Symphonie « Kaddish » de Leonard Bernstein, 60 ans
La Symphonie no 3 « Kaddish » est une œuvre pour orchestre, chœur mixte, chœur d'enfants, récitant(e) et soprano solo du compositeur américain Leonard Bernstein écrite en 1963 et révisée en 1977. Les paroles sont de Leonard Bernstein et en partie celles du kaddish, prière hébraïque de louange en l'honneur de Dieu.
La symphonie est dédiée « à la bien-aimée mémoire de John F. Kennedy ».
En ces temps de guerre froide où la perspective d'un anéantissement de l'humanité est tangible (crise des missiles de Cuba, 1962), le besoin de foi est un thème qui inspire Bernstein dans ses symphonies Jeremiah et The Age of Anxiety ; le troisième volet Kaddish est, selon son ami le compositeur David Diamond, cette prière de paix que Bernstein veut offrir à tous.
En raison de la nature juive de l'œuvre, Bernstein souhaite que la création ait lieu en Israël et l'Orchestre Symphonique de Boston renonce à ses droits sur la première. Inquiet que la nature controversée du texte puisse heurter, Bernstein prend contact avec l'Orchestre Philharmonique d'Israël et offre de retirer l'œuvre si elle devait causer des problèmes. Le directeur de l'orchestre, Abe Cohen, le rassure : des experts en littérature et en philosophie hébraïque n'ont rien trouvé d'offensant dans le texte, et des précédents similaires ont existé. Les paroles sont alors traduites en hébreu et la symphonie est donnée en première mondiale le 10 décembre 1963 à Tel Aviv, avec l'actrice Hannah Rovina comme récitante et Jennie Tourel comme soprano, dirigés par le compositeur.
En Israël, la presse réserve à la symphonie "un accueil enthousiaste"(à une exception près) en dépit des nombreux obstacles qu'avait rencontré l'exécution. […] Les “blasphèmes supposés” furent reconnus comme faisant partie de la pensée juive par plusieurs critiques, entre autres par un écrivain aussi éminent que Max Brod. »
La première américaine a lieu le 10 janvier 1964 par l’Orchestre Symphonique de Boston sous la direction de Charles Munch avec Jennie Tourel en soprano et Felicia Montealegre, l’épouse de Bernstein, récitant le texte en anglais. La critique américaine est mitigée, certains attaquant Bernstein pour « vulgarité », « clichés » et une musique peu originale. « Contre toute attente, certains auteurs américains prirent ombrage de ces mêmes irrévérences, notamment de ce que l'image du Seigneur fût souillée par une accusation telle que Tin God (croque-mitaine) ». Harold Rogers, le critique du Christian Science Monitor (un des journaux américains de premier plan) est un de ceux qui réagirent favorablement, décrivant le compositeur comme à son meilleur ; le critique du New York World Telegram et du Sun, Louis Biancolli, qui avait presque toujours soutenu Bernstein, écrivait « une gigantesque impulsion d'intégrité palpite à travers elle »; cependant, Alan Ric, du Herald-Tribune suggère que le titre de kaddish pourrait être remplacé par houtzpah (חֻצְפָּה, insolence, audace, impertinence) ; le magazine Time écrit que Bernstein est « le désespoir de l'orgueilleux ».
La version révisée de 1977 est créée le 25 août 1977. Elle est créée en France en 1995 à la salle Pleyel par le Chœur et Orchestre des Grandes Écoles (COGE) dirigé par Michel Podolak, avec Mickael Lonsdale en récitant et Mari Kobayashi en soliste.
L'Orchestre Symphonique de Paris, sous la direction de John Axelrod, l’interprète sur le texte inédit de Samuel Pisar lors du concert de l'UNESCO 2009 à l'occasion de la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste, le 26 janvier 2009.