Mots-clé : Julie Boulianne

Les bonheurs lyriques du mélodrame : Lucrezia Borgia de Gaetano Donizetti à l’Opéra de Wallonie-Liège

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A l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, la « Lucrezia Borgia » de Donizetti, telle que la dirige Giampaolo Bisanti et la met en scène Jean-Louis Grinda, est un spectacle paradoxalement réjouissant : des ruses, des trahisons, des mensonges, des meurtres, des quiproquos, des empoisonnements suscitant un réel bonheur lyrique !

Lors d’une fête à Venise, l’abominable Lucrezia Borgia est attirée par un séduisant jeune      homme endormi. Stupéfaction. Elle le reconnaît. C’est son fils illégitime Gennaro autrefois abandonné. A son réveil, celui-ci est séduit par le charme de cette femme. Mais très vite, ses compagnons lui révèlent par quels crimes atroces cette « belle dame » s’en est prise à leurs familles. Ils crient son nom ! Le jeune homme, mû alors par la haine, va vouloir la punir. Il commence par s’en prendre à son nom gravé sur la façade de son palais : « Borgia » devenant, une lettre effacée, « Orgia » ! Désir irrésistible de vengeance chez Lucrezia… qui découvre soudain que le coupable, vite condamné a être empoisonné, est son fils. Mais elle possède un antidote au redoutable poison. Ouf ! Gennaro est sauvé. Mais un peu plus tard, à cause d’un concours de circonstances (mal)venu, le voilà de nouveau réuni avec ses amis, mais pris au piège de la criminelle… qui a décidé (c’est une manie) de les empoisonner. Ciel, mon fils est ici ! Vite l’antidote ! Mais le fils refuse et meurt… en apprenant qu’elle est sa mère ! Elle meurt aussi !

Tel était le mélodrame de Victor Hugo, tel est l’opéra de Gaetano Donizetti. Il donne une plus-value à la « terrible histoire » grâce à sa musique, grâce aux sortilèges de son « beau chant », de son « bel canto ».

Au service de l’œuvre, délicatement, énergiquement : le Dialogues des Carmélites » de Francis Poulenc à Liège

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A l’Opéra de Liège, ce sont des Dialogues des Carmélites d’une grande lisibilité-audibilité, d’une grande force émotionnelle, que l’on découvre ces jours-ci.

Compiègne, avril 1789. La révolution française s’annonce. Blanche de la Force, une jeune fille bien née, plutôt fragile psychiquement, annonce à sa famille sa décision d’entrer au couvent, chez les Carmélites. Nous l’y retrouvons. Elle s’y confronte d’abord à la Prieure qui, interrogeant sa décision, lui fait comprendre très nettement que le couvent est une maison de prière et pas un refuge. Elle se confronte ensuite à Constance, une autre jeune novice, solaire, elle. La Prieure, très malade, va mourir. Une mort terrible dans la mesure où la mère supérieure, en proie aux doutes, se rebelle contre cette mort : « Je suis seule, absolument, sans aucune consolation ». La Révolution ferme le couvent et en expulse les religieuses. Elles font le choix du martyre. C’en est trop pour Blanche qui s’enfuit. Elles seront finalement guillotinées. Blanche rejoindra ses soeurs sur l’échafaud.

C’est l’écrivain français Georges Bernanos qui a finalisé le livret de l’opéra, d’après une nouvelle de Gertrude von Le Fort. Francis Poulenc en a composé la partition. L’œuvre est créée en italien à la Scala de Milan en janvier 1957, à l’Opéra de Paris ensuite, et en français, en juin de la même année.

Elle est bouleversante, même pour qui n’aurait qu’un rapport lointain avec les choses de la foi. Au-delà de son anecdote, de sa vérité historique (ces seize sœurs-là ont bien vécu ce qui est ici raconté ; elles ont été béatifiées en 1906), Dialogues des Carmélites nous interpelle sur le sens à donner à notre vie, élan impulsif ou décision mûrie, sur notre rapport aux autres, sur le sens du devoir et du sacrifice, sur nos convictions, sur la mort. Elle est bouleversante surtout dans la mesure où un récit, un opéra en occurrence, a trouvé les moyens d’exprimer, d’intensifier tout cela, dans un livret ramassé, dans les mots et dans les notes d’une partition.

La séduction est surtout musicale

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Stephane Degout © Hofmann

Pinocchio de Philippe Boesmans
Commande conjointe de la Monnaie et du Festival d'Aix-en-Provence, c'est dans cette dernière ville que fut créé le nouvel - je n'ose écrire le dernier - opéra de Boesmans le 3 juillet 2017.
Déjà librettiste du précédent, Au Monde (2014), mais cette fois aussi metteur en scène, Joël Pommerat avait adapté au théâtre le livre de Carlo Collodi (1883) : en voici cette fois la version musicale.