La petite renarde rusée ouvre la saison du Liceu
Leoš Janáček a connu, comme compositeur d’opéras, un succès bien plus large que celui de son compatriote Dvořák ou même Smetana : Katja Kabanova, Jenůfa ou La maison des morts sont des noms qu’on voit poindre ici ou là assez fréquemment dans ce petit monde de l’Opéra. Un ouvrage qui nous interpelle comme un chant pour la liberté et la fraternité universelles, pour l’entente des hommes avec la nature et les animaux, tout en étant le premier opéra à traiter un sujet qui évoque une espèce d’ utopie anarchiste, sans préjugés ni lois moralisantes. On dirait que, cette fois-ci, le Liceu a eu une prémonition sur les risques que l’homme prend sur lui-même et sur sa propre survie avec l’escalade de guerres et autres phénomènes climatiques qui nous guettent de toute part aujourd’hui.
Cette production sera la première au Liceu en langue originale, une troupe britannique l’ayant présentée en 2011… en anglais ! Un choix surprenant si l’on tient compte du fait que Janáček construit sa musique instrumentale sur les patrons rythmiques et sur cette habituelle agglutination des consonnes tellement caractéristique de la langue tchèque : les instruments parlent plus qu’ils ne chantent, mettant à mal la vieille rengaine des professeurs : chante avec ton violon / ton violoncelle et cætera ! Bien évidemment, les effusions lyriques sont inévitables -et bienvenues- dans la musique de cette période entre deux siècles et les citations de thèmes folkloriques moraves fréquentes. Mais le discours musical de cet auteur est d’une originalité tellement déconcertante qu’on a du mal à en percevoir son organisation architecturale. C’est évident, en revanche, son talent d’orchestrateur et la fertile imagination qu’il montre pour créer des atmosphères déliquescentes ou lyriques. Et souvent aussi très drôles : les cris d’animaux sont suggérés par des chablons instrumentaux ingénieux et efficaces à foison.



Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Boréades, tragédie lyrique en 5 actes. Mise en scène : Barrie Kosky ; Chorégraphies : Otto Pichler ; Décors et costumes : Katrin Lea Tag ; Lumières : Franck Evin. Avec : Hélène Guilmette, Alphise ; Mathias Vidal, Abaris ; Emmanuelle de Negri, Sémire, Amour / Polymnie : Une Nymphe ; Christopher Purves, Borée ; Edwin Crossley-Mercer, Apollon / Adamas ; Sébastien Droy, Calisis ; Yoann Dubruque, Borilée. Choeur et orchestre Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm. 2019. NTSC Couleur. 16:9. DVD-9. Format son : PCM 2.0. Sous-titres en : français, anglais et allemand. Durée : 155mn. 1 DVD Erato. 190295050399