Harpe et violoncelle à l’honneur d’un délicat récital consacré au rare Jean Baur

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Jean Baur (1719-c1773) : Sonates pour violoncelle Op. 1 no 3 & 4, Op. 2 no 2. Sonate pour harpe et pianoforte en si bémol majeur Op. 8 no 3. Sonate pour deux violons no 1 en fa majeur [transcription]. Sonate pour harpe no 6 en ut majeur. Accademia de’ Dissonanti. Elinor Frey, violoncelle. Antoine Malette-Chénier, harpe. Mélisande McNabney, clavecin, pianoforte. Octavie Dostaler-Lalonde, violoncelle. Livret en anglais, français, allemand. Octobre 2022. TT 72’08 . Passacaille PAS 1123

Ce disque nous intéresse à un musicien d'origine mosellane qui gagna Paris vers 1745. Certaines ombres entourent la biographie de Jean Baur, notamment savoir de quels instruments il joua avant que son nom ne fût associé à la vogue de la harpe, encouragée par l’exemple de Marie-Antoinette -on estime que la capitale en comptait une soixantaine de professeurs vers 1784, selon les chroniques de l’époque. Son fils Barthélémy et son petit-fils Charles Alexis perpétuèrent la vocation et furent également reconnus comme harpistes, ainsi que sa fille Marie-Marguerite, qui épousa le célèbre chimiste Claude-Louis Berthollet. On lui connaît principalement une douzaine de recueils de musique de chambre, diffusés entre 1763 et 1773 (l'année où on perd sa trace) et peut-être même publiés dès la décennie 1750, ce qui confirmerait sa précoce reconnaissance auprès du public mélomane, fût-il d’amateurs éclairés.

Le programme inclut trois sonates pour violoncelle des opus 1 et 2, ainsi qu'une autre pour deux violons ici abaissée à l'octave sur deux violoncelles piccolo. On appréciera avec surprise l’étrange et tortueux profil mélodico-rythmique du premier Allegro de la sonate en sol mineur, et l'on se délectera des sons harmoniques dans le scintillant et émouvant Adagio amoroso de « La Dupleïx », évidente dédicace au gouverneur de l'Inde française alors à son apogée. La harpe est à l'honneur dans une sonate en ut majeur qu'Antoine Malette-Chénier interprète sur un modèle parisien à pédales et simple mouvement de la fin du XVIIIe siècle, sorti des ateliers de Jean-Henri Naderman, puis dans une sonate de l'opus 8 ou les cordes dialoguent avec le pianoforte. On déguste en gourmet les savoureuses et subtiles alliances de timbres qui s'exhalent des cordes pincées et délicatement frappées.

Hormis un 45 tours par France Vernillat & Marcelle Charbonnier (Vogue), et un vinyle de six sonates par Marielle Nordmann & Brigitte Haudebourg (Arion, en partie réédité sur un CD « Concert au salon de Madame Récamier »), on ne peut pas dire que ces œuvres furent abondamment courtisées par la discographie. Même les pages avec violoncelle restent plutôt dédaignées. On est donc reconnaissant à Elinor Frey et son Accademia québécoise de nous offrir ce plein album, capté outre-Atlantique au Domaine Forget, et interprété avec goût et soin. Une originale et recommandable découverte d’un pan du répertoire galant qui se jouait dans les salons bourgeois sous Louis XV.

Christophe Steyne

Son : 9 – Livret : 9 – Répertoire : 8,5 – Interprétation : 10

Tags : Elinor Frey – Antoine Malette-Chénier – Mélisande McNabney – Octavie Dostaler-Lalonde

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