Concours Reine Elisabeth : Dilshod Narzillaev, un génial bâtisseur d’atmosphères
Bachelor de l’International centre for music at Park University et master du conservatoire de New England, Dilshod Narzillaev (Ouzbékistan, 28 ans) se perfectionne actuellement à la Chapelle musicale Reine Elisabeth avec Gary Hoffman. Il aborde avec une belle retenue la cadence d’ouverture de « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man et conduit ensuite le dialogue avec l’orchestre avec un engagement mesuré. En fait, le candidat traite chaque ode comme un moment séparé auquel il attache une marque personnelle : tour à tour rêveuse et engagée, combattive ou éthérée. Méditative, elle inquiète ; virulente, elle interpelle.
Cette approche très diversifiée n’en implique pas moins une réelle cohérence, celle d’un musicien résolu à nous raconter une histoire et qui sait rendre l’exercice intéressant.
Le concerto n°1 en mi bémol majeur op.107 de Chostakovitch nous ramène dans un territoire plus connu. On réagit d’emblée au stimulus du thème claudiquant du début de l’allegretto, servi avec une verve décidée qui, pas à pas, fait monter le tonus général avec un enthousiasme bienvenu. Maintenu dans un tempo attentiste, le moderato retrouve ce style déclamatoire des grands mouvements lents de Chostakovitch où la force de conviction suffit, dans un contrôle absolu, à évoquer une impression d’immensité. Le concurrent y maintient une retenue émouvante qui donne toute sa portée à cette méditation hors norme. Ce moment d’exception se prolonge dans le début de la cadence qui nous emmène insensiblement aux bords du silence. Mais c’est pour mieux rebondir ensuite avec une vitalité acharnée qui fait littéralement exploser l’allegro con moto dans son insolente veine populaire. Un grand geste musical où l’imagination transcende la clarté maîtrisée de l’expression.