Mots-clé : Benjamin Maneyrol

Festival Mosaïques : 3 solistes, dont un altiste en Jimi Hendrix

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Venir à Bruxelles pour écouter un concert, c’est aussi l’occasion de flâner, se cultiver, voir des amis, évoquer des projets – comme en début de soirée dans un bistrot du Parvis de Saint-Gilles, où on discute avec assez d’enthousiasme pour attirer une voisine de table dans la conversation (le coup de main recherché ne se concrétise finalement pas, mais une autre idée émerge). Plus tôt dans l’après-midi, je découvre l’exposition, à la Fondation A, de Lost and Found, intitulé énigmatique pris à Takahashi Munemasa, un des photographes japonais présentés parmi des clichés de la collection propre (et abondante) du musée et d’autres, qui parlent bombe atomique, tremblement de terre ou tsunami, côtoyant des thèmes plus légers – la foule au festival Nebuta ou les couleurs flashy des Takenoko-zoku, groupes de danse d’adolescentes, au tournant des années 1970, qui profitent des zones libérées le dimanche pour les piétons.

La Maison du Peuple est à deux pas, et quelques marches, que je monte pour la soirée d’ouverture du Festival Mosaïques, aux mains de trois solistes, alto, clarinette et percussion – un attelage léger et singulier. Maxime Desert, un ancien du Quatuor Tana aujourd’hui actif, notamment, avec Multilatérale et Musiques Nouvelles, débute par Prologue, de Gérard Grisey, une pièce écrite en 1976, début du cycle Espaces acoustiques, moins simple à mettre en œuvre que les quelques notes de la mélodie de départ ne le laissent supposer : celle-ci décolle peu à peu, suivant l’élévation lente et gauche de l’albatros, dessinant une spirale immobile qui extirpe, cellule après cellule, l’auditeur de l’hypnose de sa répétition évolutive – tout en dialoguant avec les résonateurs « acoustiques » (une façon de tirer parti de la résonance par sympathie d'autres instruments placés à proximité, qui amplifie et prolonge le son de l'alto), ici simulés par un traitement informatique en temps réel, sous les doigts de Quentin Meurisse, qui crée des résonances virtuelles ; la « dialectique entre le délire et la forme » chère au compositeur français. Autre belle pièce du répertoire, autre dialogue : l’inspiration pour Vent Nocturne vient à Kaija Saariaho de sa lecture d’une édition bilingue (allemand / français) des poèmes de Georg Trakl, poète salzbourgeois angoissé et torturé qui cultive la confusion entre la vie de ses personnages et la sienne : synchronicité des langues, synchronicité entre l’alto et l’électronique ; la première partie de l’œuvre (Sombres miroirs) inspecte la symétrie, celle de la pensée en particulier, la seconde (Soupirs de l’obscur) le glissando et ses variations.

Images sonores mérite une meilleure visibilité

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Puisque, cette fois, je sais où je vais, plus exactement où se situe le Mom, son sous-sol à l’acoustique finalement surprenante, son bar d’après concert où l’on sert la Badjawe, une bière blonde dont le nom (« pipelette » en wallon) prédestine au partage et à la papote, je prends le temps de manger mon sandwich au square en haut de la rue, où je capte, sur un banc incliné comme un siège baquet, les derniers rayons de soleil de la journée.

A l’initiative de Centre Henri Pousseur, le Festival Images Sonores allie, chaque année depuis 1999 à Liège, instruments acoustiques et électronique – avec un soin particulier apporté à la diffusion dans l’espace.

Entre Steve Reich et Pierre Boulez : Patrick Lenfant

Le programme du premier des quatre jours met Patrick Lenfant en sandwich entre deux monstres sacrés de la musique du 20ème siècle (lui-même en a fréquenté quelques-uns, de John Cage à Iannis Xenakis, en passant par Tristan Murail ou Luigi Nono) – pour deux pièces aux esthétiques divergentes mais au procédé semblable (l’instrumentiste simultanément en direct et en différé) –, avec une pièce, fondatrice d’une démarche à laquelle (le terrible) Lenfant restera fidèle – une « autopsie » sonore éloquente de l’instrument. Duocto, écrit en 1981, m’initie à la musique du compositeur, né à Paris en 1945, ancien directeur artistique du Centre de Recherches Musicales de Wallonie (qui renforce alors l’orientation de ce qui devient bientôt le Centre Henri Pousseur vers la musique mixte), avec Rudy Mathey à la manœuvre (membre notamment de l’Ensemble Hopper), se jouant de la clarinette basse (pour surligner, attendrir, expanser, surpasser la proposition, serein dans le chaos organisé d’un monde sonore aussi complexe, fortuit et adapté que le vivant – intensément densifié par ses parties enregistrées de clarinette (sans effets électroniques) : sons fendus (obtenus en jouant entre deux harmoniques naturelles, qui roulent et granulent), bruits de clés, sons voisés (le musicien chante dans l’instrument) et sons crépusculaires (le second degré de l’écho) sont diffusés à travers un réseau de huit haut-parleurs qui cernent le public. Impressionnant.