Mots-clé : Giulio Magnanin

L'Opéra de Nice clôt sa saison avec La Traviata de Verdi.

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La mise en scène de Silvia Paoli propose une lecture à la fois théâtrale et profondément sombre de l'ouvrage. Transposée dans l'univers de la Belle Époque, elle fait de Violetta une figure évoquant Sarah Bernhardt, adulée et rejetée tout à la fois. Dès le prélude, une image saisissante s'impose : une femme blessée, déjà confrontée à sa propre mort, évolue dans un espace où la frontière entre réalité et représentation ne cessera de se brouiller.

Le décor de Lisetta Bucellato devient le symbole d'un monde fondé sur l'illusion et l'instabilité. Silvia Paoli construit ainsi un véritable théâtre dans le théâtre où Violetta apparaît comme une actrice condamnée à jouer sans cesse un rôle imposé par une société hypocrite et cruelle. Les fêtes prennent une dimension presque hallucinatoire ; elles débordent du cadre scénique, envahissent les coulisses et révèlent la violence d'un univers où chacun participe à la destruction de l'héroïne.

La direction d'acteurs, remarquablement précise, s'appuie sur une chorégraphie omniprésente qui prolonge le drame et accentue la sensation d'urgence. Les silhouettes masculines en redingote et haut-de-forme incarnent une société patriarcale dont Violetta est la victime désignée. Sans jamais trahir l'œuvre, Silvia Paoli en révèle la modernité et la dimension sociale, faisant de cette Traviata non seulement une histoire d'amour impossible mais aussi le récit implacable d'une exclusion.