Mikhaïl Pletnev en récital à Monte-Carlo
Quatre ans après un récital entièrement consacré à Chopin, qui avait laissé un souvenir marquant, Mikhaïl Pletnev faisait son retour à Monte-Carlo avec un programme d’une remarquable densité stylistique.
En ouverture, le pianiste russe propose quatre Préludes et Fugues de Bach tirés du Clavier bien tempéré. Interprète aujourd’hui parmi les plus fascinants de ce répertoire, Pletnev y conjugue une fidélité scrupuleuse au texte avec une liberté d’invention qui renouvelle sans cesse le discours musical. La clarté polyphonique, la souplesse du phrasé et la précision de l’articulation témoignent d’une maîtrise souveraine. Son jeu, d’une fluidité presque irréelle, semble se déployer avec une évidence naturelle, comme si la complexité de l’écriture bachienne se résolvait d’elle-même sous ses doigts.
Les Kreisleriana de Schumann occupent ensuite le centre du programme. L’interprétation de Pletnev, très personnelle, se distingue nettement de celle d’Evgeny Kissin entendue le mois dernier. Là où Kissin privilégiait l’élan romantique et la tension dramatique, Pletnev adopte une lecture plus intériorisée, presque architecturale. Il met en lumière les lignes contrapuntiques et la filiation bachienne que Schumann admirait tant, donnant à l’œuvre une dimension structurelle souvent moins perceptible. Sans jamais sacrifier la poésie ni les élans de fantaisie propres à ces pages, Pletnev révèle toute la richesse de leurs contrastes, entre exaltation, rêverie et vertige.
La seconde partie du récital est consacrée à seize Pièces lyriques de Grieg. Ces miniatures, que Debussy comparait à des bonbons fourrés de neige, trouvent sous les doigts de Pletnev une palette de couleurs et de nuances d’une rare subtilité. Le pianiste excelle dans l’art du toucher : un simple effleurement du clavier suffit à faire chanter les lignes mélodiques, tandis que le travail des timbres et des dynamiques révèle toute la délicatesse de ces pages. Chaque pièce devient ainsi un petit paysage sonore, d’une concision et d’une précision remarquables.
Tout au long du récital, Pletnev captive par la qualité de son écoute intérieure, son sens du style et une maîtrise pianistique qui semble transcender toute difficulté technique.
Accueilli par de longs rappels et une standing ovation, il offre en bis Scène de carnaval de Grieg, miniature pleine de charme et d’esprit, qu’il pare de multiples couleurs.
Monte-Carlo, Auditorium Rainier III , 6 mars 2026
Crédits photographiques : JL Neveu