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 A l’OSR Jonathan Nott quitte officiellement la direction artistique

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mercredi 17 décembre 2025

A Genève, les deux concerts des 17 et 18 décembre 2025 ont un caractère particulier car après huit années passées à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande en tant que directeur artistique et musical, Jonathan Nott dirige son dernier programme.

Ce programme reflète l’éclectisme de ses choix et commence par une page émouvante de György Kurtág, Grabstein für Stephan op.15 c, élaborée pour grand orchestre en 1989 après trois versions pour formations de chambre. Rendant hommage à Stephan Stein, l’époux de Marianne Stein qui avait réussi à guérir le compositeur victime d’une grave dépression à Paris, cette brève œuvre prend une dimension bouleversante par les quelques arpèges empreints de nostalgie égrenés par la guitare d’Alessio Nebiolo amenant un dialogue avec la percussion en pianissimo, la harpe et le groupuscule des cordes graves incluant trois violoncelles et deux viole. D’autres groupes d’instruments (cuivres, bois, instruments à clavier, sifflets, czimbalom hongrois) sont disséminés sur scène et dans la salle, donnant à l’auditeur l’impression qu’il ne sait pas d’où provient le son. De brusques tutti véhéments déchirent ce lamento qui finira par s’estomper sur quelques notes en suspension de la guitare.

Intervient ensuite Himari, violoniste japonaise de… 14 ans, décrite comme un prodige de sa génération. Elève d’Ida Kavafian au Curtis Institute of Music de Philadelphie, elle a fait ses débuts européens avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Zubin Mehta et se produira prochainement pour le Concert du Nouvel An du Philadelphia Orchestra confié à la baguette de Marin Alsop. Pour sa première collaboration avec l’OSR, elle choisit le Premier Concerto en sol mineur op.26 de Max Bruch. Pour l’accompagner, Jonathan Nott prend le soin de tisser un canevas soyeux, ce qui permet à la soliste de dérouler rêveusement les formules en arpèges initiales, avant d’attaquer énergiquement le premier thème. Mais le son filandreux qu’elle produit manque singulièrement d’ampleur, ce dont pâtira le deuxième sujet au cantabile trop étriqué. Néanmoins la technique est parfaitement huilée, ce que démontrent les traits de virtuosité exécutés avec une précision extrême.  Dans l’Adagio, la ligne de chant s’embue de larmes qui restent à la surface d’une méditation guère consistante. Par contre, l’Allegro energico conclusif bénéficie d’une sonorité plus corsée qui sous-tend les passaggi échevelés débouchant sur un Presto tout aussi ébouriffant. Devant l’accueil généreux que lui octroient les spectateurs sensibles à sa prime jeunesse, Himari s’empresse de lui offrir en bis une page peu connue de Fritz Kreisler, Recitativo et Scherzo pour violon solo, révélant une sonorité plus concentrée que dans l’ouvrage de Bruch.

 Benjamin Bernheim ... in patria

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Grâce à une invitation de l’Agence de concerts Caecilia, Benjamin Bernheim donne un premier récital au Victoria Hall de Genève dans le cadre de la série ‘Les Grands Interprètes’.

Né à Paris il y a quarante ans (9 juin 1985) d’un père français et d’une mère suisse, fils adoptif du baryton Antoine Bernheim, Benjamin grandit à Genève et en Haute Savoie, apprend le violon et le piano et fait partie, à dix ans, de la Maîtrise du Conservatoire Populaire de Genève. A dix-huit ans, il entre dans la classe de Gary Magby à la Haute Ecole de Musique de Lausanne et en 2008, il remporte la bourse Leenards et rejoint l’Opera Studio de l’Opernhaus de Zürich, avant de s’affilier à la troupe de ce théâtre deux ans plus tard. En 2012, il débute au Festival de Salzbourg en Agenore dans Il Re pastore de Mozart. Depuis 2015, s’ouvre à lui la grande carrière qui lui permet de se produire sur les principales scènes d’Europe et d’Amérique. Ici à Genève, personne n’a oublié son admirable Roméo dans l’ouvrage de Gounod donné en version semi-scénique le 10 janvier 2023.

Trois en un à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg

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Après avoir accueilli Gautier Capuçon en ouverture de saison, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg a décidé de mettre la barre encore plus haut, en accueillant non pas un, ni deux mais bien trois solistes durant le même concert ! Liya Petrova, Aurélien Pascal et Alexandre Kantorow nous ont livré une soirée époustouflante durant laquelle virtuosité et musicalité furent les maîtres mots. Les trois musiciens se connaissent bien, ils ont notamment cofondé “Les rencontres musicales de Nîmes” en 2022. Le festival, qui en est donc à sa quatrième édition, fait la part belle à la musique de chambre de toutes les époques. 

La soirée a débuté avec le violoncelliste français Aurélien Pascal et les Variations sur un thème rococo op.33 de Tchaïkovsky. Avec une aisance manifeste et une décontraction complète, Aurélien Pascal a démontré toute sa maîtrise de son instrument. En perpétuel dialogue avec les musiciens, il a fait jeu égal avec la puissance de l’orchestre. Le pupitre des bois, très occupé tout au long de la soirée, a livré une belle prestation. Tous les musiciens ont montré une attention de tous les instants envers le soliste, et seuls quelques légers problèmes de nuances sont à déplorer. La communication fut également très visible entre le soliste et le chef Aziz Shokhakimov, très expressif et enjoué comme à son habitude.

Belle et funèbre Aïda à l’Opéra de Paris

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Choisie pour mettre en scène  Aïda, l’iranienne Shirin Neshat confirme son talent internationalement reconnu pour la photographie. Le problème est que l’image « en soi » se suffit à elle-même ; elle invite à la contemplation plus qu’à l’action si bien que l’adéquation avec le « grand opéra français » ou « opéra monumental italien » comme on voudra, ne va pas de soi. Par ailleurs, la vidéaste exilée très jeune aux États-Unis, raconte que, lors de son retour au pays natal, les couleurs avaient disparu et qu’elle ne vit autour d’elle qu’un monde noir et blanc. Appliquer ce traitement au chef-d’œuvre de Verdi le voue à la sévérité d’une esthétique scandinave voire japonaise à laquelle on n’associe pas spontanément la partition du « Cygne de Busseto ».  Enfin, la défense d’une cause, aussi noble soit-elle, met l’œuvre à son service de telle sorte que la logique de la plaidoirie et celle du drame lyrique tendent à se neutraliser. 

Les projections de visages exsangues, graves et  beaux, les silhouettes noires de femmes creusant frénétiquement des tombes dans le désert, les exactions filmées en noir et blanc au ralenti, les ombres masquées aux coiffures pointues surdimensionnées pour mieux écraser les protagonistes n’ont ainsi qu’un lointain rapport avec le sujet. Les tableaux d’un subtil raffinement esthétique, dénoncent à juste titre la tragédie perse mais détournent de la progression dramatique. En dépit de révisions successives effectuées pour les représentations de Salzbourg en 2017 et 2022, l’ascétisme funéraire de cette mise en scène développe sa propre et puissante dynamique; monochrome, il bannit la luxuriance, la profusion, l’exaltation latine du courage, de l’amour et de la paix -dernier mot du livret-.

La partition écrite pour l’inauguration du canal de Suez était destinée au vice-roi d’Égypte Ismaïl Pacha, souverain ottoman soucieux d’affirmer sa domination sur l’Éthiopie qui faisait obstacle au commerce avec la Corne de l’Afrique. Dans son exultation nationaliste cette musique se montre naturellement opulente, vigoureuse, chatoyante et déferle avec la puissance d’ un fleuve en crue. 

Une invitation amicale dans la datcha de Chostakovitch

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La datcha de Chosta. Arvo Pärt (°1935) : Fratres, version pour alto et piano. Anne Martin (°1969) : Cette colline - Hommage à Fiodor Droujinine. Jean-Paul Dessy (°1963) : DSCH - In Memoriam Dmitri SCHostakovitch. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour alto et piano op. 147 ; Impromptu pour alto et piano op. 33. Maxime Desert, alto ; Mariane Marchal, piano. 2024. Notice en français et en anglais. 68’. Paraty 2025003. 

Hommage à Sir Roger Norrington

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Sir Roger Norrington s’en est allé à l’âge de 91 ans. Infatigable explorateur musical, pionnier des interprétations “historiquement informées”, il a marqué son temps et sera, pour de très nombreuses décennies, une figure inspirante.  

Né en 1934, il étudie, entre autres avec Adrian Boult. Violoniste de formation, il a également travaillé comme ténor. Il fonde en 1962, le Schütz Choir de Londres avec lequel il enregistre pour Decca. En 1978, il fonde les London Classical Players, orchestre avec lequel il a révolutionné l'approche des grandes œuvres classiques et romantiques. On retrouve des pointures dans cet orchestre dont le violon solo John Holloway, l’un des praticiens et experts du violon historique. En 1997, l’orchestre se dissout et  Sir Roger Norrington  vogue vers de nouveaux défis : la Camerata Salzburg, le Camerata Salzburg, le Radio-Sinfonieorchester Stuttgart, l’Orchestre de St Luke’s, le Zurich Chamber Orchestra, l’Orchestre de chambre de Paris. Consécration, le chef fut invité régulièrement par les Berliner Philharmoniker et les Wiener Philharmoniker.  Le maestro avait annoncé, en novembre 2021, prendre sa retraite. 

Sir Roger Norrington, s'inscrit parmi les pionniers pour aborder le répertoire classique sur instruments d’époque et selon une démarche historiquement informée, il fut l’un des tout premiers à élargir les explorations aux grandes oeuvres du répertoire du XIXe siècle, que ce soit Berlioz, Brahms, Schumann, Wagner, Bruckner ou Smetana…Aujourd’hui, une telle démarche est devenue la norme et on ne compte plus les expériences sur instruments d’époque y compris jusqu’aux symphonies de Mahler et Bruckner. Cependant, dans les années 1980/1990, une telle démarche était inusitée et provoqua de très nombreux sarcasmes moqueurs accompagnés d’un profond mépris. Comment un Britannique, aux airs de savant universitaire égaré, pouvait oser désacraliser des interprétations mythiques et des conceptions interprétatives enracinées ?  Les albums enregistrés par le chef et son orchestre, pour Virgin oui EMI, dans Brahms, Bruckner, Wagner ou Smetana, se faisaient régulièrement étriller dans le monde francophone.  Quand le festival Printemps de Prague, invita, en 1997, le chef et ses London Classical Players et Sir Roger Norrington à interpréter Ma Patrie de Smetana, ce fut vu par beaucoup de commentateurs comme une provocation. 

Vous avez dit bizarre ?

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L’histoire de la musique est truffée de mystères ou d’événements survenus dans des circonstances pour le moins inhabituelles. Certains ont été résolus ou expliqués, d’autres seraient aujourd’hui qualifiés de fake news, et une troisième catégorie baigne toujours dans une brume mystérieuse.

La mort des musiciens, d’abord. Oublions la légende de la mort de Mozart qui aurait été tué par Salieri, dans un acte de jalousie. Mais qui a assassiné Jean-Marie Leclair en 1764 ? Son jardinier ? Sa femme ? Son neveu ? Ou s’agit-il d’un crime crapuleux : il venait de s’installer dans une banlieue peu recommandable, au-delà de la Porte du Temple. Des preuves accusaient le neveu, mais il ne fut jamais inquiété. 

Stradella. Encore une mort violente, à Gênes en 1682. Le personnage n’était pas très recommandable, auteur notamment de détournement de fonds, des fonds de l’Église qui mieux est. Grand séducteur, il avait dû fuir de ville en ville pour échapper aux maris trompés. Était-ce le même commanditaire qui avait déjà cherché à lui régler son compte peu auparavant à Venise ? Un noble dont il avait enlevé la maîtresse. Selon une autre hypothèse, il aurait séduit à Gênes la sœur de notables locaux qui auraient commandité sa mort pour sauver l’honneur de la famille. La vie de Stradella est si riche qu’elle a donné lieu à plusieurs opéras, notamment celui de Flotow (encore représenté de nos jours) et celui de Niedermeyer (totalement oublié).

Autre compositeur dont la mort a été à l’origine d’une fake news plus politique que musicale : Domenico Cimarosa. Venise, 1801, une mort subite que la rumeur publique attribua à la reine Marie-Caroline de Naples (sœur de Marie-Antoinette) : elle aurait voulu faire taire ce musicien très populaire dont les prises de position pro-républicaines trouvaient un écho un peu trop favorable dans la population. Rumeur colportée, entre autres, par Stendhal dans sa Vie de Rossini. Pour y mettre fin, on fit appel à une autorité médicale, un certain Piccioli, médecin personnel du pape, qui conclut (sous serment) à une tumeur abdominale gangréneuse. Affaire classée.

En ce qui concerne Tchaïkovski, l’affaire n’est toujours pas classée. Choléra ou suicide imposé par un tribunal d’honneur après la découverte d’une relation homosexuelle avec le neveu d’un aristocrate russe ? Les partisans de chaque hypothèse avancent preuves et arguments depuis plus d’un siècle sans être vraiment convaincants. 

Un doute plane également sur la mort de Chausson, la version officielle de l’accident de bicyclette étant contestée par les tenants d’un suicide en pleine dépression nerveuse, suicide qu’aurait caché la famille pour respecter les convenances. Là encore, faute de preuve…

En revanche, pas de mystère pour Alkan, une mort insolite : il avait reçu sur la tête sa bibliothèque qu’il avait fait basculer en cherchant à attraper un exemplaire du Talmud sur la planche supérieure. Mort d’une overdose de lecture !

Le Festival de Namur 2025

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Les amateurs d’art, et tout particulièrement les amoureux de la musique, sont incontestablement de grands curieux. La découverte de nouveaux horizons, d’œuvres inédites, d’interprètes qui renouvellent leur écoute sont en quelque sorte leur pain quotidien, leur précieux adjuvant. C’est sous cet angle qu’il faut aborder la thématique 2025 du Festival musical de Namur.

Car en effet, on peut être curieux des talents émergents qui vont irriguer le monde du concert pour de nombreuses années, en ayant au passage la satisfaction de compter parmi ceux qui les premiers ont goûté ces nouvelles saveurs et pressenti un avenir radieux. Cela va, cette année, du quatuor vocal « Les 4 sens », lauréat du concours « Génération classique » des Festivals de Wallonie (le 8 juillet) jusqu’aux futurs lauréats de l’incontournable concours Reine Élisabeth, dont les patronymes sont inconnus au moment où ces lignes sont écrites (le 28 juin), en passant par la jeune et brillante distribution vocale du Cosi fan Tutte de Mozart qui vous est proposé en version scénique (le 10 juillet).

On peut être curieux de laisser certains artistes illustrer leur parcours et leurs passions de manière plus personnelle, en tant qu’artistes associés des Festivals de Wallonie, par le biais de programmes qui sont autant de cartes blanches. Il en sera ainsi cette année pour François Joubert-Caillet, un habitué de notre festival, invité à créer un tout nouveau programme en compagnie de la soprano Céline Scheen (O Villanella – le 2 juillet) mais aussi à explorer un répertoire davantage tourné vers les musiques du monde (Senhora del Mundo – le 4 juillet). Il en sera de même avec Cindy Castillo, brillante titulaire des orgues récemment restaurées de l’église Saint-Loup, que l’on retrouvera « dans son élément » à travers un récital Bach au menu original (le 9 juillet), mais également au Grand Manège et en compagnie de Thomas van Haeperen et Sturm und Klang autour d’un réjouissant programme de concertos pour orgue (le 5 juillet).

On peut ensuite être curieux de découvrir du répertoire, du rare et de l’inédit. Plusieurs de nos concerts répondent à ce critère: l’opéra Médée & Jason de François-Joseph Salomon permet ainsi au Chœur de Chambre de Namur de poursuivre son parcours d’explorateur des trésors oubliés du baroque français, en compagnie de Reinoud van Mechelen et d’a nocte temporis (le 12 juillet). Certains des membres du chœur seront également associés à la redécouverte des œuvres sacrées du compositeur baroque allemand David Pohle (le 29 juin), tandis que Stéphane Orlando et l’Ensemble Ataneres nous proposeront une rencontre passionnante par l’image et par la musique avec les premiers films de Charlie Chaplin à Hollywood (le 1er juillet).

Les finalistes des ICMA 2025

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Au terme de trois tours, le jury des International Classical Music Awards (ICMA) a choisi les parutions phonographiques et vidéograhiques en compétition pour le tour final 2025.

La liste initiale, qui comptait 374 nominations, a été réduite à trois œuvres par catégorie. Le lauréat sera choisi parmi ces trois finalistes. Les noms des lauréats, qui recevront leur trophée à la Tonhalle de Düsseldorf le 19 mars 2025, seront publiés le 14 janvier 2025.