Embarquement immédiat avec Zéphyr de Mourad Merzouki

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Zéphyr, ce vent de l’ouest dans la mythologie grecque est le nom du spectacle de Mourad Merzouki créé à l’occasion du Vendée Globe. Un des vents les plus célèbres, celui qui permet la rencontre de Psychée et d’Eros en transportant la princesse vers le palais de l’Amour.

Cette chorégraphie se construit justement comme une succession de grands tableaux ouverts à l’interprétation. Lutte contre les forces supérieures, amour, fascination, intrigue, combat, naufrage, immigration – autant de récits que le spectateur s’approprie.

Dès les premières notes, la poésie saisit, un pas de deux revisité avec du hip-hop sur un fond sonore sourd et lointain, triangle et piano viennent, petit à petit, rejoints par d’autres percussions prenant le rythme du pouls ou du sonar. Puis un chant d’une femme évoque le Moyen-Orient, la chaleur, la quête et met en valeur un porté twisté flare.

Le vocabulaire gestuel de Mourad Merzouki captive rapidement dans cette liaison entre danse contemporaine et hip-hop, acrobatie et rondeur, sol et air, individu et groupe. Mouvements de tombés, relevés, sauts, saltos, jeux de jambes, pas de deux, de trois, formations en ligne - sa richesse nous suspend au vol.

Un équipage solide pour affronter le large

Le couple est rejoint rapidement par le reste de l’équipage, dix danseurs sur le plateau, où chacun figure de force et de faiblesse, de puissance et de fragilité, d’attraction et de résistance, de solitude et de communion. Le breakdance propice à l’affirmation de la singularité du danseur laisse transparaître ici la personnalité de chacun. Tous très généreux dans leur expression artistique, durant cette heure ensemble, ils nous transmettent une part d’eux-mêmes.

La fluidité et la souplesse des danseurs sont impressionnantes, leur relevé ninja paraît d’un naturel, les drops, ground power comme les halos, ou les airflare remplacent saut de basque et coupé jeté du répertoire classique. La tension perdure tout du long et l’énergie du début à la fin vient nous revigorer.

Les éléments au service de l’odyssée

Le dispositif scénographique de Benjamin Lebreton est très juste, les costumes aux ampleurs variées permettant au vent de s’engouffrer et de danser avec le corps, la fumée installe la lutte et le mystère, les lumières de Yoann Tivoli nous plongent dans une ambiance instantanément. Très réussies, elles sont parfois chaudes, parfois froides, parfois sculptant des ombres, parfois engloutissant les corps dans la pénombre.
Pour cette quatrième collaboration, Armand Amar et Mourad Merzouki atteignent une harmonie rare entre musique et danse, une symbiose bouleversante qui nous embarque pour une aventure pleine de couleur.

Un grand mât long de huit mètres à l’horizontal vient s’immiscer dans le décor donnant de nouvelles possibilités chorégraphiques, qui auraient pu même être exploitées davantage. L’apothéose du spectacle arrive avec le déploiement de la voile. La maîtrise du vent sur elle est une nouvelle danse en soi, ses gonflements, ses creux ciselés avalent et découvrent les danseurs. Puis, en ombre chinoise, une danseuse émerge, et nous capte ensuite dans une danse au milieu d’une jupe en parachute. Déesse de la mer, Calypso ou sirène, inquiétante et fascinante, la suite de la troupe vient l’encercler à la manière d’un Boléro de Béjart. On retient encore notre souffle lorsque les ondulations d’un long drapeau blanc accompagnent les artistes et atteingnent une beauté éthérée.

Avec Zéphyr, la compagnie Käfig largue les amarres et nous emporte, dans un voyage bien au-delà des rivages du quotidien. Mourad Merzouki signe une traversée éblouissante, saluée par une ovation du public.

Paris, 13e Art, 4 mars

Marie-Palmyre de Bray

Crédits photographiques : DR

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