Baroque d’aujourd’hui

par

Amour et Psyché © Gilles Abegg - Opéra de Dijon

« Pygmalion » de Jean-Philippe Rameau et « L’Amour et Psyché » de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville
Robyn Orlin, surtout connue pour ses créations chorégraphiques toujours surprenantes, est la metteure en scène d’un diptyque composé de « Pygmalion » de Jean-Philippe Rameau et de « L’Amour et Psyché » de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville. C’est-à-dire que la contemporanéité la plus interpellante se conjugue avec des œuvres absolument typiques de la moitié du XVIIIe siècle. Le résultat : un baroque d’aujourd’hui ! Dont l’effervescence se manifeste surtout après l’entracte, avec le Mondonville.

En effet, la lecture du « Pygmalion » est plutôt conceptuelle et donc assez vite limitée et attendue dans ses effets, malgré les moyens mis en œuvre. Pygmalion tombe bien éperdument amoureux de la statue qu’il a conçue, au détriment de sa relation avec Céphise. Mais Robyn Orlin préfère mettre l’accent, insister très (trop ?) nettement, sur son narcissisme ; évoquer aussi le jeu mondain que suscite de plus en plus la création artistique. A un point tel que les figures féminines passent à l’arrière-plan et que le plateau se transforme en un vernissage people. Les yeux ne manquent pas d’être sollicités par une immense toile sur laquelle apparaissent des gros plans de séquences tournées en direct sur le plateau, par une scénographie aux apparences d’atelier stylisé, par un groupe de danseurs sud-africains directement issus des chorégraphies habituelles de Robin Orlyn – joli choc culturel bienvenu. Tout cela désacralise, laÏcise le propos, le ramène à nos sociétés individualisto-mercantiles. On reste un peu sur sa faim – quelles que soient les qualités du chant et de l’orchestre, je vais y revenir.
Mais tout explose avec le Mondonville ! La créativité ingénieuse et espiègle est au rendez-vous. Pour nous raconter les terribles machinations de Tisiphone, aux ordres d’une Vénus jalouse, contre la passion qui unit Amour et Psyché, Robin Orlyn mobilise toutes les ressources de la scénographie d’aujourd’hui et l’art décalé de ses danseurs qui doublent chacun des personnages. Tout y passe : images tournées en direct incrustées sur grand écran, images découpées-multipliées, éclairages de tous types (même à la lampe de poche), vêtements extravagants, confusion des genres, choc de la rencontre d’une frêle chanteuse lyrique et d’un plus que majestueux danseur, de la France royale et de l’Afrique du Sud. Mais tout ce charivari est au service de l’œuvre, en multiplie, en superlativise, les composantes – toujours dans une même perspective décalée et désacralisante. C’est jouissif (quoique certains spectateurs de la représentation du dimanche après-midi aient crié leur refus exaspéré à la fin de la représentation) !
Les yeux sont donc joyeusement saturés par le « ballet » ! Mais les oreilles, me direz-vous à juste titre si l’on se souvient que l’on est venu assister à la représentation de deux pièces qui sont aussi musicales. Elles se réjouissent également : Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée savent leur Rameau et leur Mondonville. Ils prouvent que les notes ont leur beau rôle à jouer ! Quant aux solistes « embarqués dans cette aventure » et surjouant leurs rôles comme l’a voulu Robyn Orlin (Reinoud Van Mechelen, Samantha Louis-Jean, Armelle Khourdoïan, Magali Léger et Victor Sicard), ils se font entendre, et magnifiquement.
Stéphane Gilbart
Opéra de Dijon, le 27 mai 2018

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