à Sir Roger Norrington

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Sir Roger Norrington s’en est allé à l’âge de 91 ans. Infatigable explorateur musical, pionnier des interprétations “historiquement informées”, il a marqué son temps et sera, pour de très nombreuses décennies, une figure inspirante.  

Né en 1934, il étudie, entre autres avec Adrian Boult. Violoniste de formation, il a également travaillé comme ténor. Il fonde en 1962, le Schütz Choir de Londres avec lequel il enregistre pour Decca. En 1978, il fonde les London Classical Players, orchestre avec lequel il a révolutionné l'approche des grandes œuvres classiques et romantiques. On retrouve des pointures dans cet orchestre dont le violon solo John Holloway, l’un des praticiens et experts du violon historique. En 1997, l’orchestre se dissout et  Sir Roger Norrington  vogue vers de nouveaux défis : la Camerata Salzburg, le Camerata Salzburg, le Radio-Sinfonieorchester Stuttgart, l’Orchestre de St Luke’s, le Zurich Chamber Orchestra, l’Orchestre de chambre de Paris. Consécration, le chef fut invité régulièrement par les Berliner Philharmoniker et les Wiener Philharmoniker.  Le maestro avait annoncé, en novembre 2021, prendre sa retraite. 

Sir Roger Norrington, s'inscrit parmi les pionniers pour aborder le répertoire classique sur instruments d’époque et selon une démarche historiquement informée, il fut l’un des tout premiers à élargir les explorations aux grandes oeuvres du répertoire du XIXe siècle, que ce soit Berlioz, Brahms, Schumann, Wagner, Bruckner ou Smetana…Aujourd’hui, une telle démarche est devenue la norme et on ne compte plus les expériences sur instruments d’époque y compris jusqu’aux symphonies de Mahler et Bruckner. Cependant, dans les années 1980/1990, une telle démarche était inusitée et provoqua de très nombreux sarcasmes moqueurs accompagnés d’un profond mépris. Comment un Britannique, aux airs de savant universitaire égaré, pouvait oser désacraliser des interprétations mythiques et des conceptions interprétatives enracinées ?  Les albums enregistrés par le chef et son orchestre, pour Virgin oui EMI, dans Brahms, Bruckner, Wagner ou Smetana, se faisaient régulièrement étriller dans le monde francophone.  Quand le festival Printemps de Prague, invita, en 1997, le chef et ses London Classical Players et Sir Roger Norrington à interpréter Ma Patrie de Smetana, ce fut vu par beaucoup de commentateurs comme une provocation. 

Troisième édition du Concours International de direction d’Orchestre d’Opéra à Liège.

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La troisième édition du Concours International de Direction d’Orchestre d’Opéra, organisé par l’Opéra Royal de Wallonie-Liège avec le soutien de la Fondation d’Utilité Publique Polycarpe, se tiendra du 10 au 15 février 2025 dans la Salle de l’Opéra de Liège. 

Cette année, 24 candidat.e.s présélectionné.e.s auront la chance de diriger l’Orchestre, le Choeur de l’ORW ainsi qu’une pléiade de solistes, sous l’œil attentif du jury présidé par Stefano Pace, le Directeur Général de l’ORW.
Le jury est composé de 8 personnalités issus du monde musical placé sous la présidence de Stefano Pace :

  • Giampaolo Bisanti : Chef d’orchestre, Directeur musical de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège
  • Andre Comploi (Finale) : Directeur de l’Éducation et de la Culture Ladines pour la Province Autonome de Bolzano – Tyrol du Sud
  • Pierangelo Conte : Directeur artistique du Teatro Carlo Felice de Gênes
  • Christophe Ghristi : Directeur artistique de l’Opéra National du Capitole de Toulouse
  • Hans-Georg Hofmann : Intendant de la Bodensee Philharmonie
  • Sophie de Lint (Finale) : Directrice de l’Opéra d’Amsterdam
  • Christina Scheppelmann : Directrice générale de l’Opéra de Seattle, désignée Directrice générale et artistique du Théâtre royal de La Monnaie de Bruxelles
  • Annette Weber : Directrice de l’Opéra de Zurich

Les épreuves du Concours

10 et 11 février 2025
Épreuve éliminatoire de direction d’orchestre : les 24 candidat·e·s dirigeront durant 23 minutes l’une des ouvertures suivantes, choisie par le jury : Le Domino Noir (Auber), Norma (Bellini), Anna Bolena (Donizetti), Rouslan et Ludmila (Glinka), L’Italiana in Algeri (Rossini), Prodaná nevěsta (Smetana), Nabucco ( Verdi), Die Meistersinger von Nürnberg (Prélude de l’Acte I - Wagner).

Hommages à Michelle Debra 

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La rédaction de Crescendo Magazine rend hommage à Michelle Debra, sa cofondatrice, avec la publication de ces témoignages.

Nous sommes le 16 juin 2012, le Conservatoire Royal de Bruxelles où je poursuis mes études, envoie un courrier à l’ensemble des étudiants pour annoncer un appel à candidatures : « Un défi à relever, l’occasion de partager… ! Crescendo recherche des collaborateurs(trices) à la rédaction… ». Aussitôt reçu, ce courrier éveille ma curiosité et me pousse à poser immédiatement quelques questions à Bernadette Beyne, alors Rédactrice en chef. La réponse arrive sans tarder : «n’hésitez pas à nous adresser vos questions, nous y répondrons bien volontiers et le plus rapidement possible ». Puis, c’est autour de Michelle Debra de m’écrire, suite à l’envoi de mon dossier, m’expliquant très simplement que ma candidature a retenu positivement leur attention et qu’elles souhaitent me rencontrer. Cela semble anecdotique, mais en réalité, ce premier échange de mails fut le point de départ d’une amitié de plus de 10 ans, avec ce sentiment d’avoir en face de soi des personnes bienveillantes, respectueuses et jamais dans l’excès. 

Il faudra néanmoins attendre le 17 août pour rencontrer ce duo infatigable. Dès mon arrivée, je suis frappé par l’accueil si chaleureux, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Et alors que rien n’est encore convenu, Michelle pose en face de moi une cinquantaine de cd, des partitions, des livres… et me dit très naturellement : « faites le tri, prenez ce qui vous semble pertinent selon vos connaissances et on y va ». C’est le type de moment que l’on garde en mémoire. Tambour battant, je rentre chez moi, mon sac bien rempli, et je m’y mets donc immédiatement, tout en envoyant dans la foulée ma première liste de concerts que j’aimerais couvrir. Le premier « test » sera un concert de René Jacobs dans la Passion selon St Matthieu, « Je trouve que Jacobs est une jolie entrée en matière… » écrit Michelle, tout en m’indiquant la marche à suivre pour les Crescendiste. Bref, je n’aurais jamais imaginé me retrouver chaque semaine dans les plus belles salles d’Europe face à des artistes exceptionnels. L’exercice n’est pas aisé au départ, mais les mails d’aide et de soutien pleuvent. Être collaborateur à Crescendo, c’est être entouré d’une équipe qui n’hésite pas à prendre du temps pour accompagner ses collaborateurs, c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui. 

Décès de Michelle Debra, cofondatrice de Crescendo-Magazine

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La rédaction de Crescendo Magazine a la douleur de vous faire part du décès de Michelle Debra, cofondatrice de notre média. Michelle et Bernadette Beyne avaient fondé, en 1993 Crescendo Magazine, initiative volontaire et courageuse dans le paysage médiatique et culturel pour contribuer au rayonnement de la musique classique dans le monde francophone, depuis la Belgique. 

Que ce soit  au temps de la version papier du magazine ou ensuite dans sa déclinaison intégralement numérique, Michelle était essentielle au fonctionnement de notre média,  “femme de l’ombre ou bras armé”, telle qu’elle se décrivait dans sa présentation sur notre site. 

Ses rôles étaient multiples : membre du comité de rédaction, secrétaire de rédaction, directrice commerciale, relectrice scrupuleuse, animatrice de la partie “journal” du site,...Des tâches "backstage" mais tellement vitales dans le fonctionnement d'un média.

Michelle était la coordinatrice des Reporters de l’IMEP, programme novateur et unique qu’elle avait initié avec Bernadette Beyne et Guido Jardon, directeur de l’IMEP permettant à des jeunes étudiantes et étudiants de l’enseignement supérieur musical de se familiariser avec la critique et de découvrir d’autres aspects du milieu professionnel.  

Avec Bernadette, elle avait été dans le cercle des médias fondateurs des International Classical Music Awards en devenant membre du bureau puis vice-présidente du Jury.

Les chefs au banc d’essai

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En zappant sur la toile, je tombe sur une critique d’un concert de l’Orchestre philharmonique de New York dans laquelle le chef d’orchestre est accusé de tous les maux… parce qu’il bouge trop, ce qui perturbe la perception de l’interprétation du signataire de cette critique. Un autre souligne la présence d’un pupitre devant le chef, ce qui le gêne (le critique, pas le chef). Un troisième aimerait le voir sourire davantage en saluant. Et l’on pourrait continuer à l’infini autour de la couleur des cheveux (teints ou pas teints), de la longueur des baguettes, de la tenue, et j’en passe. Autant de critères qui constitueraient une bonne base pour un banc d’essai des chefs d’orchestre. Car pourquoi échapperaient-ils à ce que subissent hôpitaux, classes préparatoires, fonds communs de placement, appareils électroménagers ou d’informatique ? Vous imaginez-vous recevoir un questionnaire de satisfaction à l’issue du concert comme Doctolib vous en envoie au sortir de chaque consultation médicale ?

Lorsque j’étudiais dans la classe de Pierre Dervaux, la sobriété du geste était primordiale, à l’image du maître. Plus tard, la rencontre avec Charles Munch ou Georg Solti m’ont révélé qu’il n’y a pas d’évangile en la matière. Le geste du chef s’adapte à son physique pour être le plus clair et le plus expressif. Ne doit-il pas servir avant tout à aider les musiciens ? Le geste de Solti, souvent difficile à comprendre pour le profane, était très efficace pour les musiciens, geste forgé au fil des heures passées dans les studios d’enregistrement, à l’abri des regards. Seule l’efficacité comptait, et avec quelle précision ! Le geste de Munch était imprévisible, torrentiel, passionné, parfois réduit à sa plus simple expression, parfois gigantesque. Tout dépendait de l’instant, toujours armé d’une immense baguette. Celui de Reiner était réduit à l’extrême. Paray pouvait diriger la Chevauchée des Walkyries du seul regard.

De la démonétisation à l'invisibilisation ?  

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Pour ce premier éditorial de l’année, nous allons revenir sur une nouvelle passée relativement inaperçue mais dont les conséquences sont interpellantes : la décision unilatérale de la plateforme suédoise Spotify, leader mondiale du marché du streaming de démonétiser les titres qui seront en dessous du seuil de 1000 écoutes par an,  cette décision prendra effet dès cette année 2024.

Avec l’effondrement du marché du disque physique et la quasi-disparition du téléchargement payant, le streaming est devenu la seule porte de visibilité pour les artistes et les labels. Cependant, les taux de rétribution sont misérables et intégrer des playlists thématiques, robinets à musiques et aspirateurs à écoutes, est devenu l’une des rares ambitions des professionnels du secteur au point d’en façonner leurs productions. Le média que nous sommes est bien évidemment confronté à l’inflation du nombre de produits spécialement pensés pour des playlists : des pièces courtes et un répertoire agréable aux oreilles, la parfaite tapisserie sonore, mais dont l'intérêt éditorial et artistique est trop souvent incertain... 

Dès lors, la musique classique comme les domaines que l’on peut désigner sous le terme de “non-commerciaux” -et cela englobe tant le jazz que les musiques du monde- ne montent pas au front avec un moral de gagnants. Un album de musique classique est normalement pensé dans sa globalité avec des œuvres en plusieurs mouvements, voire des répertoires rares ou plus difficiles, car moins naturellement flatteurs pour l’oreille ou incompatibles avec la notion d'écoute à la plage comme une symphonie de Bruckner, un opéra de Wagner ou une partition contemporaine de création. Dès lors, le seuil des 1000 écoutes par titre, n’est pas un objectif si facile à atteindre pour de la musique classique et même pour beaucoup d'artistes de tous les genres confondus. Ainsi, sur les 100 millions de titres présents sur la plateforme fin 2022, seuls 37,5 millions ont franchi le cap des 1000 écoutes depuis leur mise à disposition, selon les données communiquées par Spotify sur son site Loud&Clear (on peut donc constater que  seulement 1/3 des titres en ligne pourraient ainsi être rémunérateurs...).