Pierre Monteux, 150 ans
En 1961, lorsque l’Orchestre symphonique de Londres fit appel à lui comme chef permanent avec un contrat de 25 ans, on le croyait éternel. Il y avait de quoi : signer un tel contrat à 86 ans équivalait à un bail à vie, un usage assez rare dans un monde où l’usure se fait vite sentir et où les musiciens aiment à voir partir assez rapidement les chefs qu’ils ont tout d’abord encensés. Monteux avait un sens du contact très profond, un grand calme dans le geste comme dans le propos, une compétence que les instrumentistes à cordes appréciaient car il était l’un des leurs, et une précision encore rare à l’époque des excès du post-romantisme. On a attribué à Toscanini l'exclusivité de cette révolution au profit d’une nouvelle rigueur. Mais Monteux a œuvré dans le même sens. L’histoire semble l’avoir oublié. D’ailleurs, comment imaginer avoir dirigé le répertoire qui était le sien, à commencer par le Sacre du printemps dont il fut le créateur, sans une précision qu’ignoraient ses prédécesseurs. Toutefois, limiter les qualités de Monteux à la seule précision rythmique serait réducteur. Son abondante discographie en apporte la preuve. Et s’il fallait se contenter d’un seul exemple, il suffit d’écouter son enregistrement de La Valse de Ravel avec l’Orchestre symphonique de Londres : souplesse et rigueur font bon ménage, élégance sans le moindre excès, l’art de la juste mesure. Inégalé et, à mon humble avis, inégalable.

Pierre Monteux