Non classé

Streamings et podcasts de la semaine : Liège et Lille

par

Cette semaine débute à Liège avec l'Opéra Royal de Liège qui vous permet encore de visionner un concert 100%  Mozart sous la baguette de Christophe Rousset. Au programme, des airs de concert avec le ténor Cyrille Dubois et le baryton Léon Košavić et les Symphonies n°31 et n°35. C’est à voir jusqu’au 20 juin sur le site de l’Opéra Royal de Liège. Dès le 20 juin, vous pouvez également visionner un concert consacré aux Valses de Johann Strauss père et fils sous la direction de notre cher Ayrton Desimpelaere avec la soprano Louise Foor. Ce récit-concert est narré par Alain Duault. Rendez-vous sur : https://streaming.operaliege.be/

 Cette semaine, on vous recommande d'écouter la superbe série de Podcasts initiés par l'Orchestre Les Siècles de François-Xavier Roth par rapport à la production de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy que vous pouvez voir sur le portail Opera Vision. Une série de 4 podcasts est en ligne avec le regard du metteur en scène, des chanteurs, du chef de chant et du chef d'orchestre. 

Les deux autres podcasts sont en ligne sur le site de l'orchestre Les Siècles

Dans les salons de Violetta :  une Traviata intime dans un palazzo parisien

par

Nous entrons par la grille d’un hôtel particulier donnant sur la place Saint-Georges à Paris. L’action de La Traviata semble avoir déjà commencé dans ce décor immersif mais aujourd’hui, nous aussi, nous faisons partie du spectacle. Des chanteurs chauffent leurs voix tandis que le public attend patiemment dans le hall tout en profitant des œuvres d’art qui ornent les salons du XIXe siècle. Dans cette réception réservée à trente convives, la richesse d’art et d’histoire du patrimoine qui nous entoure est remarquablement mise en valeur pour traduire au mieux cette expérience confidentielle de La Traviata.

Paris accueille cette semaine un concept bientôt pérenne, venu tout droit de Venise. Il investit à cette occasion la Fondation Dosne-Thiers (Paris 9e). Son innovation ? Proposer une expérience purement immersive, célébrant la tradition des salons artistiques. Comme si nous étions les invités de Violetta dans sa demeure parisienne, le public est littéralement encouragé à suivre le déroulement de l’action, livret à la main, de pièce en pièce du palais. 

Néanmoins, contrairement à l’escape game, le rôle du public est moins net, même s’il est partie intégrante de la production. Ainsi, les spectateurs arrivant ici avec les codes bien ancrés de l’opéra se retrouvent rapidement pris au dépourvu. Comment faire mourir Violetta à côté de toutes ces personnes extérieures réunies ? 

Une semaine en streaming : Cologne et Berlin

par

La première vidéo que nous vous recommandons est un hommage à Stravinsky avec le Gürzenich Orchester de Cologne et François-Xavier Roth. Pour marquer les 50 ans du décès du musicien, la phalange de Cologne a souhaité mettre à l’honneur différentes oeuvres moins connues du compositeur : le Capriccio pour piano et orchestre (avec Jean-Efflam Bavouzet) ou le Divertimento tiré du Baiser de la Fée. Lors de cette soirée, on pouvait également retrouver l’interprétation phénoménale du Concerto pour violon (avec Vilde Frang et Fabien Gabel) et rien moins que le Directeur du légendaire Musée Ludwig de Cologne pour parler du lien entre le compositeur et les arts. 

On reste en Allemagne avec un Stabat Mater de Pergolèse depuis le Konzerthaus de Berlin avec Philippe Jaroussky (artiste en résidence au Konzerthaus de Berlin) et Anna Prohaska.

Streaming de la semaine : Londres et Cologne

par

Première étape à Londres avec un superbe concert chambriste du quatuor Doric au Wigmore Hall de Londres. Le programme est classique mais de toute beauté :  Wolfgang Amadeus Mozart : Quatuor n°23  'Prussien' et  Ludwig van Beethoven : Quatuor n°1 "Razumovsky".

On passe les frontières pour se poser à Cologne avec le prodige Lahav Shani au pupitre de l'orchestre du Gürzenich de Cologne dans un programme des plus sympathiques : Tzvi Avni  : Prayer pour codes ;  Felix Mendelssohn :  Concerto pour violon et orchestre avec Arabella Steinbacher et Kurt Weill :  la rare Symphonie n°2. 

 

Les quatre ailes de Marie Trautmann-Jaëll (III)

par

Troisième et dernière partie du dossier Marie Jaëll par Anne-Marie Polome : Marie Jaëll, maillon d’une longue chaîne musicale pianistique

Le 20 novembre 1916, Marie Jaëll écrit à son élève Catherine Pozzi (1882-1934) : Mon œuvre est terminée, elle se termine dans un rayonnement prodigieux que vous connaîtrez un jour ou l’autre. Ce rayonnement dépasse grandement notre beau rêve ! Il faut maintenant songer à la propagation.

Transmise de professeur à élève, sa méthode se répand et elle est parfois associée à l’approche pédagogique de Maria Montessori (1870-1952) qui se base sur la connaissance du développement psychologique de l’enfant et le respect de ses lois.

Marie Jaëll est un professeur très exigeant, une lettre de Catherine Pozzi en témoigne : Elle parle doucement, comme tous ceux qui ont le respect de ce qu’ils disent, mais quand on joue du piano devant elle et que c’est mal, elle se met à crier, d’une force étonnante et avec ses mains sur les vôtres, partout à la fois, les tirant, les torturant, pour leur imprimer l’adaptation juste et, le tonnerre de sa bouche commandant à toutes vos facultés ensemble, c’est une pythie redoutable et puissante, inspirée de Dieu.

Compositrices du XXe siècle : Maria Giacchino-Cusenza

par

Pendant des siècles, les compositeurs italiens ont ébloui le monde. Certains venaient de SicileLa renommée musicale de l’île est surtout liée aux hommes : Vincenzo Amato, Alessandro Scarlatti, Vincenzo Bellini…

Alessandro Scarlatti (Palerme, 1660 - Naples, 1725), compositeur de musique baroque, religieuse et d’opéras (65) est l’un des premiers grands musiciens classiques. Il est le neveu de Vincenzo Amato (Ciminna 1629 - Palerme 1670), un prêtre compositeur qui a été Maître de Chapelle de la Cathédrale de Palerme. 

Vincenzo Bellini (Catane, 1801 - Puteaux (F), 1835), musicien de la période romantique, un des plus grands mélodistes lyriques dont l’opéra La Norma, a conquis le monde. L’Opéra de Catane, le Teatro Massimo Vincenzo Bellini lui fait honneur, ce qu’a fait aussi le Conservatorio di Musica « V. Bellini » di Palermo jusqu’à ce que, le 10 août 2018, avec l’approbation du Ministero del Nuovo Statuto, il change de nom pour s’appeler désormais Conservatorio di Musica « Alessandro Scarlatti » di Palermo

Dès le début du XXe siècle, trois sœurs, nées dans une famille de musiciens siciliens, se sont hissées parmi les musiciennes les plus douées de leur époque. Il s’agit de Maria Giacchino-Cusenza et de ses sœurs Maria Antonietta Giacchino-Arcidiacono et Livia Giacchino-Paunita. L’aînée, Maria, a été une compositrice de renom.

Délicatesse et subtilité : Beethoven par François-Xavier Roth à Tourcoing

par

François-Xavier Roth dirige Les Siècle -sur instruments anciens- ainsi que l’Ensemble Aedes et le Choeur Régional Hauts de France pour une interprétation délicate et subtile des 8e et 9e Symphonies de Beethoven. Douze années séparent l’écriture des deux symphonies. La Huitième, initiée en 1811, est terminée en 1812 dans la ville d’eaux de Teplitz en Bohème. Le caractère tout à fait souriant et vif de cette oeuvre, très classique dans sa durée et ses proportions, n’avait pourtant pas séduit le public viennois en 1814. Longtemps affublée du titre peu glorieux de « petite symphonie », elle est révélée par François-Xavier Roth et ses musiciens de manière tout à fait exceptionnelle. D’une main précise et élégante, une gestuelle dansante et totale, François-Xavier Roth offre au public une pièce toute au dialogue entre passé et présent, rusticité et raffinement. L’interprétation sur instruments à cordes en boyaux, archets et vents classiques, accordés à 430 Hzn, révèle la subtilité d’une pièce dont les magnifiques pianissimos de cordes de l’allegro vivace e con brio, réveillés par un allegretto scherzando sautillant, opèrent un retour à Haydn et Mozart avec un Menuet (Tempo di Menuetto) au rythme rustique, avant de s’épanouir en un Finale Allegro Vivace parfait.

Mozart malgré tout : Cosi fan tutte à La Monnaie

par

Le duo de metteurs en scène Clarac-Deloeuil a donc fait un pari : considérer les trois opéras de Mozart-Da Ponte (Le Nozze di Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte) comme « une seule et même histoire en trois épisodes », se déroulant dans un décor unique. Une immense bâtisse à plusieurs étages, façades ouvertes, et tournant (ce qu’elle avait refusé de faire la semaine dernière à l’occasion des Nozze) pour qu’apparaissent les différents lieux, situations et contrepoints de l’action. Ils ont inventé des liens de parenté entre les personnages : le Comte Almaviva est le frère de Don Giovanni, Cherubino le fils de Don Giovanni et de Dona Elvira… Ils ont actualisé les professions : Fiordiligi et Dorabella devenues Youtubeuses, Don Giovanni tenancier d’un club privé, Masetto tatoueur… Mais surtout, ils ont souhaité que tout cela soit très significatif quant au féminisme et aux genres. Pourquoi pas. Mais pour quel résultat ?

Un vrai bonheur est celui des voix, celui de l’orchestre. Une des retombées positives de leur initiative est en effet que, en un temps ramassé, nous découvrons les mêmes chanteurs dans des rôles mozartiens différents. C’est ainsi que Björn Bürger est Almaviva et Don Giovanni, Simona Saturova la Comtesse et Dona Anna. Dans Cosi, tous s’imposent, dans une caractérisation vocale bienvenue de leurs rôles qu’ils investissent aussi de l’énergie de leur jeu scénique : Ginger Costa-Jackson-Dorabella, Iurii Samoilov-Guglielmo, Juan Francisco Gatell-Ferrando, Caterina Di Tonno-Despina, Riccardo Novaro-Don Alfonso, et particulièrement Lenneke Ruiten-Fiordiligi. Quant à Antonello Manacorda, il dirige toute cette histoire de dupes dans un tempo aussi soutenu que nuancé. La musique est en fête.

A la Bastille, on l’aime bien Manon

par

Inspiré par l’aventure d’une petite provinciale vénale sauvée par l’amour au XVIIIe siècle, l’opéra de Massenet est immédiatement apparu comme une œuvre inclassable. Énigme d’une musique aussi subtile et paradoxale que Manon elle-même. Or, l’action se situe en 1721, une soixantaine d’années avant la Révolution et la Terreur. « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1780, n’a pas connu le plaisir de vivre. » s’écriait Talleyrand.
C’est précisément cet hédonisme insouciant qui constitue la personne de Manon, la rend irrésistible, insaisissable et innocente. Musicalement, le compositeur a su miraculeusement exprimer la puissance d’un tel charme et la tristesse de sa perte. Réminiscences, rêves, brutalité du réel, ruptures entre le parlé-le chanté, orchestre-paysage de l’inconscient des protagonistes, tout contribue à cette sorte de jouissance-souffrance, de saveur douce-amère propre à ce qui fut et ne sera jamais plus. C’est la raison pour laquelle Manon, opéra comique comme La Dame Blanche, La Fille du Régiment, Carmen ou Le Postillon de Longjumeau, se place hors catégorie dès sa création en 1884.

Le metteur en scène Vincent Huguet propulse l’intrigue dans le tourbillon d’« Années Folles » (d’ailleurs plutôt sages) et identifie Manon à Joséphine Baker (beaucoup plus habillée tout de même), revenant ainsi aux conventions de l’« opéra comique » ; de celles qui firent les beaux jours de la « bonbonnière » Favart, lieu de prédilection de la bourgeoisie parvenue pour les présentations de mariage ... A l’écart des fastes du grand-opéra comme de la noirceur épurée à l’os (telle la récente mise en scène d’Olivier Py) sa relecture se révèle assez inoffensive (La vénale Nana d’Emile Zola n’est pourtant pas loin). Seule incongruité : l’histoire de cette petite fille de seize ans qui « aimait trop le plaisir » telle que l’avaient imaginée Massenet, ses librettistes et le public de 1884 n’a vraiment rien à voir avec l’émancipation féministe.