Le Liverpool Oratorio à Monte-Carlo

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Chaque été, le Prince Albert II de Monaco convie l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) à se produire dans la somptueuse Cour du Palais Princier. Ces concerts, d’une rare élégance, exigent une tenue de soirée, et les places — en nombre limité — s’arrachent rapidement.

En prélude à sa dixième saison et dernière, au titre de Directeur musical et artistique de l’OPMC, le chef japonais a choisi de diriger une œuvre ambitieuse et peu connue du grand public : le Liverpool Oratorio de Paul McCartney. Un concert symbolique, car Kazuki Yamada, qui est également le directeur musical du City of Birmingham Symphony Orchestra a convié le choeur à prendre part à ce concert. 

C’est une partition de grande envergure nécessitant un dispositif exceptionnel : un orchestre philharmonique au complet, les 180 chanteurs du City of Birmingham Symphony Orchestra Chorus, le Chœur d’enfants de l’Académie Rainier III… Impossible d’accueillir une telle production en plein air dans la Cour du Palais Princier : c’est donc le Grimaldi Forum, et plus précisément la Salle des Princes (1 864 places, 1 000 m² de scène, dont 690 m² de plateau), qui a été mobilisé. Dans le public, mélomanes avertis, amateurs de McCartney et inconditionnels des Beatles.

C’est en 1991, dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de l’Orchestre de Liverpool, que Paul McCartney, épaulé par le chef Carl Davis pour l’orchestration, s’est lancé dans la composition de son premier oratorio. L’œuvre, écrite pour solistes, chœur mixte, chœur d’enfants et orchestre symphonique, fut créée dans la cathédrale de Liverpool. Résultat : une fresque musicale audacieuse, en huit mouvements, librement inspirée de la vie de McCartney lui-même.

Le protagoniste, Shanty, né en 1942 à Liverpool, grandit avec l’idée que "naître quelque part implique certaines responsabilités". Élève distrait, il quitte rapidement l’école pour travailler, rencontre Mary Dee, qu’il épouse peu après la mort de son père. Leur vie de couple se heurte aux tensions entre aspirations personnelles et responsabilités familiales. Une dispute révèle une grossesse inattendue, suivie d’un accident dramatique et, finalement, d’une naissance. Ainsi va la vie, à Liverpool, avec ses épreuves et ses renaissances.

L’accueil du public fut enthousiaste, propulsant l’œuvre en tête des classements classiques internationaux durant plusieurs semaines. La critique, plus réservée, a jugé la partition séduisante mais parfois trop simple, trop longue, et peu aboutie au regard de ses ambitions.

Il n’en demeure pas moins que Paul McCartney est l’un des  grands musiciens du XXe siècle. Avec les Beatles puis en solo, sa musique a illuminé la vie de centaines de millions de personnes partout dans le monde. Aux côtés de Carl Davis, il signe ici une œuvre profondément humaine, riche en textures sonores : des solos intimes aux chœurs majestueux, des berceuses enfantines aux accents liturgiques, entre folklore et puissance orchestrale.

Au cœur de l’oratorio : le besoin universel de paix, d’amour et d’harmonie, nourri par le respect mutuel et la tolérance. Un message toujours d’actualité, que conclut l’œuvre par une prière laïque et bouleversante : "Vivre en paix ensemble."

Pour cette production exceptionnelle, Kazuki Yamada a réuni un quatuor vocal d’exception : Jessica Pratt, soprano à la voix d’une rare pureté, incarne Mary Dee avec une sensibilité touchante ; Andrew Owens, dans le rôle de Shanty, explore toutes les dimensions du personnage, de l’insouciance juvénile à la gravité de l’âge adulte. Son engagement émeut ; Erwin Schrott, basse bien connue du public monégasque, interprète avec autorité plusieurs personnages secondaires (le directeur d’école, le prédicateur, Mr Dinggle). Son timbre profond et son phrasé raffiné marquent les esprits ; Floriane Hasler, mezzo-soprano révélée par le Concours Reine Élisabeth 2023, charme par son timbre lumineux et sa présence scénique.

Kazuki Yamada dirige l’ensemble avec une énergie communicative, magnifiant chaque nuance, chaque crescendo, et révélant la richesse émotionnelle de cette œuvre atypique.

Le public, conquis, offre une standing ovation à cette soirée mémorable.

Monte-Carlo, Grimaldi Forum, 27 juillet 2025

Crédits photographiques : Michael Alesi - Palais princier 

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