Né le 23 août 1935 à Martigny, il était un "lion ascendant lion" comme il s'amusait à le préciser sur le site internet de sa fondation. D'aucuns le décrivaient aussi comme séducteur, généreux, convaincant, travailleur, obstiné, sanguin, prétentieux, magicien, mégalo, colérique, pudique.... Quoi qu'il en soit, c'était un homme avec un immense appétit de vivre.
Soigné pour un cancer des os depuis six mois, Léonard Gianadda avait confié à la RTS que son état de forme "se déglinguait assez rapidement" après avoir eu une santé "incroyable" durant 88 ans. "Je suis serein, je brûle la chandelle par les deux bouts et je profite de tout", avait-il ajouté dans l'émission Helvetica.
"Je préfère faire qu'expliquer" était son credo. Et il est vrai que faire, entreprendre, agir, créer des liens, des ponts, faire circuler, était sa marque de fabrique. Ce n'est pas un hasard s'il a doté les ronds-points de Martigny d'une vingtaine d'oeuvres d'art, pour que cela ne s'arrête jamais et que cela tourne toujours.
Il découvre son amour pour l'art lors d'un premier voyage en famille en Italie en 1950. Il a 15 ans. Il s'intéresse ensuite à la photographie et deviendra le premier correspondant reporter-photographe en Valais pour la RTS de l'époque, en 1957. C'est par la photographie qu'il découvre l'archéologie, l'Egypte notamment. Il fera aussi un voyage de quatre mois en VW Coccinelle sur le pourtour de la Méditerranée avec son frère Pierre Gianadda, dont la mort précoce et inattendue en 1976 va donner un coup de dé au destin de Léonard le lion.
Le destin de Léonard Gianadda remonte à son grand-père Battista, un émigré italien venu du Piémont. Comme dans une fable, cet homme arrive à Martigny en 1889, sans rien. Deux générations plus tard, son petit-fils, ingénieur de formation, s'enrichit vite et copieusement en bâtissant des ponts et des blocs d'immeubles qui ont fait grincer les dents de plus d'un.
En 1976, alors que l'entrepreneur souhaite édifier une tour à Martigny, les travaux mettent à jour les vestiges d'un temple gallo-romain. Le permis de construire arrive finalement, mais pour celui qui aime tant l'archéologie, impossible de construire de l'immobilier sur ce terrain. C'est presque au même moment que Pierre, le frère adoré avec qui il partage ce goût de l'archéologie, se tue dans un accident d'avion. Léonard est brisé, mais il se relève et décide de créer une fondation culturelle à la mémoire de son frère.
Inaugurée en 1978, la Fondation Pierre Gianadda est constituée non seulement d'un espace d'exposition temporaire qui accueille également une saison musicale, mais aussi d'un musée gallo-romain et d'un autre dédié à l'automobile. Par la suite, son fondateur ajoutera à l'extérieur un parc à sculptures signées par les plus grands artistes du XXe siècle."