La troisième étape de l'intégrale Bruckner du Gewandhaus et son chef Andris Nelsons

par

Richard WAGNER
(1813 - 1883)
Le crépuscule des dieux : la marche funèbre de Siegfried
Anton BRUCKNER
(1824 - 1896)
Symphonie n°7 en la majeur, WAB 107 (Edition Robert Haas 1944)
Gewandhausorchester Leipzig, dir.: Andris Nelsons
2018- DDD-76'48"-Textes de présentation en anglais, allemand et français - DG 479 8494

Le chef letton Andris Nelsons poursuit son intégrale des symphonies de Bruckner avec "son" Gewandhaus de Leipzig et le même souci de mettre en parallèle dans chaque enregistrement un passage symphonique de Wagner. Avec la Troisième Symphonie, c'était l'ouverture de Tannhäuser et le prélude de Lohengrin avec la Quatrième ; ici, pour la Septième, c'est la marche funèbre de Siegfried du crépuscule des dieux qui a été choisie. On sait l'admiration sinon la quasi-idolâtrie que Bruckner portait à Wagner. Sa Septième Symphonie en est probablement le témoignage le plus émouvant. Bruckner en commence la composition en 1882, l'année de la création de Parsifal à Bayreuth. Il y assiste et ce sera la dernière fois qu'il aura rencontré Wagner. Il travaille à l'écriture du second mouvement lorsqu'il apprend la mort de son idole à Venise le 13 février 1883. Pour la première fois, il introduira dans ce second mouvement un quatuor de tubas wagnériens (qu'il utilisera encore dans ses deux dernières symphonies). Dans un dernier hommage à Wagner, il compose un poignant choral funèbre aux cors et tubas wagnériens qu'il inclut avant la coda de ce mouvement. Bruckner n'apportera aucune révision à cette symphonie ; il la dédie à Louis II de Bavière, ce roi "de contes de fées" comme on l'appelait, mécène de Wagner.
Les deux enregistrements précédents de Nelsons ont suscité beaucoup de commentaires élogieux et de distinctions et, comme il se doit, quelques rares réticences. Ce troisième CD devrait réconcilier les critiques. Rien que par la comparaison entre les deux marches funèbres, celle de Siegfried sur le Rhin et le deuxième mouvement de la Septième, Nelsons montre combien les styles wagnériens et brucknériens sont différents. Leurs orchestrations sont fondamentalement différentes ; Bruckner est musicien d'église, organiste. Il se retrouve dans un idéal sonore presque baroque, plein de piété et de relation mystique à son Dieu auquel il dédiera sa dernière symphonie. Il n'a pas la sensualité orchestrale de Wagner. Le chef letton l'a bien compris. Il fait sonner merveilleusement les longues phrases brucknériennes, il détaille avec précision les différentes fanfares de vents ; les contrepoints des différentes parties y ressortent subtilement même lorsque tout l'ensemble des pupitres de vents est sollicité. Chaque symphonie de Bruckner possède un climax, clé de voûte de tout l'édifice. Dans cette grandiose Septième Symphonie, il se situe à la fin du second mouvement juste avant le choral que nous avons évoqué ci-dessus. La direction de Nelsons y est d'une totale précision dans ce terrible déchaînement orchestral. L'orchestre est évidemment maître de cette partition qu'il a créée en 1884 sous la direction d'Arthur Nikisch. Avec les successeurs de Nikisch à la tête du Gewandhaus, que ce soient Furtwängler, Masur, Blomstedt et maintenant Nelsons, la grande tradition brucknérienne s'est maintenue. Le livret comporte un beau texte dû à Dorothea Walchshäusl qui cite quelques observations de Nelsons et une iconographie à la gloire de ce dernier, mais où, malheureusement Bruckner est complètement oublié. C'est un CD dont on aurait tort de se passer !
Jean-Marie André

Son 10 – Livret 8 –  Répertoire 10 – Interprétation 10

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