Itzhak Perlman, portrait intime

par click here

Itzhak. Un documentaire d’Alison Chernick. 2020. Pas de livret. Commentaires en anglais, sous-titrages en néerlandais. 82.00. DVD Pink Moon PM2011.

« Le violon, réplique de l’âme ». Cette belle définition émane de Toby, épouse depuis plus de cinquante ans du célèbre violoniste israélien et américain Itzhak Perlman, né en 1945 à Tel-Aviv, victime de la poliomyélite à l’âge de quatre ans et privé de l’usage de ses jambes, ce qui ne l’a pas empêché de dévorer la vie avec un enthousiasme et une volonté qui sont des exemples de courage et de force d’âme, ni de devenir une légende de son instrument. Il existe une dizaine de DVD qui permettent d’entrer en connivence avec cet archet impérial, en soliste ou en récital, et parmi eux, un film passionnant de Christopher Nupen, sorti en 2008, auquel on doit également de remarquables approches consacrées à Kissin, Ashkenazy ou Trifonov, mais aussi à Sibelius ou Tchaïkowsky. A ces parutions antérieures sur Perlman, vient s’ajouter une production de 2017 qui est l’oeuvre d’Alison Chernick, scénariste et réalisatrice new-yorkaise ; ce DVD a reçu plusieurs récompenses et a été nominé pour un Grammy Award 2019 dans la série « Meilleure musique de film ». 

Ce nouveau portrait de Perlman fait entrer le spectateur dans l’univers intime du virtuose ; son titre le suggère déjà, en utilisant son prénom pour le rendre tout à fait présent. Mais présent, Perlman l’est de façon intense, à chaque instant, qu’il soit en famille, dans de longues séquences de souvenirs avec son épouse Toby dont on sent l’importance affective et concrète qu’elle a eue dans sa carrière, dans sa cuisine, occupé à préparer un repas, en répétition ou à table avec ses amis Evgeny Kissin ou Mischa Maïsky, en pleine rue face aux difficultés causées par la neige lors des déplacements de sa voiturette, chez des luthiers, en préparation de concert ou sur scène, en discussion et en duo avec Martha Argerich, en train d’enseigner, dans des cérémonies officielles ou jouant l’hymne américain sur son violon dans un immense stade de football où un écran géant démultiplie son image. Et même dans une séquence avec Billy Joël, champion de la pop-music ! C’est un peu le miracle d’un dépassement du destin que ce musicien charismatique transmet comme une leçon, avec modestie, humour et générosité.

On suit, à travers de courtes séquences, le parcours de Perlman, depuis l’arrivée de ses parents en Israël après avoir quitté la Pologne, son apprentissage à l’Académie de musique de Tel-Aviv, son départ vers l’âge de dix ans pour les Etats-Unis et la Juilliard School, les difficultés de sa vie quotidienne dues à son handicap, ses débuts au Carnegie Hall en 1963 et les différentes étapes qui ont suivi. Le film nous entraîne de Tel-Aviv à New-York ou à Paris, avec des anecdotes et de nombreux rappels de moments importants, sans négliger des réflexions sur l’identité juive. Au fil du discours dont le couple Itzhak-Toby, chaleureux et irrésistible, est la constante explicative, on reçoit la confirmation d’une personnalité profonde, pleine de chaleur humaine, aimant la vie et se donnant corps et âme dans tout ce qu’elle entreprend. On a droit bien entendu à des images d’archives qui remontent jusqu’à l’enfance, à maintes évocations personnelles et à des extraits musicaux, que l’on regrette d’être aussi courts.

 

On considérera peut-être que ce documentaire un peu léché est parfois dispersé et que sa structure même est trop fragmentée. On aimerait pouvoir s’attarder sur certains aspects évoqués de manière suggestive et aller plus loin dans les séquences musicales. Des sous-titres en français auraient par ailleurs été les bienvenus. Mais le propos, c’est l’homme et l’artiste dans l’intimité, et à ce titre-là, ce film est une émouvante réussite. Il forme un complément de choix au DVD de Christopher Nupen, déjà cité, et l’on pourra, si on le souhaite, approfondir le génial interprète en choisissant, par exemple, deux DVD EMI de 2005, le premier où Perlman joue les concertos de Beethoven et de Brahms avec le Philharmonique de Berlin dirigé par Daniel Barenboim, le second intitulé « Perlman in Russia », qui retrace la tournée à Moscou et à Leningrad, effectuée en 1990 avec le Philharmonique d’Israël sous la baguette de son ami Zubin Mehta.

Note globale : 8

Jean Lacroix

 

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