Solaris d'Othman Louati : un oratorio vidéo-cosmique immersif

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Compositeur, percussionniste, chef d’orchestre, Othman Louati, né en 1988, s’affirme comme l’un des compositeurs les plus créatifs du répertoire lyrique, explorant des voies originales pour l’opéra d’aujourd’hui. Après une adaptation lyrique du film de Wim Wenders « Les ailes du désir », créée en 2023 à Dunkerque, il vient de présenter à Roubaix, en première mondiale, « Solaris », un opéra-vidéo pour voix et ensemble sonorisé, réalisé en collaboration avec l’artiste visuel Jacques Perconte. Une production de « Miroirs étendus » avec l’Atelier lyrique de Tourcoing.

L’auditeur-spectateur est plongé d’emblée dans ce que l’on pourrait appeler un oratorio cosmique immersif.

Pour une meilleure compréhension, il convient de rappeler que « Solaris » est librement inspiré du roman de science-fiction de l’écrivain polonais Stanislas Lem (1961) et du film éponyme du cinéaste russe Andreï Tarkovski (1972), lesquels racontent l’histoire d'une mission scientifique vers une planète entourée de deux soleils, recouverte d'un océan, qui semble dotée d'une forme d'intelligence.

Le propos (livret de Jacques Perconte) est ici rapporté de bout en bout par la mezzo-soprano Victoire Bunel tout au long d’un stupéfiant chanté-parlé (qui, par instants, n’est pas sans rappeler la Mélisande de Debussy) avec une large palette de couleurs, d’intonations et de modulations de la voix, parfaitement et pleinement ajustées à la nature du propos. Du grand art. La performance est d’autant plus remarquable que le narratif n’est pas exempt de certaines longueurs.

Dès les premières notes, nous sommes plongés, immergés dans un environnement sonore puissamment attractif, tantôt explosif, tantôt kaléidoscopique (ensemble instrumental et synthétiseurs analogiques) avec des montées en puissance selon les situations, des percussions (Guy-Loup Boisneau, Cyprien Noisette), du cor solo (Emile Carlioz) ou des claviers (Romain Louveau) ; ceci en concordance avec des paysages visuels basculant de l’impressionnisme flamboyant à un réalisme industriel, avec au final l’empreinte de l’homme effacée par les vagues.

Othman Louati dirige l’ensemble avec une gestuelle élégamment précise et fort originale.

Solaris nous bombarde de troublantes et pressantes interrogations sur le présent et le devenir de notre rapport au monde.

Cette création avait lieu à Roubaix, à « La Condition Publique », aujourd’hui manufacture culturelle qui fut, de 1902 à 1972, un entrepôt pour le conditionnement de la laine, du coton et de la soie venus des quatre coins du monde lorsque, en plein essor industriel, Roubaix était une capitale de l’industrie textile. Mais c’est une autre histoire ; quoique…

Roubaix, La Condition publique, le 29 avril 2026

Paul K’ros

Crédits photographiques : Simon Gosselin

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