Barbirolli : le coffret intégral 

par dating health risk

Sir John Barbirolli : The complete Warner Recordings. Oeuvres de S.Adams, Albinoni, Arensky, Auber, J.S Bach, Balfe, Barbirolli, Bax, Beethoven, Bellini, Berlioz, Bishop, Bizet, Brahms, Britten, Butterworth, Casals, Chabrier, Chopin, Cimarosa, Clarke, Coleridge-Taylor, Corelli, Cotteau, Debussy, Delibes, Delius, Donizetti, Dvořák, Elgar, D’Erlanger, Falla, Fauré, Franck, German, Giordano, Glazounov, Gluck, Gounod, Grainger, Grieg, Haendel, Haydn, Heming, Hill, Humperdinck, Ibert, Ireland, Järnefelt, Lehar, Leoncavallo, Loewe, Luigini, Lyadov, Mahler, Marcello, Mascagni, Massenet, Mendelssohn, Messager, Meyerbeer, Monn, Mozart, Moussorgski, Nevin, Nicolai, Nielsen, Pergolesi, Ponchielli, Puccini, Purcell, Quilfer, Raff, Ravel, Rimsky-Korsakov, Rosse, Rossini, Rubbra, Saint-Saëns, Saraste, Schoenberg, Schubert, Schumann, Sibelius, Sousa, J.Strauss père, J.Strauss fils, R.Strauss Stravinsky, Suppé, Sullivan, Tchaikovsky, Tosti, Turina, Vaughan-Williams, Verdi, Vieuxtemps, Villa-Lobos, Wagner, Waldteufel, Wallace, Weber, Wieniawski. Victoria de Los Ángeles, Montserrat Caballé, Dame Gwyneth Jones, Leonarda Lafayette, Renata Scotto, Dame Janet Baker, Fioreneza Cossotto, Marina de Gabarain, Marjorie Thomas, Carlo Bergonzi, Beniamino Gigli, Parry Jones, Richard Lewis, James McCracken, Lauritz Melchior, Jon Vickers, Dietrich Fischer-Dieskau, Peter Glossop, Rolando Panerai, Kim Borg, Feodor Chaliapin, Mariam Nowakowski, Ruggero Raimondi ; Yvonne Arnaud, Wilhelm Backhaus, Daniel Barenboim, Ethel Barlett, Alfred Cortot, Edwin Fischer, Mindru Katz, John Ogdon, Rae Robertson, Artur Rubinstein, Artur Schnabel, Jacqueline Du Pré, André Navarra, Gregor Piatigorsky, Guilhermina Suggia, Alfredo Campoli, Mischa Elman, Jascha Heifetz, Fritz Kreisler, Yehudi Menuhin, Theo Olof, Evelyn Rothwell, Philip Catelinet, Eric Chadwick. BBC Symphony Orchestra, Berliner Philharmoniker, Hallé Orchestra, London Philharmonic Orchestra, London Symphony Orchestra, Philharmonia Orchestra, New Philharmonia Orchestra, Philharmonic Symphony Orchestra of New York, Orchestra del Teatro dell’Opera Roma, Sinfonia London, Wiener Philharmoniker, Sir John Barbirolli. 1928-1970. Livret en : anglais, allemand et français, 1 coffret Warner 0190295386085. 

Warner remet en coffret ses enregistrements sous la baguette de Sir John Barbirolli. Il s’agit bien sûr des galettes gravées pour His Master’s Voice, mais aussi pour le label Pye records auquel le chef avait fait un temps confiance. Mais à l’exception des sessions de ses débuts pour National Gramophonic Society, des enregistrements RCA captés lors de son passage au New York Philharmonic et de quelques bandes du début des années 1960 pour Supraphon, Concert Hall ou Electrorecord, ce coffret est une passionnante aventure intégrale et musicale qui couvre tout un pan de l’histoire du disque, des 78 tours au LP, de la mono à la stéréo, et qui reprend le chef à son meilleur. 

L’aventure commence donc à la fin des années 1920 et comme les faces de 78 tours ne permettent pas d’enregistrer des oeuvres trop longues, le chef se concentre sur des suites et des miniatures symphoniques dont tout un répertoire brillant qui a en partie disparu des salles de concerts : “Danse des heures” de la Gioconda de Ponchielli, ouvertures d’Auber, Balfe, Wallace, Quilter, Rosse ; extraits des ballets de Léo Delibes qui côtoient des valses, marches et pièces de circonstances de Schubert, Grieg, Strauss….Chef lyrique réputé, Barbirolli accompagne des chanteurs dans de nombreux airs d’opéras ou d’oratorios. Mais l’apport le plus intéressant du chef réside dans ses accompagnements de concertos. On admire ainsi l'adaptabilité d’un musicien qui se met au diapason de la personnalité de ses solistes : Arthur Rubinstein (Chopin, Mozart, Tchaikovsky), Fritz Kreisler (Brahms et Beethoven), Edwin Fischer (Mozart), Wilhelm Backhaus (Grieg), Alfred Cortot (Schumann), Artur Schnabel (Mozart), Gregor Piatigorsky (Schumann), Jascha Heifetz (Tchaikovsky, Vieuxtemps, Saint-Saëns, Sarasate, Mozart, Glazounov, Wieniawski) ou le très jeune Yehudi Menuhin (Schumann). 

Si le passage à New-York marque une parenthèse dans le coffret, on retrouve le chef avec son Hallé Orchestra dès le milieu des années 1940. Le répertoire se partage alors entre les oeuvres de musique anglaise et le répertoire viennois que le chef semble apprécier. On découvre ainsi des symphonies de Haydn stylisées avec passion, des symphonies de Mozart virtuoses et conquérantes, ou une symphonie n°9 de Schubert passionnée et formellement parfaite. Certes le style peut sembler daté, mais le chef, dans les années d’après-guerre, est un démiurge des podiums galvanisant et chauffant à blanc le Hallé Orchestra. Il est passionnant de voir l’évolution stylistique du musicien car, au fil des ans, Barbirolli deviendra plus narratif avec une certaines propension à travailler les détails de la masse orchestrale. A ce titre, il faut absolument écouter les enregistrements Sibelius. Si les chefs anglais ont par nature une attirance pour l’univers décanté et méditatif du compositeur finlandais, John Barbirolli fut un défenseur acharné de son oeuvre. Dès 1932 et au fil de sa carrière, il programma Sibelius 637 fois ! On retrouve dans ce coffret les enregistrements des Symphonies n°1, n°2, n°5 et n°7 entre 1949 et 1962 et le cycle symphonique complet gravé entre 1966 et 1970. Cette dernière somme est un absolu de la discographie car le musicien personnifie comme rarement l’art du compositeur. Tout est travaillé dans une perspective narrative avec un sens incroyable dans la gestion des contrastes et des développements. Barbirolli impose une véritable dramaturgie à ces partitions qui en deviennent même opératiques. La Symphonie n°4 est étouffante de tensions et de noirceurs alors que personne n’a été aussi loin dans le rendu tragique des Symphonies n°3 et n°6. On est loin du concerto pour orchestre virtuose que trop de chefs activent quand ils dirigent Sibelius. Ici, le vécu et l’humain prédominent et, à l’exception des témoignages de Leonard Bernstein pour DGG, aucun chef n’a porté si haut l’art de Sibelius. 

Le nom de Sir John Barbirolli est attaché à Mahler. Pourtant, à l’image des chefs de son époque, il n’était pas à la base un mahlérien compulsif. S’il avait dirigé les Kindertotenlieder dans les années 1930, il jugeait alors sa musique avec scepticisme, considérant certaines de ses oeuvres comme boursouflées et médiocrement orchestrées... Son coeur penche alors du côté de Richard Strauss qu’il programme autant qu’il peut (548 fois entre 1931 et 1969). C’est seulement au début des années 1950 qu’il revient vers Mahler sur les conseils du critique musical Neville Cardus. En 1954, il dirige la Symphonie n°9 à Manchester et développe dès lors une intense activité de mahlérien. Mais chez HMV, il doit lutter contre la concurrence d’Otto Klemperer, mahlérien historique et disciple du compositeur. Dès lors, sauf la Symphonie n°9, il enregistre en studio les symphonies que son confrère n’apprécie pas. Ses gravures des Symphonies n°5 et n°6 sont des références. Mais Barbirolli dénote dans le contexte d’alors. Tandis que beaucoup de ses confrères dirigeaient Mahler dans des tempi rapides, le chef anglais est lent. Comme avec Sibelius, il insuffle une tension et un creusement du matériau musical qui renforcent la dramaturgie naturelle de ces symphonies. Sa Symphonie n°6 est foncièrement tragique par l’étouffement suffocant et la force implacable qui en découlent. Leonard Bernstein, Klaus Tennstedt et Giuseppe Sinopoli se rattachent à ce courant mahlérien qui favorise le vécu sur l’instrumental. 

Ce parcours mahlérien en studio comprend une solide Symphonie n°1 de Mahler à Manchester et l’accompagnement magistral des cycles de lieder : Kindertotenlieder, Rückert Lieder, Lieder eines fahrenden Gesellen avec Dame Janet Baker. 

Assez peu éloigné de cet univers, le poème symphonique Pelleas et Melisande d’Arnold Schöenberg atteint des sommets par son creusement émotionnel absolu ! Cette interprétation est magnifiée par un Philharmonia Orchestra chauffé à blanc, semblant fusionner les amants dans un magma d’émotions.

Un autre axe du coffret réside dans la musique anglaise défendue avec ardeur par le chef ! Toutes ses lectures d’Edward Elgar sont des références incontestées comme les gravures des Symphonies n°1 et n°2 et le Concerto pour violoncelle dans son interprétation légendaire avec Jacqueline Du Pré ou The Dream of Gerontius, oeuvre laquelle Barbirolli vouait une amour particulier. Elgar était le coeur du répertoire du chef avec pas moins de trente-sept gravures, dont cinq versions différentes de l’Introduction et Allegro pour quatuor à cordes et orchestre à cordes. Avec Ralph Vaughan Williams, dont il a créé les Symphonies n°7 et n°8, le chef joue à domicile. Son aisance narrative lui permet de rendre toute la gouaille et le brio de la Symphonie n°2 “London” ou de faire de la Symphonie n°5 un prolongement de la “Pastorale” de Beethoven par son climat apaisé et son ton chantant primesautier. Les partitions évocatrices et colorées de Delius trouvent en Barbirolli un avocat de premier ordre. Et le coffret propose d’autres oeuvres moins connues comme la Symphonie n°3 d’Arnold Bax ou la Symphonie n°5 d’Edmund Rubbra. 

Dans les années 1950, Barbirolli quitte temporairement HMV pour le label Pye Records qui se développe rapidement en proposant à prix réduit des enregistrements de tous styles. Motivé par la perspective de toucher un large public, Barbirolli enregistre les grands classiques du répertoire : symphonies de Beethoven, Brahms, Dvořák, Tchaïkovski, Berlioz, Nielsen, mais aussi des tubes symphoniques de parade : ouvertures et valses en tous genres. C’est dans ces pièces que le chef est à son affaire, ciselant les mélodies et les thèmes avec passion. Il n’y a pas de musiques mineures avec ce chef et la Petite symphonie pour vents de Gounod donne à découvrir un opéra en miniature cerné avec humour et légèreté ! Cependant Pye Records n’a jamais été un label hifiste et malgré la qualité du remastering, l’oreille n’est jamais trop flattée. 

En dépit de nombreuses apparitions dans la fosse, l’opéra n’est que fort minoritaire dans ce coffret. Si l’on passe sur une oubliable Didon et Enée de Purcell avec Victoria de Los Angeles, on peut chérir l’intégrale d’Otello portée par un trio de chanteurs passionnants : James McCracken, Gwyneth Jones et Dietrich Fischer-Dieskau. Cet enregistrement avait une signification toute particulière pour le chef car son père et son grand-père avaient joué dans l’orchestre de La Scala à l’occasion de la création de l’opéra ! Pourtant, alors qu’il avait dirigé de nombreuses oeuvres lyriques, John Barbirolli n’avait pas encore dirigé Otello et ce n’’est qu’en 1968 qu’il conduisit des représentations de concert pour se préparer à cet enregistrement ! Sa gravure de Madame Butterfly avec la fabuleuse Renata Scotto et Carlo Bergonzi est également une référence. Certes Barbirolli, pourtant à la tête de l’Opéra de Rome, ne cherche pas à latiniser sa direction mais il donne à la pâte orchestrale une densité peu commune. Il ne faut pas perdre de vue que le chef avait travaillé avec le compositeur car il était dans les violoncelles lors de représentations londoniennes du Triptyque sous l’autorité de Puccini, venu superviser la première à Londres de son trio d’opéras. Le chef anglais avait donc une idée parfaite des souhaits du compositeur en matière d’équilibre des pupitres et de gestion de la masse orchestrale. 

Certes tout n’est pas parfait dans ce coffret : on peut citer ainsi l’intégrale des Symphonies de Brahms au pupitre des Wiener Philharmoniker. On sent l’orchestre réticent et résistant devant les options du chef anglais et ce dernier fut assez amer de ce rendez-vous un peu manqué. On peut aussi s’amuser de quelques chemins de traverses comme les arrangements du chef d’oeuvre de Purcell dans l’optique très pompeuse caractéristique des arrangements de cette époque 

Au rang des inclassables mais incunables, il faut classer ses accompagnements de concertos pour hautbois avec son épouse Evelyn Rothwell. Si le répertoire est essentiellement composé de concertos baroques et classiques à l’exception du Concerto de Ralph Vaughan Williams, il faut évoquer cette grande figure du hautbois. Evelyn Rothwell fut l’une des grandes instrumentistes à vents du XXe siècle en Grande-Bretagne. Membre de différents orchestres, dont le Scottish Orchestra de son mari, elle fut avec Natalie Caine la première femme membre recrutée dans les pupitres des vents du London Symphony Orchestra. Bien qu’elle mit sa carrière entre parenthèse pour seconder son époux -elle assistait à toutes les répétitions et prodiguait des conseils sur les balances instrumentales- il faut citer parmi les grands moments de sa carrière la création britannique du Concerto pour hautbois et petit orchestre de Martinů aux Proms 1959 et une interprétation du Concerto pour hautbois de Mozart à Salzbourg avec le Hallé Orchestra dirigé par son mari. Elle prit également part à l’enregistrement légendaire de la Royal Fireworks Music de Haendel par Charles Mackerras en 1959, gravure légendaire pour laquelle le chef utilisait l’orchestration originale. 

Quelques bonus encore. Un documentaire audio inédit avec des témoignages de musiciens ayant travaillé avec le maestro et aussi un inédit : des répétitions et un concert de la 2e partie du The Dream of Gerontius. 

Dès lors, ce coffret est un tout et il faut le prendre comme une somme, regard indispensable sur un chef à la très forte personnalité. Très réussi visuellement, il propose un remastering de grande qualité et les pochettes reproduisent les visuels d’origine. 

Pierre-Jean Tribot

 

 

   

 

 

 

     

 

 

 

    

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