Mots-clé : Norma Zahoun

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« Comme c’est glauque », s’exclamait une spectatrice à l’entracte. Ce qu’elle semblait regretter à ce moment-là exprimait en fait un point de vue tout à fait pertinent pour caractériser le Don Giovanni de Laurent Delvert. Tout se donne à voir dès l’ouverture : nous sommes comme dans une de ces gares routières souterraines sales, puantes, glacées par les courants d’air, à peine éclairées par des publicités lumineuses défilantes. Une jeune femme s’y fait accoster, bousculer, tripoter par un trio de loubards. Sur les panneaux publicitaires défilent toutes sortes d’images de mode aux connotations sexuelles évidentes ou consacrées à de gigantesques hamburgers. Voilà qui dit une société fondée sur l’instinct et les désirs primitifs : posséder, engloutir. La saison dernière, au Palais Garnier, avec Ivo van Hove, c’était un Don Giovanni mafieux qui, avec ses sbires, écrasait la société sous une chape de plomb. Sa mort faisait ressusciter le soleil et ses merveilleuses lumières sur la cité. Ici, avec Laurent Delvert, c’est la société qui favorise l’éclosion de pareil prédateur. Et c’est contagieux. Le cortège de noce de Zerlina et Masetto a toutes les apparences d’un sinistre enterrement de vie de jeune fille/garçon : déguisements grotesques, bande de copines/copains avinés. Quant à la mort de Don Giovanni, elle ne résout manifestement rien. Elle conclut l’œuvre et la représentation. Elle n’est pas suivie du traditionnel chœur d’ensemble d’exaltation au spectacle d’un monde libéré d’un fort méchant homme. Rien ne changera.