Intemporels

Les dossiers.
Les graines de curieux : les découvertes un peu piquantes de la musique.
Musiques en pistes : pour une écoute active de la musique. Analyse et exemples sur partitions et écoutes d’extraits.
Focus : un événement particulier dans la vie musicale

Les âges de la voix

par Claire Aubry

En nous rappelant que le larynx est un organe génital, les scientifiques attirent notre attention sur le lien tout à fait privilégié qui existe entre l'appareil phonatoire et le système hormonal. Si la puberté va déterminer le temps de croissance du larynx en enclenchant une mue bien évidemment moins prononcée chez la femme que chez l'homme, on ne peut nier également une dépendance de la voix par rapport au tonus hormonal au cours de la vie entière et comprendre du même fait les modifications profondes qui peuvent se refléter dans la qualité vocale à certains moments-clé de l'existence. Par une meilleure connaissance des éléments influant leurs caractéristiques vocales, les chanteurs, sans pour autant se libérer de l'appréhension bien compréhensible d'une perte relative de virtuosité et de leur aigu, tentent de plus en plus de réajuster leurs répertoires au fil de leur carrière en fonction des capacités de leur maturité. Une manière de suivre le bel exemple de Magda Olivero, une des plus grandes actrices lyriques de notre siècle, qui après 50 ans de carrière effective sur scène, chantait toujours à 80 ans.
Claire Aubry

L'Italie et ses Madrigalistes

Florilège de propos

La poésie doit reposer dans les bras du chanteur telle une fiancée: légère, heureuse et consentante; le chant qui naît alors semble venir des régions célestes (Robert Schumann).

Je chante parce que l’orage n’est pas assez fort pour couvrir mon chant et que quoi que demain l’on fasse, on pourra m’ôter cette vie, mais on n’éteindra pas mon chant (Louis Aragon)

Dans le chant le plus naïf, pour peu qu’il soit chanté d’une voix pure et naturelle, il peut se rencontrer telle note si exacte, si bien placée, si éloquente, qu’elle semble contenir toute la vérité de l’homme et toute l’harmonie de l’univers (Jean Guéhenno)

Sache donc cette triste et rassurante chose
Que nul, Coq du matin ou Rossignol du soir,
N’a tout à fait le chant qu’il rêverait d’avoir !
(Edmond Rostand)

Toute la société est pleine d’avares fastueux. On loue une première loge à l’Opéra et l’on emprunte le livret (Diderot)

Jamais une voix d’un timbre parfaitement inaltérable ne pourra atteindre à ces sons voilés et en quelque sorte suffoqués qui peignent avec tant de force et de vérité certains moments d’agitation profonde et d’angoisse passionnée (Stendhal).

Outre une voix saine et robuste, Strauss demande une tessiture particulière: il n’y a qu’à regarder n’importe quel rôle, d’Ariane à Chrysothemis « ... ». Il faut non seulement avoir un ré facile mais aucun problème du fa dièse au ré, ou du moins au ré bémol. Si cette partie de la voix demande un effort, non seulement on ne sera jamais bon dans ce répertoire mais on sera tout le temps en train de trembler (Léonie Rysanek).

Le plus souvent, les chanteurs entrent en scène en descendant de l’avion. Ils enregistrent un disque à Vienne en assurant une série de représentations à Londres. Il n’y a rien de pire pour la voix ! Jenny Lind, Adelina Patti, effectuaient de grandes tournées qui les conduisaient à chanter chaque soir dans une ville différente. Mais elles possédaient leur train privé ! Elles n’étaient pas forcées de faire leurs bagages, de chercher un taxi pour l’aéroport, de s’entasser dans une salle d’attente enfumée, de subir les changements de pression à l’intérieur de l’avion... et du climat à l’arrivée ! Aujourd’hui, les voix deviennent fragiles et des espoirs s’essoufflent en l’espace de deux ou trois ans (John Sutherland dans Opéra International n°128).

Puisque tu sais chanter, ami, tu sais pleurer (Alfred de Musset)

Ce n’est pas de l’art qui nous tombe du ciel avec un chant d’oiseau, mais la plus simple modulation correctement conduite est déjà de l’art, sans conteste possible (Igor Stravinski)

Dans tout pays, le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs (Chateaubriand)

(...) si la déclamation est déjà un début de la narration au théâtre, le chant, qui est un abus de la déclamation, n’est donc, comme on voit, que l’abus de l’abus (Beaumarchais)

Maria Callas, la Voix Totale

Il semblerait incroyable de ne point consacrer une ligne à La Callas lorsqu'on se consacre à la voix! Au-delà des mille visages déjà surpris au détour d'une interprétation, au-delà des mille autres à découvrir à chaque fois, La Callas nous entraîne immanquablement par immersion complète, dans l'univers de la vocalité. Couronnée du titre de Voix totale tant son registre, ses couleurs, son expressivité lui assuraient un libre accès à tous les répertoires, à tous les rôles, la cantatrice a brillé par sa polyvalence du son, polyvalence du mot.

Rappelant le phénomène de la soprano assoluta, soprano qui fit fortune à l'époque romantique et dont la voix absolue alliait le grave puissant et généreux de notre contralto actuel avec l'éclat et la brillance d'un soprano tel que nous l'entendons aujourd'hui. Soprano assoluta qui enclenchera le désir de monter le registre vers l'aigu et développera cette tension électrique des foules. Si les premiers contre-ut déjà entendus avec Haendel ou au fil des opéras de Keiser se voient dépassés quelques années plus tard par le contre-sol de Popoli di Tessaglia de Mozart, cette brusque première montée n'en est pas moins arrêtée net par le rééquilibrage rossinien dès le début du XIXe siècle. En conjuguant dans sa palette vocale unique, la conviction de ses héroïnes, la puissance de leur passion, la souplesse et la brillance d'un tempérament virtuose, La Callas nous offre en une voix, les couleurs variées de notre histoire du chant. Une voix totale pour embrasser des siècles de musique.
Claire Aubry

... à travers ses propos:

Quand je me dis: « Mon Dieu, je vais chanter ce soir, qu’est-ce qu’ils veulent de moi? Comment puis-je faire de mon mieux, mieux qu’hier et toujours mieux? », c’est un coup de fouet terrible. Je ne peux pas y échapper.

Vocalement, il y a des chanteuses qui font mieux que moi. Mais je donne au public quelque chose de différent, et il en est conscient. Je ne me contente pas de chanter mes rôles. Je les joue comme je les sens. Sur scène, il faut se laisser aller à l’émotion, oublier ce qu’on a préparé.

Il n’y a pas que l’exhibition vocale qui compte. A partir du moment où vous acceptez de monter sur scène, vous acceptez de tout exhiber, la voix, mais aussi le corps.

Si le public s’est attaché à moi, c’est parce que je lui ai offert la vérité, la mienne et la sienne. Les gens ne sont pas dupes. 

Maintenant j’ai peur. Le public m’a donné une situation splendide, unique au monde. Mais cela vous laisse très seule. Parce que la chute peut être tellement dure. La gloire elle-même fait peur, parce que l’on comprend que ce n’est pas naturel.

Je pense souvent à la mort, mais je n’en ai pas peur. Pourvu que je ne souffre pas. De quoi aurais-je peur ? La gloire ? Je ne lui fais pas confiance. Quand je mourrai, je pousserai un soupir de soulagement en me disant: « j’ai bien fait mon travail. J’ai été et je resterai la Callas.

Rencontre : José Van Dam

Concours Reine Elisabeth Chant 2018

par

Chers Amis Lecteurs,
Rendez-vous dès ce soir pour les commentaires de la première épreuve du Concours Reine Elisabeth qui débute cet après-midi.
Après chaque séance, l'équipe de Crescendo vous fera évidemment partager ces moments.

La saison de l'Opéra Royal de Wallonie

par
Stefano Mazzonie

Stefano Mazzonis

A l'instar du Théâtre Royal de La Monnaie, la scène liégeoise vient de révéler sa saison nouvelle, fort séduisante. Entouré de Speranza Scapucci, cheffe principale attitrée, puis de Patrick Davin, premier chef invité, Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur général et artistique de l'Opéra Royal de Wallonie, a présenté la saison 2018-2019 à la presse le matin, puis au public, pour la première fois en direct, le soir à la télévision, et ce sur scène, dans les décors de La Donna del lago, opéra dont la nouvelle production sera créée ce 5 mai.

Musiques en Pistes : Shéhérazade op. 35 de Rimsky-Korsakov

par

Nikolaï Rimsky-Korsakov et les Ecoles Nationales

S'il n'est certainement pas de bon ton de parler aujourd'hui de "Nationalisme", c'est pourtant bien de cela qu'il s'est agi dans les milieux musicaux au milieu du XIXe siècle, ce grand siècle du romantisme tout au long duquel s'était affirmé le "Je" de l'artiste confrontant aujourd'hui sa création à lui-même et non plus au plaisir du prince ou de l'église.

La Monnaie : Saison 2018-2019

par

Comme chaque année, Peter de Caluwe, directeur général - intendant du Théâtre Royal de La Monnaie, a tenu sa conférence de presse au grand foyer. Avec émotion et enthousiasme, il a rappelé qu'il en était à sa douzième saison. Celle-ci sera placée sous le signe de la synthèse. Toujours amateur de philosophie, de Caluwe a cité le Beau, le Bon, et le Vrai (Platon), et le roman Le Jeu des perles de verre d'Hermann Hesse, pour relier les productions à venir, l'une avec l'autre. Dans cette même idée, les interprètes qui défileront à Bruxelles cette année seront presque tous des fidèles de La Monnaie.

Les Festivals de Wallonie : découvertes, ouvertures, souplesse,

par

Pour sa deuxième saison à la direction des Festivals de Wallonie, Isabelle Bodson renforce  l'image et la mission des Festivals : ouverture à des publics variés et multiples, ouverture aux jeunes musiciens et aux jeunes compositeurs, ouverture à d'autres lieux de concerts, insolites parfois, souplesse dans la gestion de la thématique au sein des différentes branches du festival.